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Focus Irak Le manque d'eau intensifie l'instabilité au Kurdistan irakien

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Le peuple kurde irakien revendique depuis de nombreuses années l'indépendance de leur territoire autonome vis-à-vis de Bagdad. Si l'enjeu pétrolier est souvent cité, celui de la gestion de l'eau sera aussi déterminant pour stabiliser la situation.

« PLUS de 100 000 habitants du nord de l'Irak ont été obligés de quitter leur foyer depuis 2005 en raison de graves pénuries d'eau », révèle une étude de l'Unesco (1) publiée en 2009. Ce sont près de 40% des karez (2) de la région du nord de l'Irak qui ont cessé de fonctionné depuis le début de la sécheresse de 2005. « Un grand nombre de personnes intérieurement déplacées citent la perte de leur karez et, en conséquence, de leurs moyens de subsistance comme étant la raison majeure pour quitter leurs foyers », témoigne Casey Walther, consultant au bureau de l'Unesco à Amman (3). Si le Kurdistan irakien situé au nord de l'Irak est traversé par le Tigre et deux de ses affluents (le Grand zab et le Petit Zab), la source principale d'approvisionnement en eau est souterraine. Et les karez permettent de la valoriser. L'enjeu est de taille : « La destruction des karez, qui sont souvent la seule source d'eau pour un village, a décimé la production agricole et l'activité économique, forçant des communautés entières à abandonner leurs maisons à la recherche de nouvelles sources », poursuit Casez Walther. Malheureusement, les responsables de l'instabilité politique l'ont compris depuis plusieurs années comme l'explique le consultant onusien : « De nombreux karez furent détruits et abandonnés au cours de la campagne d'Anfal pendant les années 1980, lancée par le gouvernement de Saddam Hussein ». Depuis, la construction et/ou l'entretien des karez ont du mal à trouver un nouveau départ.

Nouveau départ indispensable

« Le secteur agricole, aux potentialités énormes, a accusé une baisse significative de la productivité ces dernières décennies », expliquent les experts de l'Ifpo (4) à propos du Kurdistan irakien. Et pour la suite, la relance agricole nécessite un nouveau départ par la gestion des ressources aquifères. À ce titre, l'Unesco, en partenariat avec l'OIM et le Fida, a pour objectif de lancer « l'Initiative pour la revitalisation des communautés ». Le projet met l'accent sur la restauration des karez comme « catalyseur pour réduire la pauvreté, accroître la sécurité alimentaire et promouvoir un meilleur niveau de vie dans les villages ».

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(1) Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (2) Les karez sont des aqueducs souterrains traditionnels en Irak. Ils permettent d'approvisionner en eau les villages et les champs (3) Dans « Crise dans le nord de l'Irak, l'assèchement des karez fait fuir des milliers de paysans » publié en 2009/2010 (4) Institut français du Proche Orient

L'eau, une source de tension politique dans le Croissant fertile

LE Tigre et l'Euphrate prennent leurs sources en Turquie, traversent la Syrie et l'Irak pour se jeter dans le Golfe persique. Depuis des décennies, la maîtrise de l'eau de ces deux fleuves est source d'entente et/ou de tensions entre les trois pays. La FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture) rappelle que 27% de la surface de l'Irak sont propices à l'agriculture et que la moitié est irriguée. Ces surfaces cultivées sont situées entre le Tigre et l'Euphrate principalement. Achevé en 1973, le barrage de Tabqa sur l'Euphrate en Syrie s'est soldé par un assèchement de la plaine alluviale en Irak et l'intensification de l'exode rural des populations irakiennes. L'enjeu politique était de taille car ces années-là, le gouvernement irakien commençait (en vain) à vouloir endiguer le déplacement des populations rurales attirées par les pétrodollars urbains. Les tensions persistent aussi face à un projet turc vieux de quarante ans qui vise à la construction de 22 barrages pour maîtriser l'eau dans l'est du pays. Sauf que la Syrie et l'Irak s'inquiètent d'un tel projet (qui a du mal à aboutir) qui pourrait avoir des conséquences désastreuses sur la disponibilité en eau des Syriens et des Irakiens. Selon Sandrine Bonnefoy, doctorante à l'Institut d'Etudes politiques de Toulouse, « les projections pour l'Irak sont inquiétantes (…) car le Tigre représente 61% des ressources hydrauliques du pays ».