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Perspectives Le marché de la viande a les yeux rivés sur le grand Est

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Alors que les besoins en protéines animales à l’Est ne cessent de progresser, les Amériques et l’Union européenne confirment leur place de fournisseurs mondiaux de viande. Sauf que de nouveaux exportateurs font leur apparition et que certains pays déficitaires pourraient se passer d’importations dans les années à venir.

La FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) estimait en mai 2012 que la production mondiale de volaille en 2011 a progressé de 3,5% et la même tendance était prévue pour 2012 (+1,8%). Marché de la viande le plus porteur dans le monde, la demande de viande de volailles profite de son bas prix et gagne du terrain par rapport aux autres viandes. Les principaux pays producteurs restent les Etats-Unis, la Chine, le Brésil et l’Union européenne qui totalisent 63 millions des 102 millions de tonnes produites en 2011. Ces quatre piliers ont leurs spécificités : la Chine, qui certes produit, ne le fait pas suffisamment et importe énormément pour faire face aux besoins de sa population. Ce n’est pas le cas des Etats-Unis et du Brésil dont l’excédent commercial augmente de manière continue depuis plus de dix ans. L’Europe, quant à elle, est fragile et selon une étude d’Itavi (institut technique de l’aviculture) d’octobre 2012, « la place de l’UE dans le commerce international de volailles est en nette diminution depuis 15 ans ».
Le marché mondial de la volaille se caractérise aussi par de récentes évolutions de la politique russe. Bien qu’importatrice nette depuis 10 ans, la Russie a annoncé en 2012 qu’elle « parviendra à l’autosuffisance pour ce qui est de la viande de volailles ». Le pays pourrait bien rapidement se retirer de la liste des demandeurs sur le marché mondial. La politique commerciale et sanitaire de la Russie porte d’ailleurs déjà ses fruits : selon la FAO, en 2011, les importations russes ont déjà chuté de 29%. Ces résultats restent à nuancer à court terme : Itavi rappelle qu’en 2012, il y a eu une nette reprise des exportations américaines vers la Russie.
Deux acteurs devraient aussi être incontournables dans les années à venir : le Proche et Moyen-Orient ainsi que l’Afrique. Selon Itavi, « la zone Proche et Moyen-Orient et Afrique du Nord représente un marché d’importation de 2 millions de tonnes qui continue à croître fortement (+4% en 2011) ». Pour le moment, le Brésil approvisionne à 80% ces parties du monde en viande de volailles.

Russie, en quête d’indépendance en viande porcine

Sur le marché mondial de la viande porcine, 80% des exportations sont réalisées par les Etats-Unis et l’Europe qui ont pourtant des stratégies différentes, notamment à destination de l’Asie où la Chine reste un importateur net, notamment depuis 2008, malgré son rang de premier producteur mondial (près de 50% de la production mondiale). Par leur position géographique, les Etats-Unis ont la possibilité d’exporter vers la Chine sous forme de produits congelés, mais aussi sous forme de produits frais, ce que ne peut pas faire l’Union européenne. L’Ifip (institut technique du porc) précise que les coûts logistiques ne pénalisent pas nécessairement les exportateurs européens. « Il est même plus cher de transporter par la route de la Bretagne vers Marseille, que par voie navigable de la Bretagne vers la Chine », précise –t-on à l’Ifip. En frais ou en congelés, la Chine importe principalement des pièces peu élaborées et des abats depuis l’Europe et les Etats-Unis. Néanmoins, selon l’Ifip, l’Europe peut tirer son épingle du jeu notamment grâce à son image de marque tant d’un point de vue sanitaire que sur la traçabilité des produits. « D’autant que les classes moyennes et riches de la Chine vont s’accroître et les besoins devraient évoluer dans le sens d’une recherche de produits de qualité », selon les experts de l’Ifip.
Autre centre commercial asiatique, mais autres marchés : le Japon et la Corée du Sud. L’Europe se positionne très bien sur ces marchés, plutôt demandeurs de viandes élaborées destinés à des salaisonniers par exemple. D’après l’Ifip, les exportations de l’Union européenne vers la Corée du Sud et le Japon ont représenté 12% des exportations pays tiers, derrière la Russie, la Chine et Hong-Kong où transitent des marchandises ensuite destinées au marché chinois.
La Russie enregistre, elle, le plus grand déficit en viande porcine du monde depuis plus de 10 ans. Malgré les ambitions affichées du Kremlin d’atteindre l’autosuffisance alimentaire, les importations tiennent encore une place importante dans les approvisionnements russes. Néanmoins, la production russe est amenée à augmenter rapidement au regard des orientations politiques pour le développement de grandes exploitations intégrées au détriment des petites exploitations familiales. Si l’objectif du Kremlin est d’être autosuffisant en viande porcine d’ici 2020, les experts de l’Ifip estiment que « les russes ne seront pas loin d’atteindre l’objectif d’ici 2017-2018 ».

Inde, un nouveau sur le marché de la viande bovine

Déjà leader sur le marché de la volaille, le Brésil (1,5 million de tonnes équivalents carcasses exportées en 2012) confirme la prédominance de son modèle de production intensive en restant au coude à coude avec l’Océanie (1,4 million de tonnes équivalents carcasses exportées en 2012) sur le marché mondial de la viande bovine. Néanmoins, un troisième pays exportateur est en train de les rejoindre. L’Inde, qui ne produit pas traditionnellement de viande bovine, possède le plus grand cheptel bovin au monde. La demande mondiale a incité l’Inde à produire et exporter de la viande bovine. Selon une étude de l’Institut de l’élevage sur le marché mondial de la viande bovine en 2012, « l’augmentation des exportations indiennes de viande de buffle est bien le fait marquant du marché international du bœuf en 2012 ». Pour ce nouvel arrivant dans le monde des exportateurs de viande bovine, c’est vers l’Est que les relations commerciales se confirment (Viêtnam, Hong-Kong, Malaisie, Philippines…). « Tout se passe ainsi comme si la faim de bœuf se creusait surtout à l’Est, suscitant de nouvelles vocations de productions dans ces pays, mais qui n’arrivent pas à fournir les demandes locales », écrivent les experts de l’Institut de l’élevage.
Côté européen, les professionnels gardent les yeux ouverts sur le pourtour méditerranéen, notamment sur l’Afrique du nord et le Proche et Moyen-Orient dont les besoins sont amenés à progresser. Si les exportations européennes vers ces zones du monde ont diminué, c’est en partie lié au manque de disponibilités en Europe. Des avancées majeures ont aussi permis de rouvrir le marché japonais en quête de produits de qualité aux productions européennes qui peu à peu se font une place sur des marchés de niche aussi en Chine.
La Russie, comme en viande porcine et de volailles, est déficitaire en viande bovine. Le pays est historiquement marqué par la chute du communisme en 1991 qui a décimé les effectifs en productions animales. En viande bovine, après 20 ans de décapitalisation, le cheptel aurait augmenté de 2% en 2011, une progression liée aux soutiens massifs du gouvernement pour l’agrculture et l’autosuffisance alimentaire. Les importations russes devraient encore se maintenir, mais les partenaires commerciaux de la Russie restent dépendants de la politique douanière et sanitaire du Kremlin. Récemment, les Etats-Unis se sont vus interdire d’exporter vers la Russie pour des raisons sanitaires selon le Kremlin, plutôt politiques selon Washington DC. Demain, qui sait quels pays pourraient être interdits d’exporter vers la Russie. Les professionnels rappellent que les choix politiques du Kremlin sont souvent imprévisibles. L’adhésion de la Russie à l’OMC pourrait changer la donne, mais cela reste à confirmer.

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