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L’agriculture et l’alimentation étouffent sous le plastique

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L'usage de plastique en agriculture s'est accompagné d'une pollution des sols. Crédits : © Jürgen Althaus

Un projet commun d’Inrae et du CNRS tire la sonnette d’alarme sur l’omniprésence des plastiques dans l’agriculture et l’alimentaire. Face à l’échec des stratégies comme le recyclage, les chercheurs insistent sur la nécessité de réduire la production de plastique. 

Pas si fantastique le plastique. Plébiscité au XXe siècle pour ses avantages en termes de coût, de poids et de versatilité, ce matériau est aujourd’hui omniprésent dans l’agriculture et l’alimentation. Mais il est la source d’une vaste contamination des écosystèmes et de menaces pour la santé humaine. Ce sont les conclusions d’une vaste revue de la littérature scientifique présentée le 23 mai 2025 au public par des chercheurs d'Inrae et du CNRS

Commandité en 2021 par le ministère de l’Agriculture, le ministère de l’Écologie et l’Ademe, le projet a amené une trentaine d’experts européens à faire le point sur l’usage des plastiques en agriculture et alimentaire. Au total, plus de 4500 articles scientifiques ont été analysés par les comités d’experts dans trois thématiques : les usages, les propriétés et les impacts des plastiques dans l’agriculture et l’alimentation. 

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Selon Baptiste Monsaingeon, maître de conférences à l’université de Reims Champagne Ardennes/CNRS et pilote scientifique de l’expertise, « la majorité des usages du plastique dans l’alimentation se situent en aval de la chaîne de valeur, au niveau de le logistique, de l’emballage et de la distribution des denrées ». Leur diffusion au cours du XXe siècle « a coïncidé avec l’émergence de nouvelles pratiques comme l’individualisation de l’alimentation et l’alimentation nomade ». En agriculture, « l’introduction du plastique a modifié en profondeur les pratiques, avec par exemple le paillage plastique des fruits et légumes » pour lutter contre les adventices, contribuant aussi à une hausse des rendements. Le chercheur a notamment insisté sur la « dépendance au plastique » dans l’agriculture et l’alimentation, dont il est « difficile de se défaire ». Au total, l’agriculture et l’alimentation utiliseraient 20% du plastique consommé en France, soit environ 1,6 millions de tonnes

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Une pollution généralisée 

Cette utilisation des plastiques entraîne une contamination « de l’environnement, des organismes vivants, des humains et des sols », a énuméré Muriel Mercier-Bonin, directrice de recherche à Inrae et pilote scientifique de l’expertise. Selon la chercheuse, « les sols agricoles sont plus contaminés par les micro-plastiques que les océans ». Selon une étude publiée en 2025 citée par la chercheuse, ces microplastiques entraînent « une perte de rendement pour le blé de 10 à 40 millions de tonnes par an en Europe ».

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Même s’ils n’ont pas fait de recommandations, les chercheurs ont appelé les pouvoirs publics à prendre le problème à bras le corps afin de diminuer la production de plastique à la source, seule stratégie jugée efficace par les chercheurs. Baptiste Monsaigner a notamment souligné le rôle du lobbying de l’industrie pétrochimique afin de rejeter la responsabilité sur les consommateurs, au détriment de la régulation de la production des plastiques. Les limites technologiques et économiques du recyclage ont aussi été relevées au cours de l’expertise scientifique, tout comme celles des alternatives biosourcées ou biodégradables au plastique. En effet, d’après Sophie Duquesne, professeure des universités à Centrale Lille/CNRS et pilote scientifique de l’expertise, « seuls les polymères naturels ont une bonne biodégradabilité dans les sols », mais ceux-ci sont souvent modifiés pour avoir d’autres propriétés, ce qui complique leur biodégradation. 

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