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Environnement Le bœuf US plus gourmand que les autres animaux

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Produire une calorie de viande bovine étatsunienne nécessite dix fois plus de ressources que produire les œufs, le lait, la volaille et le porc, indique une étude publiée dans la revue PNAS.

AUX Etats-Unis, produire une calorie de viande bovine nécessite dix fois plus de ressources que les œufs, le lait, la volaille et le porc. C'est la conclusion d'une étude parue, le 21 juillet, dans PNAS (Proceedings of the National Academy of Science), l'une des principales revues de science dans le monde, avec Nature et Science. Pour établir cette conclusion, les chercheurs américains et israéliens ont utilisé les données fournies par le ministère de l'agriculture américain (USDA) sur les surfaces de terre, les volumes d'eau irriguée et les masses de fertilisants nécessaires pour nourrir ces animaux entre 2000 et 2010, ainsi que des analyses de cycle de vie des différentes protéines pour évaluer les émissions de gaz à effet de serre (GES) qu'elles induisent.

28 fois plus de surfaces

Rapporté à la calorie fournie, il faudra 28 fois plus de surfaces agricoles pour élever des bovins américains que la moyenne des autres productions animales dans le pays. Même en retirant les terres de pâturages – une partie des troupeaux est élevée sur des prairies « qui ne conviendraient à aucune autre production », reconnaissent les chercheurs – la viande bovine reste deux fois plus gourmande que le porc en termes de surfaces agricoles. De la même façon, la viande bovine américaine nécessite onze fois plus d'irrigation, six fois plus d'azote réactif (issu de la fertilisation) et produit cinq fois plus de gaz à effets de serre que la moyenne des autres productions animales du pays.

Deux facteurs : la biologie et les pratiques

Selon les auteurs, ce fossé entre la viande bovine américaine et les autres productions animales s'explique à la fois par les pratiques d'élevage et par la capacité biologique de chaque espèce à convertir de l'énergie issue de l'alimentation animale en calories consommées par l'homme. En effet, le facteur de conversion pour la viande bovine est très variable : il peut être de trois à six fois inférieur aux autres productions animales. Et dans le cas précis du bœuf américain « moderne et généralement intensif », la conversion est quatre fois moins efficace, selon l'étude.

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Les chercheurs se sont même essayés à comparer l'impact d'une calorie de viande bovine à celles de trois protéines végétales, le blé, la pomme de terre et le riz. La viande bovine étatsunienne requiert 160 fois plus de surfaces agricoles, huit fois plus d'irrigation,19 fois plus d'azote réactif, et rejette onze fois plus de GES que la moyenne des trois cultures. Comparées à la moyenne des autres productions animales (porc, volaille, lait, oeuf), il ne faut multiplier que par six, 0,5, trois et deux l'impact des productions végétales.

Une étude solide ... pour les USA

« Malgré quelques imperfections dans les données », les chercheurs estiment qu'ils apportent des résultats solides. Le chercheur de l'Inra, Hayo Van Der Merf, spécialiste des analyses de cycle de vie en élevage confirme : « La spécificité de cette étude, c'est de combiner les analyses de cycle de vie, ce qu'il appellent le bottum-up, aux données nationales, le up-bottum. Cela permet d'avoir une image complète ». Ces données ne sont pas applicables à la viande bovine française, bien éloignée des pratiques des feed-lots américains, estime-t-il, à l'exception des émissions de gaz à effets de serre. Pour cette donnée, le facteur est également de cinq entre la viande bovine et les autres productions, mais une controverse subsiste sur l'intégration ou non (et selon quelles hypothèses) du stockage de carbone par les prairies permanentes au calcul des émissions de GES. Ni l'étude américaine, ni les données dont on dispose actuellement en France n'intègrent cette donnée, qui pourrait selon Hayo Van Der Merf, sensiblement changer les résultats.