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Elevage ovin Les brebis à la pointe du progrès

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Identification électronique des ovins, photovoltaïque sur les bâtiments, modernisation des exploitations, financement de l'installation par des investisseurs extérieurs à l'agriculture : la Fédération nationale ovine (FNO) a préparé « l'élevage du futur » lors de son congrès, les 24 et 25 avril à Arles. Si les attaques de loups restent une des principales préoccupations des éleveurs, ces derniers n'ont cessé d'innover pour faire face aux crises à répétition qu'ils ont dû traverser. Au point d'aller trop loin et de se tromper de voie, estime la Confédération paysanne. Mais ils comptent bien poursuivre leur avancée, portés par un contexte économique et politique plus favorable.

L'IMAGE d'Épinal du berger gardant ses brebis dans sa petite cabane de bois au pied d'un sommet encore enneigé a la peau dure. Et pour cause : elle est loin d'avoir disparu, et façonne nos montagnes pour le plus grand bonheur des promeneurs qui sont de plus en plus nombreux à arpenter les sentiers.

Mais derrière la carte postale, l'élevage ovin se veut à la pointe de la modernité. Identification électronique, photovoltaïque sur les bâtiments, modernisation des exploitations, financement de l'installation par des investisseurs extérieurs à l'agriculture, meilleure sélection génétique, formation des éleveurs : la Fédération nationale ovine (FNO) a préparé « l'élevage du futur », lors de son congrès, les 24 et 25 avril à Arles.

Innover face à la crise

« La situation de notre production est critique, et si nous voulons encore demain des éleveurs d'ovins professionnels, qui vivent de ce métier et contribuent à la dynamique de nos territoires ruraux, il va nous falloir être particulièrement innovants », explique Serge Preveraud, président de la FNO. Confronté à des crises à répétitions, le secteur ovin a dû se débrouiller pour survivre. Aujourd'hui, dans un contexte économique plus favorable et avec une réforme de la Pac dont ils sortent gagnants, ils comptent bien continuer.

Ainsi en est-il de l'obligation de l'identification électronique des animaux. « Elle nous a été imposée comme une contrainte il y a maintenant 3 ans. Dès lors, la FNO a tout mis en œuvre pour en faire un atout, un outil au service des éleveurs et de la filière », affirme Serge Preveraud. Par exemple, Jacques Mouls, éleveur de brebis laitières en Aveyron et fin bricoleur, a montré comment il se servait des boucles d'identification électroniques pour gérer l'alimentation de ses animaux, leur note d'état corporel ou les trier. « Pour ceux qui ont accepté ce challenge c'est un pari réussi, les perspectives d'utilisation sont multiples », insiste Serge Preveraud. Un fabricant de boucles électronique était d'ailleurs le principal sponsor du congrès de la FNO.

Professionnaliser l'élevage

Globalement, la FNO a pour volonté de rendre l'élevage ovin plus professionnel. Dans la nouvelle Pac 2015-2020, le ministère de l'Agriculture a décidé de « mettre en place une aide couplée qui soit un levier pour améliorer les performances technico-économiques des éleveurs avec des majorations liées à la productivité », se réjouit Serge Preveraud. Un nombre minimum de 50 animaux doit être présent sur l'exploitation pour bénéficier de l'aide couplée, qui sera dégressive à partir de 500 brebis. Une dégressivité qui « n'a absolument aucun sens », peste Serge Preveraud, qui demande que « l'écart entre l'aide de base des 500 premières brebis et des suivantes soit minimum ».   Car professionnaliser l'élevage, c'est pour lui alléger les contraintes de travail et redonner envie aux jeunes de s'installer. « Nous devons aussi innover pour trouver des solutions aux contraintes sociales : demain les éleveurs d'ovins devront avoir une vie sociale, des activités culturelles et sportives, des vacances comme tout le monde, sinon la passion ne suffira pas », prévient-il.  Et pour installer, la FNO innove aussi. « Nous sommes fiers d'être à l'origine de la création du premier fonds d'investissement destiné à capter des capitaux extérieurs pour investir dans l'agriculture et que les ovins soient la première production à expérimenter ce fonds », déclare Serge Preveraud. Depuis mai 2013, des agriculteurs ont pu s'installer grâce au fonds d'investissement Labéliance. Bénéficiant d'une fiscalité avantageuse, ce fonds fait financer des projets agricoles par des investisseurs à haut patrimoine.

Le progrès, mais pour qui ?

Mais la définition du progrès n'est pas la même pour tout le monde. « La vision de la FNO pousse à des modèles industriels, ce n'est pas ce vers quoi nous souhaitons aller », réagit Olivier Bel, membre de la commission ovine de la Confédération paysanne. Par exemple, Labéliance est pour lui « un constat d'échec :  si les éleveurs ont besoin de capitaux extérieurs, c'est que leur filière manque de rentabilité ». Et le problème est avant tout économique, créé par les importations de viande ovine : « Des contingents de viande arrivent en France suite à des accords commerciaux passés il y a des années et rentrent en concurrence avec la production française. C'est ça le vrai problème, mais personne ne veut en parler chez les politiques », assène Olivier Bel.

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La Confédération paysanne conteste également les plafonds et l'obligation de productivité imposés par la nouvelle Pac. « Moins de 50 brebis, cela peut se justifier dans une exploitation diversifiée, avec des vaches et des chèvres, tenue par de vrais paysans », dit-il. « Si on veut maintenir sur le territoire des élevages ovins, il faut admettre qu'il y a des troupeaux de taille moyenne. Car lorsque ces troupeaux disparaissent dans les zones difficiles, il n'y a rien à la place », argumente-t-il. Un modèle qui n'est pas forcément incompatible avec la performance économique, selon lui : « Dans les systèmes ovins extensifs, en limitant les charges, on arrive à dégager un revenu ».

Des petits élevages surreprésentés

En 2010, la France comptait 32 000 exploitations de moins de 50 brebis (65% des ateliers) contre 435 de plus de 750 (4%). 50 000 fermes détiennent des brebis, selon les chiffres du recensement agricole de 2010. La concentration est en marche. Le nombre de brebis destinées à la viande produites par les exploitations détenant moins de 50 brebis a diminué de 358 000 têtes entre 2000 et 2010 (soit 44%). Elles continuent de produire 11% des 4,2 millions de brebis vendues. Loin de combler cette perte, le nombre de brebis produites par les exploitations de plus de 750 animaux a progressé de 93 000 têtes. Les exploitations qui produisent le plus (42% du total) sont celles qui élèvent entre 150 et 450 brebis (14% des exploitations en 2010). La France ne produit que 40% de la viande ovine qu'elle consomme.

La lutte contre l'obligation de l'identification électronique a été un autre grand combat de la Confédération paysanne. Depuis 2009, de nombreuses manifestations ont été organisées, principalement dans le Sud-Et, pour refuser cette contrainte. Une nouvelle avancée vers l'industrialisation de l'agriculture, selon les éleveurs frondeurs. Un rapport du Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) du ministère de l'Agriculture, publié fin 2013, leur avait donné raison, jugeant le bilan globalement négatif et l'intérêt limité.

Vers une mondialisation heureuse ?

« Tout progrès scientifique accompli dans le cadre d'une structure sociale défectueuse ne fait que travailler contre l'homme, que contribuer à aggraver sa condition », disait l'écrivain André Breton en 1946. Face à des décisions économiques qui semblent travailler contre l'élevage ovin, ouvrant grand la porte aux importations et aux distorsions de concurrence, on peut se demander si la modernisation et la créativité mises en avant par la FNO ne sont pas vaines. Mais les éleveurs ne comptent pas se laisser faire : « Nous avons aujourd'hui des prix et une Pac forte, tous les éléments sont là pour intéresser à nouveau des personnes de faire ce métier », croit Serge Pre-veraud. Et selon lui, cette mondialisation qui a tant nuit à l'élevage ovin français pourrait demain devenir son salut : « Une nouvelle page est en train de s'écrire sur les marchés extérieurs, dans le monde musulman du pourtour méditerranéen, en Europe de l'Est, en Asie. Plus ces marchés se développent, plus ils vont intéresser nos concurrents qui seront moins pesants sur le marché français. En travaillant sur la gestion de l'offre et la contractualisation, nous aurons tous les ingrédients pour que le prix soit à la hauteur », espère-t-il.

La production ovine devrait diminuer en 2014

EN novembre 2013, le cheptel ovin français, avec 7,2 millions de têtes, baisse de 3,5% par rapport à novembre 2012, chiffre une note Agreste conjoncture d'avril. La hausse du coût de l'alimentation dans un contexte de production de fourrages difficile est un des facteurs principaux. En 2013, les effectifs de femelles d'ovins à viande ont baissé de plus de 5%. Au contraire, le cheptel ovin laitier augmente de plus d'1% en 2013.

Les importations ont également diminué de 3,5% entre 2012 et 2013. Si les ventes en provenance du Royaume-Uni se sont maintenues, les importations en provenance d'Espagne, d'Irlande et de Nouvelle-Zélande ont reculé, ce dernier pays se tournant plutôt vers le marché asiatique », analyse le service statistique du ministère de l'Agriculture.

La production de viande ovine française devrait continuer de baisser en 2014, de 2%, avec une production prévisionnelle de près de 5,3 millions de têtes, du fait de la baisse constatée fin 2013 des effectifs de brebis et agnelles ovin viande.