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Coopération Le rôle des coopératives pour des agriculteurs en prise directe sur les marchés

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Comment peut évoluer le rôle des coopératives agricoles dans une situation où le revenu des agriculteurs est de plus en plus conditionné par le marché ? Tel était le sens de la 1ère journée européenne de la coopération agricole, organisée par le quotidien Les Echos et Coop de France.

«Le revenu agricole dépendra plus des marchés et moins des aides » : conseiller pour les marchés agricoles à la Commission européenne, Tomas Garcia Azcarate a donné le ton de la 1ère journée européenne de la coopération. Si l’aide publique continuera d’exister (le haut fonctionnaire se garde bien de dire précisément ce que sera cette aide, mais il sait dire ce qu’elle ne sera pas : un paiement contracyclique à l’américaine, variant en fonction de la situation des marchés), le grand enjeu de la Pac du futur sera d’inciter la production agricole à s’organiser. L’articulation entre la politique agricole et la politique de la concurrence sera donc un élément délicat à régler. En tout cas, selon Tomas Garcia, « on ne pourra pas geler le budget agricole si on ne donne pas les moyens au producteur de trouver son revenu sur le marché. » Le haut fonctionnaire de Bruxelles s’est affirmé très réservé sur le rôle d’outils tels que l’assurance agricole. « Je suis sceptique sur la capacité de l’UE à mettre de l’argent pour financer l’assurance agricole », disait-il.
L’agriculteur étant en prise directe avec le marché, le rôle de la coopérative devient central. « Si elle n’existait pas, c’est maintenant qu’il faudrait inventer la coopérative », lance le président de Coop de France Philippe Mangin. La coopérative acquiert « un rôle essentiel à l’heure où l’Etat se désengage de la régulation des marchés, insiste-t-il. Il s’agit de donner leur chance au plus grand nombre d’agriculteurs ».

« Pour un investisseur, il faut que l’argent remonte ! »

Il reste que cette coopérative doit trouver les moyens de se développer, d’aller sur des marchés nouveaux, ne serait-ce que pour valoriser les produits du territoire. C’est toute la question du financement et de l’acquisition ou de la constitution de filiales, parfois non coopératives, qui est posée. Alors qui va y investir, lorsqu’on voit que le recours à l’investissement des sociétaires est souvent insuffisant ?
« Pour un investisseur, il faut que l’argent remonte ! », a lancé Philippe Ducroquet, directeur général délégué d’Unigrains. « Lorsque l’on va investir dans des coopératives, il n’y a pas de possibilité d’en sortir. On n’a jamais de plus-values sauf pour les sociétés cotées en Bourse. Donc, on fait des montages, c’est plus compliqué », pointe-t-il. La société financière Unigrains, qui compte plus de 200 participations, dont un peu moins d’une centaine dans le domaine coopératif, estime que les coopératives sont attractives sur le long terme et que les investissements ne sont pas très risqués. Par contre, l’investissement dans les coopératives est généralement « moins rentable » car elles sont « plus proches de la première transformation » (moins rémunératrice) alors que les entreprises privées sont plus proches du consommateur. Alain Guillemin, directeur général du groupe Terrena, s’interrogeait sur la réticence des investisseurs à financer la coopération. « Une coopérative peut être comparée à une grande entreprise familiale », ce qui est vu habituellement de manière positive par les financiers. « Ce qu’il faut, c’est donner un sens au projet coopératif : la valeur de l’amont se trouve dans l’aval », a-t-il conclu. « De l’argent il y a en a ! », ajoute Philippe Ducroquet. Reste à mobiliser les investisseurs. Le groupe Limagrain a besoin d’un milliard pour rester « compétitif dans le domaine des biotechnologies », a fait savoir le semencier par rapport à ses concurrents étrangers directs.

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