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Les ambitions de Standing Ovation pour sa caséine in vitro

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La start-up française, qui a levé 30 M€ d’investisseurs tels que Bel ou Danone, cible l’industrie laitière en quête de protéines alternatives abondantes et à faible empreinte environnementale. Mais le coût de son produit n’est pas encore compétitif.

La start-up parisienne spécialiste de la fermentation de précision Standing Ovation a clairement marqué un point en ce 31 mars. Elle vient d’annoncer une levée de fonds de série B de 30 millions d’euros, dont 25 millions apportés en capital par plusieurs investisseurs, et non des moindres, puisqu’il s’agit de Bpifrance et Crédit Mutuel Innovation, autour des partenaires historiques, Astanor, le groupe Bel, Seventure Partners, GoodStartUp et Big Idea Ventures, rejoints par de nouveaux investisseurs : Danone Ventures, Angelor, Newtree et Noshaq. Un montant auquel s’ajoutent 5 millions d’euros en non-dilutif, apportés par Bpifrance et un pool bancaire.

« Ce financement sera principalement consacré à l’accélération de la commercialisation de nos protéines en Amérique du Nord, avant une expansion en Europe et en Asie », explique la société parisienne. Elle a choisi prudemment de ne pas investir dans des usines, trop gourmandes en capital. « Nous travaillons en partenariat avec des industriels possédant déjà les équipements nécessaires à sa production, comme le japonais Ajinomoto en France, ou d’autres industriels en Europe de l’Est ou en Inde », explique Romain Chayot, cofondateur et DG de Standing Ovation.

Impact environnemental réduit

Sa technologie brevetée permet de valoriser des coproduits tels que les sucres agricoles, mais c’est surtout vers les effluents de l’industrie fromagère que la société se tourne aujourd’hui. En 2022, elle a signé un partenariat avec Bel, débouchant sur une collaboration étroite, afin d’utiliser le petit lait issu de ses usines pour produire de la caséine, principale protéine du lait. Celle-ci est ensuite introduite dans des produits laitiers hyperprotéinés. Ces produits, dont les ventes sont en forte progression aujourd’hui, nécessitent d’importantes quantités de protéines. Le modèle imaginé par Standing Ovation consiste à connecter son unité de fabrication de protéine à un site de production de fromage existant, afin de se fournir directement en effluents et de livrer rapidement la caséine obtenue.

D’autres marchés sont également visés tels que l’alimentation des animaux de compagnie, la nutraceutique ou la pharmacie, grâce à cette caséine particulièrement adaptable à différentes préparations. Selon la société, ces marchés prenent de plus en plus en compte l’impact environnemental des protéines, bien plus faible dans le cas de Standing Ovation, comparé aux protéines issues du lait animal.

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L’ingrédient nommé « advanced protein » vient d’obtenir une autorisation de commercialisation par la FDA aux États-Unis (statut GRAS). Cet ingrédient y est déjà vendu à des industriels, mais ces derniers procèdent encore à des tests avant de commercialiser les produits auprès du grand public, ce qui pourrait se faire cette année. Bel, de son côté, pourrait l’intégrer dans ses recettes aux États-Unis à l’horizon 2028. « Nous comptons déposer dans les prochains jours une demande à l’Efsa pour obtenir un feu vert de l’UE », prévoit Yvan Chardonnens, le p.-d.g. de Standing Ovation, ce qui demande environ 18 mois à deux ans. « L’Asie et le Canada sont prévus en 2028, puis un déploiement global en 2030 », poursuit-il.

La réussite de Standing Ovation, si elle est technologique, n’est pas encore économique. La société n’est pas rentable depuis sa création en 2020. Mais ses dirigeants visent un premier exercice rentable à la fin de la levée de série B, sachant que la société ne produit pour l’instant que de petites quantités de poudre expédiées outre-Atlantique. Pour y parvenir, il lui faudra enjamber plusieurs obstacles : obtenir les autorisations réglementaires nécessaires pour chaque marché s’agissant d’un ingrédient inconnu, passer à l’échelle industrielle, produire en grandes quantités grâce à des partenariats, puis à un site industriel en propre, et surtout gagner la bataille de la compétitivité. Aujourd’hui, la caséine de Standing Ovation coûte 100 euros le kilo, contre 15 euros pour la caséine naturelle.

CB

« Partenariat avec des industriels possédant déjà les équipements nécessaires à la production »