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Medfel L’accord de libre-échange « UE-Maroc » ne satisfait personne

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L’accord de libre-échange entre le Maroc et l’Union européenne, dont l’entrée en vigueur est prévue au 1er juillet, fait grogner des deux côtés de la Méditerranée. Il en fut question au Medfel qui s’est tenu du 24 au 26 avril, à Perpignan.

Il aura fallu quatre années de négociations, puis encore trois années pour que le Parlement européen le ratifie… Malgré ce long chemin, l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Maroc ne satisfait personne, les producteurs de légumes en particulier. Invités à s’exprimer sur le texte lors du Salon international d’affaires de la filière fruits et légumes de l’Euroméditerranée (Medfel) qui s’est tenu du 24 au 26 avril à Perpignan, les producteurs marocains et français se sont séparés sur un constat de désaccord amical. De ce côté-ci de la Méditerranée, Pierre Diot, ancien président de l’AOP Tomate et président de la Gouvernance économique des fruits et légumes (Gefel), a répété que les productions agricoles et la tomate en particulier ont été sacrifiées au bénéfice d’autres produits. Le fait est que l’accord prévu pour entrer en vigueur le 1er juillet prochain va voir le Maroc ouvrir largement ses frontières aux produits agro-industriels européens, notamment les produits laitiers. Représentant des producteurs marocains, et notamment les producteurs de tomates, Omar Mounir, de la Fédération interprofessionnelle marocaine de production et d’exportation des fruits et légumes (Fifel), a relevé avec à propos que si effectivement la main-d’œuvre ne représentait au Maroc que 35 % du coût de revient de la tomate, les 65 % restants étaient en fait déjà du chiffre d’affaires pour les entreprises européennes. Et de minimiser les contingents supplémentaires accordés (50 000 tonnes sur 5 ans à partir d’aujourd’hui), « puisque nous aurions dû pouvoir bénéficier d’un nouvel accord depuis 2007 ».

Des réticences marocaines à l’entrée du blé français

De son côté, Pierre Diot a réclamé des règles simples, applicables et contrôlables. « On ne peut pas continuer comme aujourd’hui avec des règles de dédouanement qui peuvent changer tous les jours et permettre une telle “optimisation” – ni sans contrôle de ce qui rentre effectivement en Europe, ni sans contrôle sur le prix. Comment expliquer qu’on trouve des tomates livrées plateforme à 0,40 € alors que le prix d’entrée est de 0,46 € ? ». De fait, l’accord ouvre un peu plus la porte aux exportations marocaines vers l’Europe. Sont concernés principalement la tomate avec un contingent qui passe de 230 000 à 280 000 tonnes, le concombre (de 6 200 à 16 800 tonnes), l’ail (de 1 120 à 1 500 tonnes), les fraises (de 100 tonnes à 4 600) et les courgettes (de 20 000 à 56 000 tonnes), le tout à l’horizon 2017. Le Maroc ouvre, lui, largement ses frontières aux produits européens avec toutefois quelques réserves sur des produits socialement sensibles comme le blé. Pour Najib Akesbi, de l’institut agronomique Hassan II de Rabat, la négociation de cet accord a accouché d’une souris et la facture sera lourde pour le Maroc. Au point qu’il espère que le Parlement marocain demande la réouverture des négociations pour un accord agriculture-pêche global et prêche pour une spécialisation des différentes régions européennes et méditerranéennes. Avec une pointe d’ironie, Omar Mounir a conclu : « Vous voulez empêcher les travailleurs marocains de déferler chez vous ? Alors, laissez-nous exporter nos produits chez vous comme ça nous leur procurerons du travail ».

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