Lors des dixièmes Assises de l’origine qui se sont tenues le 6 mai, à Bordeaux, les professionnels ont estimé nécessaire d’amener progressivement les autres pays de l’UE à faire valoir leur savoir-faire typique pour ensuite mieux défendre la vision française de l’agriculture à l’OMC.
Les Assises de l’origine sont l’événement annuel des signes d’identification de l’origine : AOC (Appellation d’origine contrôlée), AOP (Appellation d’origine protégée), IGP (Indication géographique protégée). Elles ont été organisées par la Chambre d’agriculture d’Aquitaine et la Fédération régionale des coopératives agricoles d’Aquitaine.
Après la réforme française des signes de qualité, une démarche a été entreprise auprès de Mariann Fischer Boel, la commissaire à l’Agriculture, pour faire reconnaître les signes d’identification par la future Pac, a souligné Michel Prugue, président de l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO).
Quelques jours auparavant, au 14 e festival des produits AOC à Cambremer en Normandie le 3 mai, le ministre de l’Agriculture avait laissé entendre qu’une partie des aides de Bruxelles destinées aux grandes cultures sera redistribuée vers les produits estampillés AOC.
Écouter les critiques
« Nous n’avons jamais raison tout seul. Il faut être capable d’attirer un certain nombre de pays si l’on veut inscrire les signes de qualité dans la Pac », a renchéri Jean-Marie Sermier, député UMP du Jura. « Nous devons pour cela écouter les positions des pays voisins », a-t-il ajouté, répondant à une question sur une éventuelle rigidité du système français.
Pour convaincre, la France devra aussi « balayer devant sa porte », a souligné Michel Prugue. Le système français a sans doute trop été perçu sous son aspect rébarbatif et réglementaire. Ou tout simplement illisible pour les consommateurs. Un film présenté lors des assises a mis en scène des consommateurs qui ne comprennent pas la signification des logos d’AOC, d’AOP ou d’IGP. « Protégé de quoi ? », s’exclame une consommatrice dans un hypermarché… Le système français a été efficace pour protéger de l’usurpation, mais « maintenant il doit s’adresser davantage au consommateur ». La démarche d’identification « est une conception vivante », selon Michel Prugue.
Expliquer une démarche à plusieurs entrées
La France devra déployer toute une batterie d’arguments, sachant que la démarche d’identification est le type même d’une démarche multifonctionnelle, à multiples entrées.
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– Il faudra prouver que la démarche d’identification n’est pas protectionniste, mais qu’elle protège la propriété intellectuelle à l’instar d’un brevet.
– Elle ne fait pas que protéger de l’usurpation, mais elle fixe aussi très haut la barre d’exigence de qualité, a-t-il expliqué.
– Loin d’être un type d’agriculture « qui affame les plus pauvres », elle est moteur de développement pour les territoires et l’emploi. Elle garantit des marchés à valeur ajoutée en même temps que la pérennité d’un savoir-faire, et cela tant en France « qu’aux quatre coins du monde ». Et de citer l’exemple de l’huile d’argan (qui apporte des bienfaits diététiques et cosmétiques), qui fait vivre plusieurs milliers de villageois au Maroc.
À l’appui de ces propos, Michel Barnier a déclaré, en clôture de la manifestation, que le débat sera « de plus en plus entre ceux qui veulent défendre la Pac et ceux qui veulent la dissoudre en en faisant un vaste supermarché ». « Il ne s’agit pas seulement de construire une économie, mais aussi une société », avec des produits « qui ont du goût, des couleurs et des saveurs. Je ne veux pas d’une alimentation aseptisée », a-t-il martelé. « Je ne cesserai de le dire avec véhémence », a-t-il déclaré, évoquant le livre vert et la prochaine présidence française de l’UE.
Les perspectives
D’après les professionnels, les pays les moins réceptifs aux signes d’identification sont les pays de l’Est. Mais même dans ces pays, certains, comme la Pologne, ont entamé des démarches d’identification. En outre, le Royaume-Uni, pays anglo-saxon par excellence, est, contrairement à l’idée que l’on s’en fait, assez favorable à ce type de démarches, car il dispose d’IGP (agneau du Pays de Galles, bœuf du Nord de l’Angleterre, saumon d’Écosse).
Egizio Valceschini, économiste directeur de recherches à l’Inra, a invité les professionnels à valoriser les aspects les plus dynamiques des signes de qualité. La différenciation des produits ne repose pas seulement sur la gestion, mais sur l’ information autour du produit et autour de l’activité de production. Le réglement, c’est bien, car il donne la crédibilité au produit, mais il faut, pour convaincre le consommateur, travailler la pertinence, c’est-à-dire savoir capter l’intérêt du consommateur. Plutôt que de jouer la corde de la tradition, jouer celle de l’ innovation est plus prometteur, pour l’efficacité de la stratégie de différenciation. Enfin, les leviers pour retrouver de la différenciation sont multiples : l’aspect nature et progrès, l’aspect biodiversité ou commerce équitable, l’aspect santé, et surtout l’association d’image avec des régions, en lien avec le tourisme.