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Commerce Le bassin méditerranéen diversifie ses relations économiques

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L'Europe n'est pas seule dans le bassin méditerranéen, a rappelé le Ciheam à l'occasion de la sortie du cinquième rapport Mediterra. Les pays du Golfe et le Brésil deviennent des acteurs importants dans la région.

« Une des tendances émergentes en Méditerranée, c'est la position croissante des pays du Golfe, a expliqué Sébastien Abis, administrateur du Centre international des hautes études agronomiques méditerranéennes (Ciheam), à l'occasion de la présentation le 6 mars au ministère de l'Agriculture du cinquième rapport Mediterra, intitulé Logistique et commerce agro-alimentaire, un défi pour la Méditerranée. « Il n'y a pas de face à face euro-méditerranéen. L'Europe n'est pas seule dans cette région, où l'on observe une diversification et une croissance des relations économiques, note ce spécialiste. Deux tiers des échanges commerciaux des pays arabo-méditerranéens ne se font pas avec l'Europe. Dans la partie orientale de la Méditerranée, l'Europe n'est pas le principal partenaire. »

Le Golfe prend des positions stratégiques

« Les complémentarités en matière de commerce agricole et de logistique entre les pays du Golfe et la rive sud de la Méditerranée sont multiples, explique Matthieu Brun, chercheur de l'Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri). Si la production agricole marocaine est encore largement orientée vers l'Union européenne, l'ouverture d'une ligne maritime entre les ports de Tanger-Med et de Jebel Ali à Dubaï, en cours de négociation, permettrait aux produits marocains de trouver de nouveaux débouchés et d'être réexportés vers les marchés émergents d'Asie et d'Afrique de l'Est ».

De son côté, le Qatar développe sa propre stratégie d'influence via l'agriculture avec son projet présenté en 2012 de créer l'Alliance globale des pays désertiques (Global Dry Land Alliance, GDLA) pour la recherche en matière de sécurité alimentaire. « Des pays comme l'Algérie ou le Maroc sont intéressés ».

Le Brésil augmente ses exportations

Le Brésil exporte de plus en plus de produits agroalimentaires vers les pays arabes méditerranéens (PAM), passant d'environ 1 milliard de dollars au début des années 2000 à 7 milliards en 2012, explique Sébastien Abis. Le soja, les céréales et la farine y ont pris une part croissante. Pour le Brésil, le sud de la Méditerranée est une zone stratégique. « Le poids des exportations vers les pays arabes méditerranéens est équivalent à celui de la Chine », observe l'administrateur du Ciheam.

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Le Maroc se tourne vers le sud

« Les pays d'Afrique du nord ont de plus en plus de relations commerciales avec l'Afrique subsaharienne », note enfin Sébastien Abis. En tête de ces pays tournés vers le sud de l'Afrique, le Maroc. « C'est un pays qui centre ses relations diplomatiques autour de l'agriculture », note le chercheur. Le plan de développement de l'agriculture marocaine, intitulé Maroc Vert, lancé en 2008 (voir encadré) est dupliqué dans plusieurs pays d'Afrique comme le Gabon. « Outre des opérations d'annulation de dettes au bénéfice des pays les moins avancés, le Maroc a contracté des accords commerciaux avec dix-sept pays africains prévoyant une exonération totale de leurs produits des droits de douane à l'entrée du marché marocain », explique Mihoub Mezouaghi, de l'Agence française de développement.

Le Maroc cherche à attirer des investisseurs pour développer son agriculture

Le Maroc cherche à attirer des investisseurs pour développer son agriculture, cherchant à diversifier ses activités, a indiqué Charafa Chebani, directrice Pôle CF-CIM-Ubifrance, lors d'un atelier d'information organisé par Ubifrance le 25 février à destination d'entreprises françaises, sur le thème du « plan Maroc Vert ». La CFCIM est la chambre française de commerce et d'industrie du Maroc.

Le pays cherche à développer d'autres sources de richesse que le tourisme et l'immobilier, il mise sur l'industrie et l'agriculture, et notamment, pour cette dernière, par son « plan Maroc Vert », lancé en 2008. Pour ce faire, le pays pratique une politique attrayante pour les investisseurs : pas d'obligation d'arriver avec un partenaire marocain, crédit d'impôt de 10%. Par ce dernier mécanisme, lorsqu'un investisseur français facture une prestation de 100 euros à un client marocain, celui-ci lui verse 90 euros. Les 10 euros de différence sont transférés au fisc marocain, et vaut pour la même somme en crédit d'impôt à l'investisseur français, par le fisc français. Ce mécanisme découle d'un accord de non-imposition entre la France et le Maroc.

Si le « plan Maroc Vert » a fait le choix de ne pas développer particulièrement la production céréalière, il met l'accent sur le maraîchage (tomates, fraises, myrtilles), l'arboriculture (olives), a précisé Charafa Chebani. D'où la présence, lors de cet atelier, d'entreprises françaises spécialisée dans l'équipement, telles la société Atomag, spécialiste en pulvérisation et en conseil, basée dans le Loiret ; la société Couédic Madoré Équipement, spécialisée dans l'équipement en abattoirs et salles de découpes pour bovins, ovins et caprins, basée dans les Côtes d'Armor ; et la société Numtech, basée à Clermont-Ferrand, qui est en train de se diversifier dans la modélisation des précipitations à l'échelle d'une parcelle agricole, pratique qui peut se développer en scannant les nuages, d'après son directeur, Emmanuel Buisson.