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Législatives : la Conf' se positionne en faveur de l’union de gauche

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Surprise à la Confédération paysanne. Lors de son assemblée générale le 4 mai, le syndicat a voté, à une courte majorité, une position de soutien à la nouvelle union de gauche en cours de construction. La question n’était pas pourtant prévue à l’ordre du jour.

À l’occasion de son assemblée générale, la Confédération paysanne a adopté, le 4 mai, par un « vote indicatif », et à une courte majorité (67 votes pour, 60 contre), une position de soutien à la Nouvelle union populaire écologique et sociale aux prochaines élections législatives. « Il y a eu un vote, peu tranché, pour appeler à voter pour l’union populaire, mais qui nous engage à communiquer », a déclaré Nicolas Girod le lendemain. Les « termes et les moyens à mettre en œuvre » pour formaliser cet appel restent à discuter, a précisé le porte-parole. Une réunion devrait se tenir la semaine prochaine à ce sujet.

Une prise de position surprise, d’abord parce que le sujet n’était pas inscrit à l’ordre du jour, rapporte-t-on à la Conf' ; c’est la question d’un élu départemental qui a lancé le débat tendu, qui s’est longuement prolongé, pour aboutir à un vote « non statutaire » et serré. Et il a abouti à un changement de positionnement, puisque la Confédération paysanne avait évité d’exprimer toute consigne de vote trop directe durant la présidentielle, appelant simplement, à l’instar de nombreuses organisations syndicales, à ne pas voter pour Marine Le Pen. Dans le secteur agricole, seul le Modef avait dérogé à cette règle, appelant explicitement à voter pour Emmanuel Macron.

« En restant lucides sur notre place »

Comme le Modef, la Confédération paysanne assure qu’une consigne de vote ne vaudrait pas blanc-seing. « Nous ne pouvons pas nous empêcher de nous exprimer plus fort, tout en restant lucides sur notre place, en continuant d’imposer un rapport de force quel que soit le gouvernement en place, a averti Nicolas Girod dans son discours de conclusion. Il faudra être dans la rue et dans les champs, pour que ce qu’il peut y avoir dans les programmes prenne corps ».

Présents lors de l’AG, des représentants des organisations du collectif Plus jamais ça (CGT, Amis de la terre, Greenpeace, Solidaires), ont expliqué que leurs organisations respectives se positionneraient prochainement sur cette même question. Seuls les Amis de la terre semblaient partis pour appeler à voter explicitement pour l’union de gauche. Le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez a notamment rappelé que le gouvernement de Lionel Jospin de 1997 n’avait pas tenu sa promesse d’empêcher la fermeture de l’usine Renault de Vilvoorde.

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En cours de construction, la Nouvelle union populaire écologique et sociale est une alliance politique parlementaire, qui réunira au moins la France insoumise (LFI), EELV et le PCF, sous une bannière commune, et peut-être le Parti socialiste dont le bureau national doit encore valider l’accord conclu avec LFI. Les trois premiers partis se sont mis d’accord sur des têtes de listes, des groupes parlementaires distincts, et la mise en place d’un intergroupe, et des « objectifs programmatiques communs ». Ils constitueront la base d’un « programme partagé de gouvernement de plusieurs centaines de propositions. » SMIC à 1 400 euros nets, le blocage des prix de première nécessité, la planification écologique, la VIe République…

L’Europe qui divise

Parmi elles, figure l’idée d’être « prêts à désobéir à certaines règles européennes » et notamment « les orientations productivistes et néolibérales de la Pac, etc.) » Les mesures de la Pac visées par l’accord ne sont pas précisées. Dans son programme à la présidentielle, EELV propose une réforme en profondeur de la déclinaison française de la future Pac (PSN), vers des aides à l’environnement et à l’actif, mais n’exprimait pas explicitement la volonté de désobéir aux règles de la Pac. En termes de calendrier, LFI souhaitait toutefois mettre en œuvre cette réforme « immédiatement », ce qui peut contrevenir aux règles communautaires. Et chez EELV, la réforme incluait la mise en place d’un « remboursement des aides Pac pour les exportations en dehors de l’UE », ce qui n’est pas prévu par la réforme de la Pac.

La question européenne divise en revanche LFI et le Parti socialiste, qui l’ont écrit dans leur accord. Les deux formations actent « des histoires différentes avec la construction européenne ». Mais l’objectif est commun : « Mettre fin au cours libéral et productiviste de l’Union européenne et construire un nouveau projet au service de la bifurcation écologique et solidaire. » Vis-à-vis des traités européens qui bloqueraient l’application du programme sur certains points, LFI et le PS font un compromis lexical : « Nous parlons de désobéir pour les uns, de déroger de manière transitoire pour les autres ». « Il nous faudra dépasser ces blocages et être prêts à ne pas respecter certaines règles », ajoute le communiqué.

« Termes et les moyens » du soutien restent à discuter