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La réflexion s’engage sur des outils européens pour faire face à la volatilité

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La lutte contre les effets de la volatilité des prix des matières premières agricoles sera le grand défi de la prochaine Pac d’après 2020. Les réflexions commencent notamment au Parlement européen qui prépare un rapport sur la question.

Quels outils l’Europe peut-elle mettre en place pour aider les agriculteurs à faire face à la volatilité des prix agricoles ? C’est le principal problème auquel devra faire face la prochaine Pac qui entrera en vigueur après 2020. Le Parlement européen a déjà entamé les réflexions à l’occasion d’une audition d’experts le 23 février à Bruxelles.

L’eurodéputée Angélique Delahaye (PPE, France) prépare un rapport d’initiative sur le sujet. Elle souhaite répondre à cinq grandes questions : quelle corrélation entre volatilité et fluctuation des revenus ; comment les États membres ont mis en place l’outil assurantiel du second pilier ; comment s’inspirer des systèmes existant en la matière ; comment prendre en compte la volatilité dans les accords de libre-échange en cours de négociation ; et enfin comment mieux lutter dans le cadre de la prochaine Pac contre la volatilité.

L’Europe à contre-courant

« 61 % des aides en Europe sont découplées alors que chez les autres c’est 0 %. Nous sommes à contre-courant », constate Jacques Carles, délégué général de Momagri (Mouvement pour une organisation mondiale de l’agriculture). Maintenant que le marché européen est ouvert, les seuls outils nouveaux à la disposition des pouvoirs publics semblent être l’assurance (récolte ou revenus) et les aides contracycliques (qui se déclenchent uniquement en période de chute des cours).

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D’autres mécanismes sont envisagés par certains experts : un système de réserve d’argent abondée chaque année dans laquelle les agriculteurs peuvent piocher à un moment donné pour investir ou encore des aides pour réduire l’utilisation d’intrants (d’engrais en particulier) afin de limiter la dépendance des agriculteurs, améliorer leurs marges et leur bilan écologique.

« On ne cherche plus à combattre la volatilité mais à aider les agriculteurs à y faire face », résume Felice Adinolfi, professeur en économie agricole à l’université de Bologne. Et de poursuivre : dans un marché ouvert à la mondialisation, la limitation de l’offre ne profite en définitive pas à ceux qui la mettent en œuvre mais aux autres qui continuent de produire. Et si l’UE devait sortir du dispositif actuel des aides directes, une combinaison d’aides contracycliques (pouvant être assorties d’incitation à la préservation de l’environnement) et d’assurances pourrait être la solution. Mais le problème de l’UE, contrairement aux États-Unis ou au Canada qui ont mis en place ce type d’outils, c’est le budget annuel très rigide qui ne peut varier d’une année à l’autre.

Ne pas s’isoler des signaux du marché

La Commission continue de défendre le modèle actuel qui permet de soutenir les revenus sans influencer les marchés. Tassos Haniotis, directeur de l’analyse économique à la direction générale de l’agriculture, souligne qu’aux États-Unis 90 % des aides vont à trois cultures : le maïs, le soja et le blé. Selon lui, les mécanismes d’aides contracycliques et d’assurances ont permis aux agriculteurs américains de s’isoler des signaux de prix. Et il rappelle que « le revenu des agriculteurs européens, grâce aux aides directes, a été beaucoup moins volatil que celui des Américains ces dernières années ». « Répondre à la volatilité des prix, cela revient à lier les aides aux productions. Nous ne pensons pas que ce soit une bonne idée. Mieux vaut traiter la volatilité des revenus », prévient-il. Sur ce point, Bruxelles attend beaucoup des nouveaux instruments d’assurance mis en place dans le cadre du second pilier de la nouvelle Pac. Il va surtout falloir comprendre pourquoi cet outil n’a pas eu beaucoup de succès jusqu’à présent.