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La restauration durement touchée en 2020

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Le secteur de la restauration en France pourrait subir un très fort impact, estimé à une trentaine de milliards d’euros de chiffre d’affaires non réalisé par rapport à 2019. L’amont industriel, également touché, obtient gain de cause envers l’État qui n’avait pas pris en compte les fournisseurs de la restauration à l’occasion du confinement du printemps.

« La crise sanitaire aura un impact durable sur le secteur de la restauration » qui « en sortira incontestablement meurtri », estime le spécialiste du secteur de la restauration en France, Bernard Boutboul, président du cabinet Gira Conseil, fondé en 1989. Il a chiffré la perte de chiffre d’affaires du secteur de la restauration commerciale et hôtelière en 2020 qui devrait se situer entre -50 % et -55 %. « Soit une perte sèche d’au moins 30 milliards d’euros », selon Bernard Boutboul. « Chaque semaine de confinement, c’est 77 millions de repas non servis et 1 milliard d’euros de recettes perdues », a-t-il calculé. Sur l’année complète, entre 1,8 et 2,1 milliards de repas n’auront pas été livrés, par rapport à 2019.

Cette crise est d’autant plus difficile à accepter qu’elle intervient alors que le secteur commençait l’année 2020 avec un certain optimisme, avant de passer par des hauts et des bas successifs. Toujours selon Gira Conseil, sur la période du 1er janvier au 14 mars (date de fermeture des restaurants), le secteur de la restauration commerciale enregistrait une croissance de 5 %, poursuivant sa progression de 2019. Après le confinement, la saison estivale a semblé bonne, mais relativement concentrée sur le mois d’août, et sans la clientèle touristique étrangère. Selon Gira, la restauration a vu son chiffre d’affaires diminuer de moitié entre la mi-mai et la mi-octobre. Quant à octobre, marqué par la mise en place du couvre-feu dans les grandes agglomérations, il aurait vu une baisse de 74 % des recettes.

Alors que le PIB français devrait être en recul de 9 à 10 % en 2020 par rapport à 2019, selon les dernières estimations de la Banque de France, certains secteurs souffrent bien plus que d’autres. Depuis le nouveau confinement décrété début novembre, la restauration comme le commerce non alimentaire ou les loisirs sont les domaines les plus touchés, alors que les autres secteurs résistent mieux, comparé au confinement du printemps. Sous l’effet des fermetures de commerces sur le territoire et des restrictions de déplacements, les activités de restauration devraient fonctionner en novembre à moins de 10 % de leur activité normale, et à moins de 20 % concernant l’hébergement, prévoit la Banque de France.

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L’IAA devrait fonctionner à 90 % de la normale en novembre

La situation de l’industrie agroalimentaire de son côté est plus contrastée. La Banque de France constate qu’elle a connu en octobre un rythme proche des niveaux d’avant crise, et qu’elle pourrait évoluer à plus de 90 % de son activité normale en novembre. Toutefois, les organisations professionnelles de l’industrie agroalimentaire, des coopératives et de l’agriculture notent de grandes difficultés rencontrées par les fournisseurs de la restauration. Alors qu’elles n’avaient pas bénéficié des aides accordées au printemps à la restauration, ces entreprises vont « pouvoir bénéficier des mesures de soutien accordées à leurs clients, les cafés, hôtels, restaurants qui sont aujourd’hui fermés (exonération des charges sociales et patronales, accès au fonds de solidarité, et prise en charge du chômage partiel à 100 %…). L’élargissement de la liste des productions agricoles éligibles est également à saluer même si une évaluation pour celles non prises en compte est nécessaire », notent l’Ania, la Coopération agricole et la FNSEA, dans un communiqué commun le 5 novembre. Deux jours plus tôt, l’État avait publié un décret dans ce sens. « La présentation du 4e projet de loi de Finances rectificative qui annonce le prolongement de la mesure d’exonération de cotisations et contributions sociales pour les entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la crise Covid-19 » est particulièrement bien vue des opérateurs.

Toutefois, ils réclament que les critères d’éligibilité à ces aides soient abaissés à 50 % au lieu de 80 % de perte du chiffre d’affaires « pour sauver le plus grand nombre d’entreprises possible. » Richard Girardot, président de l’Ania, n’en reste pas moins inquiet pour l’avenir, estimant que certaines entreprises « ne vont pas se relever », « vont devoir licencier et ne pourront plus payer leurs partenaires agricoles ». Il demande « de nouveaux dispositifs d’aides notamment pour cette période des fêtes de fin d’année qui s’annonce dramatique pour les entreprises ».