Introduire de nouvelles essences forestières, récolter les parcelles plus précocément, repenser l’aménagement du territoire… Pour la Société forestière de la Caisse des dépôts, gestionnaire de 237 000 hectares dans l’hexagone, la gestion de la forêt française doit évoluer rapidement pour faire face au changement climatique. La société vient de lancer une cartographie des risques pour les parcelles dont elle a la gestion.
«Une forêt peut supporter une fois, deux fois voire… trois fois une canicule comme celle de 2003. Mais elle ne le peut pas tous les 3 ou 5 ans ». Il y a urgence à repenser les modes sylvicoles et l’aménagement du territoire selon Laurent Piermont, le p.-d.g. de la Société forestière de la Caisse des dépôts et consignations (CDC). « En raison du changement climatique, on nous annonce en 50 ans des évolutions qui normalement prennent 10 000 ans, ce qui dépasse la capacité d’adaptation des forêts. L’arbre s’adapte en effet par le changement des générations. Si le changement climatique a lieu sur la durée de vie d’un arbre, celui-ci n’a qu’une petite capacité d’adaptation. Or, les scientifiques nous disent que la vitesse d’évolution du climat sera supérieure à celle de l’arbre, notamment pour des essences commes le chêne pédonculé ou le hêtre ». D’où la nécessité d’introduire progressivement dans les peuplements forestiers des essences de transition qui acceptent le climat actuel tout en étant capables de s’adapter à un climat futur marqué notamment par de fortes chaleurs estivales.
Erables et eucalyptus
Quels arbres privilégier ? La Société forestière a sa petite idée. Pour les feuillus, plusieurs noms sont avancés : le chêne sessile, le tilleul à larges feuilles, le chataîgner, le robinier, l’eucalyptus, l’alisier, le pommier, l’aulne, l’érable… La liste n’est pas exhaustive. Pour les résineux, la bonne nouvelle vient du fait que le pin maritime résiste bien à la hausse des températures. Pour les autres essences résineuses, la nécessité de recourir à des variétés « plus méditerranéennes » est jugée nécessaire. « Pourquoi ne pas planter des sapins de Turquie ou de Thessalonique qui, certes, ne poussent pas vite mais qui résistent bien aux sécheresses », avance Laurent Piermont. « La nature s’adaptera au changement climatique, bien évidemment. Mais comment ? Via une mortalité massive de la moitié des forêts françaises ou avec une anticipation et un relais de la forêt précédente ? » lance le p.-d.g. de la Société forestière. De fait, la forêt française ne sera « pas du tout la même » en 2100. Pourra-t-elle conserver ses capacités de production et sa biodiversité ? Oui, dès lors que sa sylviculture évolue, estime la CDC.
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Première étape : distinguer les peuplements qui peuvent être récoltés avant 2050 L’année 2050 est celle à partir de laquelle la température devrait avoir augmenté de 2°C en France selon le scénario « moyen » réalisé par les experts mondiaux du climat (Giec). de ceux qui peuvent attendre. Pour les premiers, on accélère les coupes ; pour les seconds on diversifie les essences. La Société forestière appelle à récolter de manière plus précoce les parcelles forestières, en particulier pour le pin maritime (tous les 40 ans, au lieu de 45-50 ans) et le chêne (tous les 80 ans au lieu de 120). Cette politique, menée depuis 2006 sur 45 000 hectares dans les Landes, a permis de « sauver » 150 000 m3 de bois qui auraient – dans le cas contraire – probalement été balayés par la tempête de fin janvier, fait valoir Caisse des dépôts. « Tout ce qui sera récolté d’ici 2050, soit la moitié de nos parcelles, sera remplacé par des essences de transition », indique Laurent Piermont.
Repenser le territoire
Afin de permettre aux sylviculteurs de décider en connaissance de cause, la Société forestière a annoncé le 3 mars le lancement d’une cartographie des risques et des opportunités liés au changement climatique pour les 237 000 hectares de forêts dont elle a la gestion en France (voir encadré). La filiale de la Caisse des dépôts entend également approfondir d’ici 2011 le travail sur la réserve en eau des sols et sur le risque « tempête ». Laurent Piermont appelle enfin les acteurs locaux à raisonner l’organisation du territoire à l’échelle des ensembles régionaux. « Le vent suit les itinéraires constitués par les paysages façonnés par les hommes », aime-t-il à rappeler.