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Surveillance du territoire Le futur dispositif en gestation

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Le ministère de l’Agriculture devrait très prochainement présenter les grandes lignes du futur dispositif d’avertissement agricole. Ses conclusions sont très attendues. Pour le moment, un grand flou règne entre les différentes structures du monde agricole, nombreuses à souhaiter avoir des responsabilités dans le dispositif.

Depuis la fin 2006, l’Etat se désengage progressivement des avertissements agricoles. Les techniciens de la protection des végétaux, qui ont pendant des années assuré ce service aux agriculteurs, se consacrent désormais à des missions de contrôle, déléguant à d’autres le soin de faire les observations et de diffuser l’information. Les régions font face plus ou moins bien, chacune à sa façon. Sauf qu’avec le Grenelle de l’environnement et compte tenu de l’objectif fixé par le président de la République de réduire de 50 % l’usage des produits phytos d’ici dix ans, les avertissements agricoles apparaissent comme un maillon crucial du conseil. Les deux inspecteurs généraux chargés de travailler sur ce sujet ont remis leur rapport au ministère de l’Agriculture fin juin. Il contient une proposition de schéma organisationnel mais également des questions, auxquelles le ministère doit répondre. Ce dernier devrait désormais arrêter rapidement un schéma général de fonctionnement. Une réunion est prévue la semaine prochaine avec les professionnels. Les grandes lignes du nouveau dispositif devraient être communiquées vraisemblablement fin juillet, lors de la présentation du plan Ecophyto 2018.

Beaucoup de questions encore sur la table

Quelques points font pour l’instant consensus : les avertissements « officiels » seront élaborés au niveau régional, ils comporteront vraisemblablement plusieurs niveaux, l’objectif étant de séparer les informations objectives de la préconisation de produits, mutualiser les observations de terrain et les normaliser apparaît indispensable, l’administration devrait assurer le pilotage du dispositif. Ceci étant dit, de nombreuses questions demeurent. Qui va coordonner ? Comment évaluer le risque ? Qui rédigera l’avertissement ? Faut-il aller jusqu’à la préconisation de la matière active ? Comment le futur dispositif sera-t-il financé ? Faut-il faire payer les agriculteurs ? Le dossier concerne beaucoup d’acteurs du monde agricole : les chambres d’agriculture, les instituts techniques, les Fredon (Fédération régional de défense contre les organismes nuisibles), les organisations économiques. Leurs intérêts sont parfois contradictoires. En l’absence d’axes clairs émanant de l’Etat, une guerre larvée se joue depuis plusieurs mois en coulisse pour obtenir une part du « gâteau ». Si rien n’est garanti quant aux financements, les différentes structures ont beaucoup à gagner en terme de visibilité, de légitimité ou d’influence.

Une volonté de travailler ensemble

Qui veut quoi ? Les chambres d’agriculture ne seraient pas contre récupérer la gouvernance du dispositif, voire assumer la responsabilité de la rédaction des avertissements ou encore gérer les bases de données, qui seront probablement régionales. Les Fredon s’intéressent aussi à la coordination et à la rédaction des messages. Faire tourner les modèles mis au point par les instituts techniques les intéresserait également. La Fnlon a par ailleurs répondu fin juin à un appel à projet du Casdar relatif à l’élaboration des protocoles d’observation. Comme les chambres, les Fredon mettent en avant leur neutralité. Côté instituts techniques, Arvalis revendique l’analyse de risques en grandes cultures, sa spécialité. Au fil des semaines, les organisations, qui ont appris à mieux se connaître, semblent à peu près prêtes aux concessions et devraient pouvoir travailler ensemble. Il se pourrait également qu’une certaine liberté soit donnée à chaque région afin de tenir compte de son historique en matière de surveillance du territoire. Ce qui faciliterait une partie des arbitrages. Les clarifications que le ministère pourra apporter sont en tout cas très attendues.