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Le projet Visa : un outil pour mieux gérer les traitements contre les maladies cryptogamiques de la vigne

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Le capteur en action dans une vigne Crédits : © IFV / UMT SEVEN

Développé au sein d'une UMT de l’Institut français de la vigne et du vin, le projet Visa utilise une technologie capable de détecter rapidement les bioagresseurs de la vigne contenus dans l'air, avant même l'apparition des symptômes sur la plante. Ces recherches ont pour but de réduire les traitements préventifs contre quatre maladies majeures : le mildiou, l’oïdium, le black rot et le botrytis.      

Primé lors du dernier salon Vinitech-Sifel, le projet Visa est développé au sein de l’unité mixte technologique Santé des Ecosystèmes Viticoles Economes en iNtrants (UMT SEVEN), animée par Marc Raynal, ingénieur à l’Institut français de la vigne et du vin (IFV) avec l’appui des collègues d’Inrae et de Bordeaux Sciences Agro. « Nous avons initié des recherches en 2019 sur la sporée aérienne dans les vignobles pour réduire les intrants utilisés préventivement contre les maladies cryptogamiques, sachant qu’aujourd’hui, le seul appareil dont on dispose pour mesurer ces maladies, s’appelle une station météorologique, constate l’ingénieur. Nous nous intéressons à quatre maladies majeures : le mildiou, l’oïdium, le black rot et le botrytis, les trois premières se développant tout au long du cycle végétatif et la dernière plutôt en fin de parcours, au moment de la maturité des baies. Les traitements contre le mildiou, l’oïdium, le black rot représentent 80 % des intrants phyto sur le vignoble français ».

Pour mener à bien leurs travaux, les chercheurs utilisent la technologie Lamp PCR (Loop Mediated AMPlification Polymerase Chain Reaction), qui permet de détecter et de quantifier l’ADN de bioagresseurs dans l’air, une technique initialement utilisée en médecine humaine, dont l’un des avantages, comparée à d’autres mesures de la sporée aérienne déjà menées en viticulture, est qu’il « ne nécessite pas d’infrastructure et permet un diagnostic rapide et robuste directement sur le terrain », précise Marc Raynal.

Le matériel utilisé pour cette étude est composé de capteurs aspirants ou passifs sous la forme de petits bâtonnets enduits de vaseline et qui tournent à 2400 T/mn, sur lesquels viennent se coller les spores contenus dans l’air. « Les bâtonnets sont récupérés trois fois par semaine pour analyses. En fonction de la concentration d’ADN, la réponse peut être rapide et obtenue en un quart d’heure. Avec ce système, les spores peuvent être détectées avant l’apparition des symptômes sur la plante. C’est ce qui ressort depuis le début du projet, dans près de 80% des cas. Et nous arrivons à expliquer l’apparition des spores à partir des données météorologiques huit jours avant l’apparition des symptômes », souligne ce dernier. Pour affiner les résultats de l’étude en laboratoire, « il était important parallèlement de créer un réseau participatif avec les agriculteurs à l’échelle d’un vignoble. Ils relèvent les capteurs pour nous envoyer les échantillons et nous transmettent une observation sanitaire hebdomadaire de leur vignoble. Toutes ces données récoltées sont mises en commun à l’échelle du réseau pour sécuriser les observations ». De 22 viticulteurs la premières année, nous sommes passés à 67 l’an dernier et nous prévoyons d’arriver l’an prochain à 150 capteurs installés dans les vignobles.

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En recherche de financements

Le projet Visa ne permet pas encore de déterminer exactement quand les viticulteurs doivent traiter ou pas leur vignes. « Pour l‘instant, nous capturons des données à partir desquelles nous expérimentons une base de raisonnement. L’an dernier, nous avons pu repousser les deux à quatre premiers traitements préventifs, c’est un début. L’établissement des règles de décisions qui vont permettre aux viticulteurs de piloter leurs traitements à partir des informations de la sporée est un de nos objectifs pour 2023. Mais on ne veut pas bruler les étapes, il faut d’abord capitaliser de l‘information au plan spatial pour bien l’interpréter et ensuite élaborer ces règles de décisions de traitement. Et on peut très bien imaginer fusionner de la donnée météorologique avec de la donnée provenant des capteurs biologiques », estime encore Marc Raynal.

Le financement du projet Visa, qui est soutenu pour la campagne 2023 par la Région Nouvelle-Aquitaine, est un autre sujet sur lequel travaille l’équipe.  « Nous avons démarré des discussions avec des entrepreneurs via Inrae Transfert et nous réfléchissons à la façon de pérenniser nos recherches, notamment grâce au soutien de fonds d’investissements ».