Il pourrait y avoir bientôt sur les bouteilles de vin et des autres boissons alcoolisées, des « messages sanitaires » dans le style de ceux qui apparaissent sur les paquets de cigarettes. Le Sénat a voté, dans la nuit du 19 au 20 octobre, une disposition stipulant que « toutes les unités de conditionnement des boissons alcoolisées (porteront) un message à caractère sanitaire préconisant l’absence de consommation d’alcool par les femmes enceintes ». Une disposition qui devrait avoir force de loi si, comme on peut le penser, l’Assemblée nationale la fait sienne.
Il s’agit là de la seconde manche d’une partie de bras de fer opposant ceux qui affichent un souci de santé publique et ceux qui s’inquiètent de la situation de la viticulture. L’initiative de cette mesure revient à la centriste Anne-Marie Payet. Il y a quelques mois, elle avait fait voter un amendement qui avait finalement été annulé dans une seconde délibération à la suite de la contre-offensive lancée par le sénateur socialiste de l’Aude, Roland Courteau. Elle est donc revenue à la charge à l’occasion de la discussion en deuxième lecture du projet sur les droits des personnes handicapées. « Des milliers d’enfants sont touchés par le syndrome d’alcoolisation fœtale. Les femmes savent qu’elles ne doivent pas boire pendant leur grossesse, mais très peu savent qu’une consommation d’alcool même modérée est néfaste », a-t-elle expliqué.
Cette fois-ci, elle a obtenu gain de cause grâce, notamment, au soutien que lui apporté le ministre de la Santé, Philippe Douste-Blazy, qui a tenu à se rendre de nuit au Sénat pour participer à cet instant du débat. Il était animé du souci d’effacer l’échec subi quelques jours plus tôt en ne parvenant pas à éviter que les députés, après les sénateurs, assouplissent la loi Evin pour élargir les possibilités de publicité en faveur du vin.
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Vote par 210 voix contre 84
Les adversaires de l’amendement ont contre-attaqué en se faisant les avocats des viticulteurs et en dénonçant l’inefficacité de la mesure envisagée. Ainsi le sénateur centriste de Charente, Philippe Arnaud, s’est exclamé : « Les organismes de sécurité sociale ne préviennent pas de façon claire les femmes des risques qu’elles font courir à leur bébé si elles consomment de l’alcool. Pourquoi alors pointer du doigt les seuls producteurs ? C’est choquant ». Et son collègue socialiste de l’Aude, Roland Courteau de renchérir : « A qui fera-t-on croire qu’une femme qui a une consommation excessive et chronique d’alcool sera dissuadée par une étiquette ?». Rappelant, lui aussi, que « les viticulteurs sont prêts à contribuer à une campagne sur la modération», le sénateur UMP de Gironde Gérard César a ironisé : « Quel espace de liberté restera-t-il aux citoyens ? Faut-il avertir les consommateurs de beurre que le cholestérol tue ? » Ce combat a cependant été vain et l’amendement a été voté par 210 voix contre 84.