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Blé et prairies Le réchauffement climatique va peser de plus en plus sur les cultures

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Déjà perceptible sur les trente dernières années, le réchauffement climatique va contraindre encore davantage la production agricole dans les années à venir. Le 22 octobre, l’institut de l’élevage et Arvalis organisaient un colloque pour faire le point sur les conséquences du phénomène, tant en grandes cultures qu’en prairie.

Toulouse et Montélimar, des villes « méditerranéennes » ? Oui, selon François Lelièvre, chercheur à Supagro Montpellier qui a travaillé sur l’évolution du climat dans l’arc péri-méditerrannéen. En 29 ans, l’évapotranspiration des plantes s’est accrue dans cette zone de 123 mm en moyenne tandis que la température augmentait de 0,5 °C tous les dix ans. « Le climat méditerranéen a progressé de 60 à 100 km vers le Nord et le Ouest », a expliqué le spécialiste, lors du colloque sur le changement climatique organisé conjointement par Arvalis et l’Institut de l’élevage le 22 octobre à Paris. A la veille du sommet de Copenhague, difficile de contester la réalité du réchauffement climatique. D’autant plus qu’il a clairement un impact sur les cultures. « Au total, depuis 1980, nous avons perdu en moyenne 11 % de production sur les prairies, soit 0,9 tonne de matière sèche à l’hectare », a précisé François Lelièvre. L’effet « sécheresse » a entraîné une perte de 21 % de production, que l’effet « C02 » doublé de la hausse des températures au printemps et à l’automne n’a compensé que marginalement. Ingénieur chez Arvalis, Philippe Gate fait un constat similaire sur le blé. « Le rendement des blés plafonne depuis 1990/1995 en dépit du progrès génétique, a-t-il expliqué. Certaines techniques culturales ont évolué mais cela n’explique pas la stagnation des rendements ni l’augmentation des variations interannuelles, dues en grande partie aux conditions climatiques ». Qu’en sera-t-il à l’avenir ? En se fondant sur les scénarios prédits par le Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), des spécialistes de l’Inra et des instituts techniques se sont penchés sur cette question… Particulièrement complexe.

Un besoin de variétés plus précoces en blé
En blé, par exemple, l’augmentation de la concentration en CO2 de l’air devrait théoriquement améliorer les rendements de 20 %, selon Arvalis, car les plantes pourront absorber davantage de gaz carbonique lors de la photosynthèse. Sauf qu’il faut intégrer le changement des conditions environnementales. « L’augmentation de la température la nuit va entraîner des fermetures stomatiques à cause de la sécheresse », a notamment remarqué Philippe Gate. Initiée depuis longtemps, l’anticipation des stades de développement va, quant à elle, être freinée par la durée du jour et le besoin de vernalisation. « Si la date moyenne d’épiaison du blé reste le 5 juin, le risque d’échaudage thermique va fortement augmenter », a également expliqué Sonia Poisson. Ingénieur de l’institut de l’élevage, elle a travaillé sur les données météorologiques simulées par Météo France sur la période 2049 à 2099. « Dans le futur, il faudra modifier les pratiques culturales et peut-être utiliser des variétés beaucoup plus précoces qui n’existent pas aujourd’hui », a-t-elle noté. Les sélectionneurs vont avoir du pain sur la planche. Pour Philippe Gate, « il conviendrait d’améliorer la tolérance à la canicule », mais aussi de travailler sur la tolérance aux carences en azote, induites par le manque de pluie à floraison. Et puis « il va falloir faire évoluer les critères à l’inscription, a observé le spécialiste. Aujourd’hui, seul le gel est pris en compte en conditions limitantes or, il va diminuer ». Penser de nouveaux systèmes de culture, revoir le calendrier et les méthodes de pilotage semblent également essentiel. Il s’agira, par exemple, de combiner de manière optimale dates de semis et précocité ou de prendre en compte le risque de verse.

Des pâturages plus productifs en hiver qu’en été
Chef de projet à l’institut de l’élevage, Jean-Christophe Moreau a quant à lui cherché à comprendre comment allait évoluer le rendement des prairies. « A Nancy, ce qui va devenir rare sera le pâturage en plein été », a-t-il observé. De manière générale, l’herbe sera abondante plus tôt au printemps et plus tard en saison. Mais, « l’ampleur du creux estival sera aléatoire, comme la reprise à l’automne », a précisé le spécialiste. Les besoins en affouragement l’été deviendront supérieurs à ceux nécessaires en hiver. Pour Jean-Christophe Moreau, « il faudra baisser de manière significative le chargement s’il n’est pas possible de valoriser la pousse hivernale ». Autre handicap : « L’occurrence sur dix ans d’avoir des précipitations saturantes à la fin de l’automne va fortement progresser, a indiqué Sonia Poisson. On ne pourra pas laisser les animaux dehors aussi longtemps qu’aujourd’hui si l’on ne veut pas qu’il y ait enfoncement ». De vrais changements en perspective, donc. Heureusement, ils seront progressifs. Et il faudra de toute façon en revalider la pertinence en fonction des prévisions du Giec.

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