Longtemps grande absente des négociations internationales sur le changement climatique, l’agriculture s’impose timidement, à la veille de l’ouverture de la COP 24, en Pologne.
Un dialogue impossible. L’agriculture, à la fois victime et cause du réchauffement climatique, a longtemps été occultée lors des discussions climatiques menées au sein des COP. L’accord de Paris de 2015 ne contient ainsi que quelques dispositions éparses sur le sujet, centrées sur la sécurité alimentaire des États, et ne mentionne pas une quelconque réduction des gaz à effet de serre émis par le secteur.
En cause : un antagonisme fort entre pays du nord et du sud. Alors que les pays développés demandaient à l’ensemble de la communauté internationale des efforts en matière de réduction de l’impact de leur agriculture sur le réchauffement climatique, les pays émergents exigeaient des aides financières pour adapter leur production aux conséquences de ce même réchauffement.
C’est en 2011, lors du sommet de Durban que le secteur agricole est pris, pour la première fois, réellement en compte. La création d’un groupe de travail dédié y est pour la première fois évoquée. Mais les discussions restent au point mort, et la question agricole reste essentiellement traitée sous « l’angle de la sécurité alimentaire des pays émergents, qui veulent disposer de moyens techniques et financiers pour empêcher que le réchauffement atteigne leur sécurité alimentaire », indique Pierre-Marie Aubert, chercheur à l’Iddri sur ces questions.
Mais malgré cette inertie, les États commencent à s’engager : si l’accord de Paris traite peu la question agricole, les contributions nationales d’une centaine d’États ont pour objet l’agriculture, autant dans l’adaptation au changement climatique que dans l’atténuation de son impact. « Les pays ont vu en 2015 l’importance de l’agriculture, malgré les blocages interétatiques », remarque ainsi Pierre-Marie Aubert.
Certains États lancent, par ailleurs, des plateformes visant à « catalyser les initiatives des acteurs non gouvernementaux (collectivités, entreprises, associations, etc). C’est par exemple le cas de la France, avec l’initiative 4 pour 1000, dont l’ambition est d’agréger, dans le cadre de l’accord de Paris, les bonnes volontés de ces acteurs privés pour lancer un changement de pratiques agricoles ».
Un groupe de travail en marge des négociations
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En 2017, après plusieurs années de pression des ONG, la COP 23, à Bonn, acte enfin la création d’un groupe de travail dédié à l’agriculture. L’objectif de ce groupe est d’organiser des ateliers en marge des sommets (une semaine en juin et une semaine précédant la COP), afin de nourrir, par la suite, les négociations officielles. Un objectif est fixé : atteindre, à l’horizon 2020, la publication d’un rapport sur le sujet.
Le premier atelier doit avoir lieu le 4 décembre prochain, et concernera globalement l’organisation des discussions. « Cela sera aussi l’occasion de voir l’état d’esprit des États, tout particulièrement après les élections au Brésil, qui est un acteur central sur ces questions », indique Anne Laure Sablé, chargée de plaidoyer CCFD Terre Solidaire.
Par la suite, plusieurs ateliers auront lieu : sur la séquestration du carbone en 2019, puis sur les questions de réduction des émissions de gaz à effet de serre des activités de l’élevage et les engrais en 2020, ce qui, pour la première fois, fera entrer la question agricole dans une logique de réduction des gaz à effet de serre, comme le souhaitaient les pays développés.
Un processus long, qui s’adapte mal à l’urgence d’un secteur qui est déjà touché de plein fouet par le réchauffement. « On a un paradoxe immense : on comprend de plus en plus que l’agriculture peut avoir un rôle central dans la réduction des émissions, notamment à travers le stockage de carbone, et la place, certes grandissante, mais minime, qu’elle occupe dans les discussions internationales », conclut ainsi Pierre-Marie Aubert.
« Un rôle central dans la réduction des émissions, mais une place minime dans les discussions internationales »