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Raymond Vial « Le nouveau dispositif installation apportera beaucoup de souplesse »

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Traduite pour l’essentiel dans la loi d’avenir, la réforme de l’installation se mettra progressivement en place à partir de 2014. Le point avec Raymond Vial, le président de la Chambre d’agriculture de la Loire, en charge du dossier installation pour la région Rhône-Alpes et pour l’Assemblée permanente des Chambres d’agriculture (APCA).

Selon les derniers chiffres de la Mutualité Sociale Agricole (MSA), le nombre d’installations en Rhône-Alpes a augmenté de 3,6% entre 2011 et 2012 avec 1149 nouveaux installés. Comment expliquez-vous ces bons résultats alors qu’à l’échelle du pays, le nombre d’installations a diminué ?
Raymond Vial : La région a plusieurs grandes villes et dispose d’un fort bassin de consommation. De fait, un certain nombre d’agriculteurs ont la possibilité de s’installer et continuent de le faire. C’est le cas surtout en maraîchage avec des ventes directes sur les marchés, voire au panier, en bordures de villes. Nous avons aussi une réelle politique de cédant/repreneur qui remonte à plusieurs années avec le Conseil Régional particulièrement novateur sur ce dossier : il a permis à bon nombre d’agriculteurs qui n’avaient pas de successeur, de trouver un tiers. Et à ce dernier de pouvoir bénéficier d’un stage de six mois à un an, payé précisément par le conseil régional (souvent, le département ajoute une aide). Ce qui nous permet aujourd’hui d’enregistrer de bons résultats. En particulier dans le domaine du hors cadre familial (35% des installations dans la Loire). L’autre phénomène est que nous sortons du papy-boom. Pour la Loire toujours, nous sommes à environ 400 départs par an. Mais ce chiffre chute, nous le voyons.
 
Quelles autres productions que le maraîchage installent ?
Nous avons beaucoup d’installations en bovin laitier, bovin viande, voire bovin mixte. Après, nous avons des spécificités : dans la plaine de l’Ain, de l’Isère, ou de Lyon, nous retrouvons les grandes cultures et du maraîchage en bordure. Nous avons aussi un certain nombre de vignobles. Mais la production qui installe surtout, c’est bien l’élevage. L’allaitant gagne d’ailleurs du terrain sur le laitier. En raison notamment des astreintes liées au travail : même s’il s’agit d’animaux, vous n’avez pas l’astreinte de la traite matin et soir dans la production allaitante. A l’inverse, la production qui a perdu beaucoup d’installations, c’est l’arboriculture, à la suite de différentes crises, sanitaires et économiques.
 
Les jeunes s’installent-ils majoritairement en forme sociétaire dans votre région – comme c’est le cas dans le reste de la France?
C’est un vrai sujet. Je pense qu’aujourd’hui l’agriculture sociétaire n’est pas assez abordée dans les centres de formation. Quand nous assistons au départ d’un associé au sein d’un Gaec, il nous est très difficile de convaincre un jeune de s’y installer. Il veut souvent avoir sa propre exploitation. Mais cela ne signifie qu’il ne va pas reprendre une exploitation déjà existante, mais il ne va pas vouloir entrer dans une société. C’est un nouvel état d’esprit. Et un vrai problème aujourd’hui. Les gens sont individualistes. Il faut absolument qu’au niveau des centres de formation, on insiste sur l’agriculture sociétaire.
 
Avec un taux de renouvellement national de 2,4%, meilleur en 2012 qu’en 2011, et une pérennité très satisfaisante des projets initiés (82,8% des agriculteurs sont encore là cinq ans après), les chiffres de la MSA montrent surtout l’efficacité des instances locales. Quel est le dispositif actuellement en place en Rhône-Alpes ?
Aujourd’hui, dans la région, les points info installation qui deviendront les points accueil installation sont tenus par les chambres d’agriculture. Nous travaillons aussi avec les jeunes agriculteurs. Dans les départements, nous avons ce que l’on appelle le comité départemental installation, présidé par un jeune agriculteur. Et, selon les départements, il est aussi parfois possible qu’un animateur, dépendant des jeunes agriculteurs, anime les points info installation. Nous travaillons donc vraiment en partenariat avec les jeunes agriculteurs sur l’installation.
 
Portée en partie par la future loi d’avenir agricole qui devrait être votée l’été prochain par le Parlement, la réforme de l’installation va consister en quoi précisément ?
Avec la réforme, l’échelon régional est renforcé. C’est une décision du ministre dans le cadre du projet de loi d’avenir agricole. Et les Comités régionaux de suivi installation, transmission (Crit) sont ainsi créés. Ils seront pilotés par l’Etat et la région et associeront l’ensemble des partenaires du niveau régional. À savoir tous les syndicats, les Chambres, les associations qui s’occupent d’installation. Il s’agit en réalité de toutes les structures qui ont participé aux assises de l’installation. Le Crit sera chargé d’accompagner les installations, définir les stratégies et établir les critères de la modulation de la DJA (Dotation jeune agriculteur). Chaque département a aujourd’hui ses critères. Ils seront désormais discutés au niveau régional. Le Crit sera aussi chargé d’assurer la mutualisation de l’offre de formation.
 
Concernant cette mutualisation de l’offre de formation à l’échelle régionale, vous avez la particularité d’être une très grande région. Les candidats à l’installation sont ils prêts à se déplacer?
Oui, certains se déplacent déjà dans d’autres régions pour être formés. Dans la Loire, si quelqu’un veut s’installer en fois gras de canard, il ne va pas trouver d’offre de formation. Parce qu’ils sont très rares, les producteurs en fois gras de canard ici. Par contre, on sait que le Sud-Ouest organise de son côté ce type de formation. Et le jeune est alors envoyé sur place. Toutes les formations ne seront en revanche pas régionalisées. Il y en a beaucoup qui seront dans les départements. Mais l’intérêt de la régionalisation est évident : prenons le cas la Loire et du Rhône qui sont limitrophes, et ce qu’on appelle les monts du Lyonnais. Les éleveurs laitiers de la Loire qui habitent dans les monts du Lyonnais et ceux du Rhône qui y habitent aussi, sont sur les mêmes types d’exploitation. À quoi servirait-il de proposer des formations dans chaque département ? Autant les réunir. La nouvelle politique de l’installation apportera beaucoup de souplesse.
 
Etes-vous prêts à mettre en place ce type de réforme ?
Nous poursuivons à l’heure actuelle les discussions. Il faut savoir qu’au niveau national, l’APCA a demandé au ministère de l’Agriculture la mise en place d’un comité technique au sein des Crit. Il serait composé de représentants de l’Etat, de la région et des Chambres d’agriculture. Il s’agirait d’un comité restreint pour préparer les dossiers qui seront présentés devant les membres du Crit. Quand vous êtes trop nombreux autour de la table, c’est compliqué de prendre des décisions. Le comité technique préparerait les dossiers à discuter en aval. Nous attendons désormais la réponse du ministre.

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