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Focus Irak Le conflit en Irak menace la sécurité alimentaire

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Le conflit qui se déroule en Irak, impliquant les djihadistes de l'Etat islamique en Irak et au Levant, l'armée irakienne et les forces de sécurité de la région autonome du Kurdistan, menace la sécurité alimentaire de la région.

« En une semaine, des centaines de milliers de personnes ont fui Mossoul et le gouvernorat d'Anbar. Elles sont désormais confrontées à des conditions de vie très difficiles », explique Action contre la faim, qui mène une mission sur place. « En un peu plus de 3 ans, la crise syrienne est devenue la pire catastrophe humanitaire de ce début de XXIe siècle. Plus de 150 000 morts, 6,5 millions de personnes déplacées dans le pays et près de 3 millions qui ont fui vers les pays alentours », analyse l'association. Au Kurdistan irakien, on dénombre déjà 207 000 réfugiés syriens. L'association offre des soins, de l'eau potables et de la nourriture au camp de Garmawa, au nord du pays, qui peut accueillir 10 000 personnes, et croit rapidement, sous une température qui peut atteindre 50°.

La FAO inquiète pour les récoltes

La FAO s'inquiète pour la récolte 2014, que les prévisions annonçaient favorable, dans une alerte du 25 juin. Des pluies laissaient présager une récolte de blé et d'orge 15% supérieure à la moyenne quinquennale (à respectivement 3 millions et 900 000 tonnes prévues).

Les secteurs les plus touchés par le conflit actuel, Nineveh et Salahaddin, contribuent en moyenne pour près d'un tiers de la production de blé et d'orge de l'Irak. Mais aujourd'hui, 1 million de personnes ont fui alors que s'amorce la saison de récolte du blé et de l'orge. « Si le conflit continue, les produits alimentaires de base et d'autres articles essentiels seront de moins en moins disponible pour les plus vulnérables, malgré les subventions gouvernementales », déclare le représentant de la FAO en Irak, Fadel El Zubi.

L'Irak, un pays fortement dépendant des importations agricoles

LES céréales les plus cultivées en Irak sont le blé (70%), l'orge (20%), le maïs et le riz (moins de 5%), explique l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation (FAO), dans une alerte du 25 juin. Mais les surfaces plantées et les récoltes sont très variables en fonction des conditions climatiques et des conflits : entre 2003 et 2012, la surface de blé a oscillé entre 1 et 2,5 millions d'hectares.

Les cultures pérennes, notamment les dattes, la luzerne, les agrumes, les fruits occupent 340 000 hectares. Le maïs, le riz, les légumes, le coton et le tournesol viennent compléter la sole.

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Pour l'élevage, le pays compte 8 millions de moutons et 1,5 million de chèvres, nourris aux coproduits des céréales et au pâturage extensif. Il possède une industrie laitière saisonnière, avec de petites exploitations, des races autochtones nourries au fourrage irrigué, trèfle et luzerne. Le secteur avicole est par contre moderne, produisant environ 38 millions de poulets, mais les coûts de productions sont parfois élevés.

Mais l'Irak importe 80% des aliments qu'il consomme. En 2013, le secteur agricole est le troisième contributeur au PIB (environ 8 % en 2012) et le deuxième employeur du pays (autour de 25% de la population active occupée), explique la direction générale du Trésor de ministère de l'Economie, dans une note réalisée en 2013. L'Irak est fortement dépendant pour certains aliments de base : blé (50%), riz (81%), lait (67%), viande rouge (70%) ou poulet (41%). Le seul poste d'exportation concerne les dattes.

L'Irak dispose d'un système public de distribution de nourriture, qui est la principale source alimentaire pour les Irakiens les plus pauvres. Il leur fournit du riz subventionné, farine de blé, l'huile, le sucre et du lait pour bébé. Mais les réserves de céréales s'épuisent et les niveaux de nourriture disponible par l'intermédiaire du système public de distribution se détériorent rapidement, alerte la FAO, qui craint une augmentation des coûts des produits de base.

Les importations de céréales devraient ainsi augmenter. Elles sont estimées pour 2013/2014 à 4,26 millions de tonnes dont 2,7 de blé. Le pays privilégie les taux élevés de protéines et de gluten.

Irak : berceau de l'agriculture en perdition

LE berceau de l'agriculture prend l'eau. Les historiens s'accordent pour localiser la domestication des graminées dans le croissant fertile du Moyen-Orient, sur les rives du Tigre et de l'Euphrate. L'Irak est au cœur du berceau de l'agriculture puisque c'est entre 9 500 et 9 000 av. J.-C. que la domestication de l'orge, du blé et du seigle y aurait pris racine. Au cours de la révolution néolithique, les hommes sont passés d'un mode de vie fondé sur la chasse, la pêche et la cueillette à un système d'agriculture. Ironie du sort : le territoire qui fut le berceau de l'agriculture dans le monde est depuis de nombreuses décennies en proies à des conflits politiques et religieux qui égratignent peu à peu le potentiel agricole des rives du Tigre et de l'Euphrate, notamment en Irak.