La viticulture française est prise en étau entre les sanctions américaines sur le vin importé aux États-Unis et la transition vers la réduction du recours aux phytos, ont alerté les dirigeants de la filière, le 24 février au Salon. Dans de telles conditions, la transition environnementale sera ralentie, a indiqué Jean-Marie Barillère, président du Cniv (Conseil national des interprofessions viticoles).
Si les résultats économiques de la filière viticole continuent de se dégrader, en raison des sanctions américaines dues au conflit sur Airbus, les investissements se réduiront et la transition environnementale en fera les frais, ont averti les professionnels de la filière. « À partir du moment où l’économie est plantée, les opérateurs réduisent leurs investissements et la transition environnementale prend du retard », a lancé Jean-Marie Barillère. Pour la première fois les professionnels ont établi un lien entre la taxe Trump sur le vin tranquille français et le calendrier de la transition vers la réduction de l’emploi des pesticides. En outre, au-delà de la filière viticole, « ce sont toutes les régions viticoles qui seront mises à mal » si l’économie vacille.
« Nous n’avons pas eu de réponse à la hauteur »
Pendant ce temps les résultats économiques tombent : en octobre, la contraction des ventes françaises de vins tranquilles vers les États-Unis « a été de 30 %, en novembre. Elle a été de 40 % et en décembre de 50 % », a énuméré Jérôme Despey, président du conseil spécialisé viticole de FranceAgriMer. « Nous n’en sommes plus à nous inquiéter mais à constater les dégâts », a commenté Bernard Farges, président de la Confédération des AOC viticoles (Cnaoc). « À propos d’Airbus, nous attendons que ce qui a conduit au conflit (les aides à l’avionneur) cessent. Mais nous n’avons pas eu de réponse à la hauteur, lors de l’inauguration du Salon samedi par le chef de l’État ». Or, « ne nous voilons pas la face, il y a deux coupables qui doivent payer : Airbus et l’État », a-t-il ajouté. « Il y a urgence » à ce qu’un fonds de compensation soit débloqué, pour continuer à exporter vers les États-Unis, qui sont le débouché en croissance, sachant que l’exportation vers la Chine patine et que la consommation s’érode en France, a repris Jérôme Despey. « Si c’est au printemps, ce sera trop tard. » L’utilité du fonds est de permettre aux entreprises de continuer à exporter États-Unis, et non de compenser des dégâts a posteriori, a-t-il expliqué.
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À partir du moment où l’économie est plantée, les opérateurs réduisent leurs investissements
Les ZNT pourront bien être réduites avant validation d'une charte
Lors de sa visite d'inauguration du Salon, le président de la République Emmanuel Macron aurait annoncé aux responsables agricoles et viticoles qu’ils peuvent compter sur une solution temporaire, en attendant l’élaboration des chartes de riverains, pour abaisser les distances de non-traitement jusqu'à 3 m, ont déclaré les dirigeants de la filière viticole le 24 février au Salon. À partir du moment où l’agriculteur utilise le matériel adapté (décrit dans l'annexe 4 de l'arrêté du 27 décembre 2019) et où une charte est déposée, mais non encore validée (il faut six mois pour une validation), les agriculteurs pourront traiter à une distance inférieure à 10 mètres sans être sanctionnés, a-t-on appris auprès de la filière. Les professionnels se sont félicités de la sécurisation juridique de ce mécanisme prévu dans une instruction technique de la DGAL du 3 février.