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Présidentielle 2007 Les candidats caressent les chasseurs dans le sens du poil

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Qui a dit que le poids politique des chasseurs déclinait ? La Fédération nationale des chasseurs (FNC) a réussi le tour de force de faire venir le 20 février à la maison de la Chimie (Paris) les principaux candidats à l’élection présidentielle pour une audition « grandeur nature ». A l’exception de Dominique Voynet, qui n’a pas hésité à tenir un discours musclé aux chasseurs, tous les candidats ont joué la carte de la séduction. Seul José Bové a décliné l’offfre. La Fédération nationale des chasseurs revendique 1,3 million d’adhérents.

« Je ne suis pas venu devant vous faire la danse du ventre». Dominique Voynet aura été la seule à tenir un discours direct et musclé aux chasseurs. En ce 20 février, à deux petits mois du premier tour de l’élection présidentielle, l’ensemble des autres candidats – ou leurs représentants – avaient en effet décidé de jouer la carte de la séduction. Frédéric Nihous, le candidat de CPNT (Chasse, Pêche, Nature et Tradition), avait d’emblée planté le décors : « Un de nos objectifs, c’est de battre les Verts et leur idéologie sectaire ». Sans se laisser impressionner par les quelque 350 représentants de fédérations de chasseurs présents dans la salle, Dominique Voynet a regretté que les chasseurs fassent « si peu » pour la conservation de la nature. « En 4 ans de ministère de l’Environnement, tous les efforts pour vous comprendre ont été analysés comme des marques de faiblesse », a rappelé la candidate des Verts. « Les discussions ont systématiquement tourné court face à l’arrogance de certains (…) et CPNT n’a rien fait avancer. (…) J’ai dû consacrer à la chasse un temps et une énergie disproportionnées par rapport à d’autres enjeux de société», a-t-elle ajouté en évoquant sa participation au gouvernement Jospin. « Je ne me considère pas comme hostile à la chasse », a tenu à préciser Dominique Voynet tout en soulignant que les chasseurs n’avaient pas, dans l’espace rural, de légitimité « plus grande ou plus petite » que les autres acteurs du territoire. « La chasse peut participer à la régulation des espèces mais l’équation qui voudrait que la chasse = régulation est loin d’être vérifiée», a-t-elle insisté, en citant l’exemple de la prolifération des sangliers ou des chevreuils en France. Pour la candidate des Verts, la police de la chasse doit rester sous la tutelle du ministère de l’Ecologie.

Même pas peur

Un discours tranché que Dominique Voynet fut la seule à tenir. Tous les autres candidats déclarèrent leur flamme à la cause cynégétique.

« Il faut laisser les chasseurs tranquilles et apprendre aux urbains à connaître votre activité et à respecter votre passion», a lancé Ségolène Royal. Souhaitant un « dialogue constructif », la candidate du PS à la présidentielle a voulu apporter quelques gages aux chasseurs, s’engageant à préserver le cadre législatif actuel. Si des ajustements doivent être faits, ce sera après un bilan de l’application des lois existantes, explique-t-elle. « Nous pourrons voir comment la chasse pourrait être rattachée au ministère de l’Agriculture. Cela dépendra de l’évaluation des politiques publiques », a-t-elle ajouté. Gestion locale, défense de la ruralité, pérennité du droit de chasse ont ponctué son discours. Et sur le délicat dossier des espèces migratrices, la candidate socialiste s’est engagée à rendre publiques la totalité des données scientifiques de l’Office de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS).

Le Vicomte gagne à l’applaudimètre

A l’applaudimètre de la matinée, c’est Philippe de Villiers qui l’a emporté, exception faite de Frédéric Nihous, le candidat CPNT. S’exprimant sans note, le président du Mouvement pour la France (MPF) a déclaré être le candidat qui dit « ce que les bobos parisiens ne veulent pas entendre». « Le chasseur est l’ami des oiseaux et des animaux. C’est un pédagogue de l’environnement », martèle-t-il. Pour Philippe de Villiers il faut « mettre à plat les directives dinosaures », telle celle relative à Natura 2000, et appliquer le principe de subsidiarité pour la définition des dates de chasse. Qualifiant le chasseur d’« espèce rare à protéger », il se déclare favorable à la création d’un grand ministère de la ruralité et à la mise en place – pour la police de la chasse – d’un pôle environnenement dans chaque groupement départemental de gendarmerie.

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Commission européenne
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François Bayrou (UDF) s’était fait représenter par Charles Amédée de Courson qui ne lésina pas sur les superlatifs : « Vous êtes sans doute parmi les plus grands amoureux de la nature qui puissent exister », a t-il lancé en tribune. Et d’ajouter : « Vous pâtissez encore trop d’une image de brutes sans cœur. (…) Il faut expliquer que l’acte de chasse est un acte de communion avec la nature ». « Nous vous apprécions car nous vous ressemblons », insiste le représentant de l’UDF. Au chapitre des propositions, Charles Amédée de Courson a souhaité que les chasseurs soient consultés en matière de diversification des activités agricoles et d’environnement. « Vous dépendez du ministère de l’Ecologie mais vous pourriez prétendre à être rattaché au ministère de l’Agriculture. Pourquoi pas une co-tutelle ?, poursuit-il. Cela vous permettrait un double financement public».

La chasse, c’est populaire

Maxime Gremetz, du groupe communiste s’est taillé un beau succès en rappelant que « la chasse est une activité démocratique et populaire», ce qui correspond aux valeurs du PCF. Cette chasse qui est populaire est en plus un « modèle d’autogestion », a-t-il rappelé avant de faire… de la politique. « Comment faire confiance à ce gouvernement qui défend les loups plutôt que de les bergers ? », a-t-il interrogé. Il a insisté sur les valeurs du PCF qui sont celles de la chasse et de la paysanerie en fustigeant au passage les velléités de « découplage total » des aides. « C’est une aberration », a-t-il conclu tout en plaidant pour un secrétariat d’Etat à la chasse. « Evidemment, la bataille en faveur des chasseurs est celle des dates d’ouverture de la chasse», a-t-il rappelé. Nicolas Sarkozy a plaidé pour que la chasse soit rattachée à un ministère en charge de la ruralité, sans plus de précision. Un tel rattachement « permettrait d’éviter que la chasse se retrouve prisonnière d’un conflit idéologique », selon le candidat UMP. « L’écologie a trop souffert des idéologies comme le secteur de la chasse», a-t-il résumé. « Je ne sera pas le président des mesures vexatoires », a-t-il promis en prônant « l’écologie scientifique ». « Ceux qui dégradent la nature ne sont pas forcément où on croit qu’ils sont », a-t-il lancé. « Il est temps de rappeler des vérités : chaque année 60 000 ha ruraux vont à l’urbanisation : les chasseurs n’y sont pour rien ! », a-t-il argumenté. « Je veux le respect de la biodiversité, le respect des traditions et de développement de la ruralité », souligne le candidat UMP.

Le « matin des paysans »

« Même s’il n’est pas un élu rural » et si la chasse n’est pas « sa propre passion », prendre position sur ce sujet apparaît à Nicolas Sarkozy comme nécessaire. « Pouvoir faire la synthèse entre les gens est ce qu’on attend d’un président de la République, s’est-il enflammé. « Il ne s’agit pas pour moi de vous dire faites-moi confiance car je suis chasseur ou a contrario ne me faites pas confiance car je n’en suis pas un ».

Le président du FN, Jean-Marie Le Pen, a évoqué « un ministère de l’Agriculture, de la Nature et de la Chasse », en insistant sur « sa priorité absolue : l’agriculture et la ruralité». Il a fustigé la Commission européenne qui « tire les chasseurs à coup de directives ». Cet élu qui se vante d’avoir « aussi loin que l’on remonte des deux côtés de sa famille des agriculteurs » promet pour bientôt « le matin des paysans ». Il propose d’indemniser les agriculteurs français en négociant à Bruxelles un « chèque agricole comme celui de Thatcher pour rupture de contrat de préférence communautaire !». « Vous êtes la nature en vraie », s’est-il exclamé s’adressant aux chasseurs. Succès assuré.