Le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) souhaite voir la Commission européenne négocier des accords bilatéraux avec les pays tiers comme la Chine, le Japon et les États-Unis pour alléger la fiscalité sur le vin français à l'entrée dans ces pays. C'est un des axes importants qu'a relevés Bernard Farges, président du CIVB, lors de sa rencontre annuelle avec la presse à Paris le 19 mars.
Parmi les principaux sujets qui mobilisent le vignoble de Bordeaux, en collaboration étroite avec la filière viticole française, figurent les accords bilatéraux avec les pays tiers. « Après les accords conclus entre le Chili et la Chine ou bien avec l'Australie, nous constatons un gain de compétitivité des vins de ces pays, au détriment des vins de l'UE », a indiqué Bernard Farges. Le Chili et l'Australie ont obtenu, grâce à des accords bilatéraux, des allègements douaniers à l'entrée en Chine et au Japon.
« Les accords sont longs, autant s'y prendre dès maintenant »
Les accords bilatéraux impliquent tous les secteurs de l'économie, des vins aux textiles en passant par les produits agroalimentaires, l'automobile, l'aéronautique, les services, etc. L'existence d'accords bilatéraux aurait probablement contenu les représailles commerciales sur le vin de Bordeaux entrant en Chine, après le conflit européano-chinois sur les panneaux photovoltaïques, veut croire Bernard Farges.
Mais pour l'instant, aucune négociation bilatérale n'a commencé avec la Chine et le Japon. « Les accords sont longs à négocier, autant s'y prendre dès maintenant », a fait remarquer Bernard Farges. Quant à l'accord transatlantique, il est dans une phase « d'avancement lent », a ajouté Fabien Bova, directeur du CIVB. « Le point a été fait hier soir au ministère des Affaires étrangères à propos de l'accord UE-États-Unis. Le mandat confié au Congrès jusqu'aux élections américaines (en novembre 2016) fait que le déroulement des négociations est entré en mode lent », a-t-il précisé.
Les « châteaux » et les « grands crus » difficiles à faire valoir
Dans les accords bilatéraux, la place qu'occuperont les indications géographiques (IG) et les mentions traditionnelles est « au moins aussi importante que celle des accords tarifaires », a ajouté Allan Sichel, vice-président du CIVB. Or, sur ce dossier du non-tarifaire, la position de la Commission européenne « est au-dessous de nos attentes », a rapporté Fabien Bova. « Les châteaux et les grands crus sont inscrits dans nos gènes. Nous entendons qu'ils soient aussi protégés que les IG », a-t-il souligné.
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Si le commerce extérieur est un sujet majeur pour le vignoble de Bordeaux, c'est parce que la part de l'exportation grignote peu à peu celle du marché intérieur, indique-t-on au CIVB. La commercialisation du Bordeaux s'effectue à 58% sur le marché français et à 42% à l'export. La petite vendange de 2013 a stoppé provisoirement cette lente évolution, mais sur longue période, « la progression des exportations compense le tassement des ventes sur le marché intérieur », a confirmé Bernard Farges.
Les importations allemandes en hausse et mieux valorisées
En 2014, Bordeaux a exporté 2,1 millions d'hectolitres, un repli de 9% en volume, pour 1,8 milliard d'euros (-17%).
La Chine est restée la première destination, à 366 000 hectolitres (hl), soit - 19% par rapport à 2013 (et - 21% en valeur). La deuxième destination est l'Allemagne, à 288 000 hl, soit +8% (et +16% en valeur). Allan Sichel a fait remarquer l'évolution « encourageante » du marché allemand. Jusque là, l'Allemagne importait du vin à très bas prix, mais, depuis peu, le consommateur allemand est prêt à payer un peu plus la bouteille de bordeaux. En outre, cette progression des importations allemandes a lieu notamment sur les vins blancs, ce qui traduit un changement d'image du bordeaux. Le vin de Bordeaux est en effet associé au vin rouge. Un nouveau segment est en train d'émerger.
Le CIVB compte développer le segment des 3 à 5 euros la bouteille (de 75 cl) au détail en grande distribution. La petite vendange de 2013, qui continue à faire sentir ses effets par des prix élevés sur les marchés et par une tension sur les stocks, permet d'éliminer le segment des vins d'entrée de gamme (moins de 3 euros), a indiqué Allan Sichel. Le segment des vins à moins de 3 euros brouille l'image haut de gamme des vins de Bordeaux, a estimé François Jumeau, directeur du marketing du CIVB.