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L’enrobage de semence poussé à se réinventer

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Dans un contexte climatique, sociétal et réglementaire en pleine évolution, les technologies d’enrobage de semence sont en pleine effervescence, notamment en grandes cultures, où les produits de biostimulation et/ou de biocontrôle peinent encore à trouver leur place en application foliaire. Souvent plastifié, l’enrobage, devra, en outre, devenir complètement biodégradable dès 2027.

Aux dires des fabricants de produits phytosanitaires, aucune molécule « miracle » n’est attendue dans les dix ans à venir, et près de 150 usages ont pris fin entre 2023 et 2024. D’autres sont en sursis, à l’image du prosulfocarbe, l’herbicide le plus utilisé en France, qui a vu son autorisation de mise sur le marché s’étendre jusqu’au 31 janvier 2027, assortie de nouvelles règles d’usage. Dans ce contexte, l’offre de biostimulants et de biocontrôle ne cesse de grossir.

Toutefois, elle est encore loin d’être omnipotente, notamment en grandes cultures où les applications en foliaire peinent à trouver leur place. Dans ce créneau, les traitements de semences sont appelés à se réinventer, d’autant qu’ils doivent répondre à des demandes de plus en plus nombreuses (tolérance à la sécheresse, levée rapide…) Reste à faire « tenir » toutes ces fonctions sur une graine, et à les activer le moment voulu.

Le multi-couches en préparation

Résultat, les fonctions allouées aux traitements de se multiplient. « Nous sommes très challengés par les firmes qui nous demandent de positionner, sur une même graine, plusieurs principes actifs, constate Didier Lannoy, directeur d’Aegilops, spécialiste de l’enrobage des semences et filiale d’InVivo. La disparition progressive de molécules phytos et avec elle, l’urgence de trouver des alternatives, met une pression supplémentaire. » Parmi les dossiers en cours : le recours à des biosolutions pour repousser les oiseaux au moment des semis, un réel fléau en maïs notamment.

Pour y répondre, Aegilops teste une nouvelle technique d’application, le multi-couches, « qui permet d’isoler chaque co-formulant de l’enrobage. » L’intérêt est fort pour les spécialités de biocontrôle qui ne se conservent pas de la même façon, explique-t-il : « Elles ont souvent une durée de vie plus courte avec des contraintes de stockage plus grandes. » Idem avec les bactéries. « Faire cohabiter chimie et organismes vivants n’est pas simple », admet Didier Lannoy.

Chez Exelience (62), la plus grosse unité de production de semences certifiées de céréales à paille d’Europe, la demande de biostimulant en enrobé est également croissante. « À mon sens, nous n’en sommes encore qu’aux balbutiements, nuance toutefois son directeur, Étienne Regost. En un an, dans notre usine, le taux de semences de céréales enrobées avec un biostimulant (le Go Up de Nufarm) est passé de 5 à presque 10 %, du fait notamment de conditions de semis compliquées à l’automne 2023. »

« Attention à ne pas faire trop de promesses à l’utilisateur final, prévient Étienne Regost. Selon moi, ces solutions doivent être considérées comme une assurance pour sécuriser la levée. Quand les conditions sont bonnes, le gain sera moindre, voire insignifiant. »

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Transmettre l’immunité par le porte-graines

Un point d’attention confirmé chez RAGT. Depuis 2016, le semencier a développé un produit de stimulation, composé d’éléments nutritifs – acides aminés, extraits de plante, minéraux… – ou de micro-organismes. Après le maïs, le sorgho et le tournesol, RAGT la propose cette année pour les graminées fourragères. « Mais ces solutions ne fonctionnent pas au même niveau dans toutes les situations", souligne Olivier Lucas, directeur valorisation. RAGT travaille actuellement à augmenter la régularité des effets, sur le rendement par exemple. « Mais difficile à l’heure actuelle d’égaler les performances des produits chimiques standards. L’évolution des pratiques doit aussi s’accompagner d’une évolution des attentes », reconnaît Olivier Lucas.

Avec l’Inrae, la filière des semences et du biocontrôle a récemment lancé de nouvelles recherches pour améliorer la protection des semences. Démarré en 2021, le programme Sucseed étudie plusieurs pistes pour améliorer les défenses de la semence lors de son développement sur porte-graines ; analyser les microbiotes présents autour des graines et repérer les agents microbiens intéressants ; ou encore, étudier les exsudats sécrétés par la graine lors de sa germination pour voir si certains ont une action de défense ou de protection vis-à-vis des pathogènes alentours. »

De premiers résultats apparaissent. Il est possible, via des SDP (Stimulateurs de défense des plantes) de booster l’immunité de porte-graines et de transmettre cette capacité aux générations suivantes, un peu comme le ferait un vaccin. « Seul souci : ces graines "primées" ont une capacité germinative moindre, explique Matthieu Barret, chercheur à l’IRHS et coordinateur de ce projet. Autrement dit, se défendre a un coût pour la plante. Reste à en quantifier la rentabilité au champ. »

L’étude du microbiote des graines a permis d’identifier 72 peptides, 10 microARN et 7 métabolites qui semblent impliqués dans des mécanismes de défense, notamment vis-à-vis de champignons. « Pour fin 2026, nous espérons tester deux peptides pertinents pour chacune des quatre espèces du programme : blé, colza, tomate et haricot. Avec l’objectif ultime de les synthétiser pour ensuite, les enrober autour de la semence."

« Faire cohabiter chimie et organismes vivants n’est pas simple

Les enrobages de semences devront être compostables à l’horizon 2027

Le monde des semences est également concerné par la législation relative aux plastiques. « En effet, à l’horizon 2027, les polymères de synthèse devront avoir disparu des formulations, y compris des enrobages que l’on retrouve autour des semences, explique Didier Lannoy, directeur d’Aegilops. Le recours à des formulations biodégradables solubles peut être une alternative : nous testons actuellement différents candidats. »