Abonné

Bernard Farges, président de la Cnaoc « Le travail manuel n’est ni considéré, ni vraiment encouragé »

- - 3 min

Bernard Farges, président de la Confédération des AOC viticoles, s'en prend à un système où le travail manuel n’est ni considéré, ni vraiment encouragé selon lui, posant des difficultés de recrutement de salariés.

Les viticulteurs déplorent des difficultés croissantes à trouver des salariés pour travailler la vigne. Les dernières évolutions législatives sont-elles incitatives à l’embauche?

Les exonérations de charges pour les saisonniers et permanents ne sont pas plus incitatives que par le passé. Nous avions craint, lors des débats au Parlement en décembre, la fin d’un dispositif, ce qui aurait dégradé franchement les incitations à l’embauche. Pour autant, le système social n’encourage pas l’embauche de travailleurs dans la vigne.

En quoi le système social n’encourage-t-il pas l’embauche de travailleurs dans la vigne ?

D’une part, la différence de rémunération entre un travailleur à petit salaire et quelqu’un qui ne travaille pas n’est que de quelques centaines d’euros par mois (400 à 500 €). Dès lors, quel avantage à se lever le matin pour aller travailler tout en gérant des transports et des gardes d’enfants ? D’autre part, nous avons en France un système social qui parfois favorise la précarité. On le voit surtout dans les zones touristiques et d’emploi saisonnier agricole, où tout une catégorie de personnes se satisfait d’une période de travail de six mois dans l’année. Cette précarité plus choisie que subie n’est pas valorisante pour ceux qui la vivent, et elle n’est pas saine pour le marché du travail. On voit alors de plus en plus de sociétés de prestations, offrant le travail de salariés étrangers, pour des missions précises, à côté de gens qui attendent un travail à quelques kilomètres de là. Enfin, nous regrettons que le contrat-vendange, qui a disparu en 2014, n’ait pas été remplacé. Il permettait à des étudiants ou à des gens en congés, qui ont le courage de travailler une semaine pendant leurs vacances, d’améliorer leur ordinaire. D’une manière générale, les travaux manuels ne sont pas valorisés par le système éducatif.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Le bas niveau des salaires n’est-il pas une cause importante des difficultés à trouver des travailleurs pour la vigne ?

Je citerais deux cas de figure fréquemment rencontrés en viticulture, celui du tractoriste et celui du tailleur de vigne. Le tractoriste peut souvent prétendre à un salaire au moins égal à celui d’un œnologue diplômé, c’est-à-dire 1 700 à 2 000 € mensuels nets. Alors que des centaines d’œnologues trouvent difficilement du travail, le tractoriste a, pour un salaire équivalent, un emploi qualifié et recherché, à proximité de chez lui, alors que l’œnologue ne trouve pas si facilement de travail près de son habitation. Le tailleur de vigne a quant à lui un salaire situé aussi entre 1 700 et 2 000 € mensuels nets, et avec des coûts de logement moins élevés qu’en ville et peu de temps de transports. Le tailleur travaille dehors, comme l’agriculteur, son métier n’est pas facile, mais les technologies permettent de manier des ciseaux électriques, légers et sans danger, et les équipements protègent efficacement du froid.

"Un système social qui favorise la précarité"