La viticulture française est confrontée à des défis : concurrence internationale, aléas climatiques, distorsions phytosanitaires ; le plus important, et pour le long terme, c’est celui de la place de la France sur les marchés mondiaux. Les responsables de la filière sont à l’unisson sur ce point. Le secteur viticole n’est pas en crise comme le sont de nombreux secteurs de l’agriculture. Il a la chance d’être porté par un marché mondial en augmentation constante. « Il est d’autant plus dommage que la filière viticole française n’en profite pas plus », estime Jérôme Despey, président du conseil viticole de FranceAgriMer.
Plusieurs dossiers préoccupent la viticulture française : la stagnation des exportations et les importations croissantes de vin, la montée des aléas climatiques et notamment le réchauffement, l’insuffisance d’hectares couverts par les assurances pour aléas climatiques, la pression d’associations pour que la viticulture réduise fortement l’épandage de pesticides, l’adaptation de l’offre française, encore segmentée par indications géographiques, au marché mondial… Tous ces dossiers se rapportent en fin de compte à une priorité stratégique : la place de la France viticole sur le marché mondial du vin. « Le vrai enjeu est là. Tout le reste en découle, qu’il s’agisse de l’assurance, des phytos, de la sécheresse croissante, de l’OCM viticole, de la commercialisation par marques ou par appellations », synthétise Bernard Farges, président de la Confédération des AOC viticoles. Jérôme Despey met lui aussi l’objectif de conquête des marchés en première position des enjeux viticoles. « C’est la vraie préoccupation. Dans un secteur qui est en croissance économique à l’échelle mondiale, il serait dommage de ne pas prendre part à cette croissance ».
La contractualisation pour éviter les ruptures d’approvisionnement
La stagnation des exportations et les importations croissantes. « Nos exportations ont légèrement diminué et nos importations ont fortement augmenté ces dernières années. Comme le marché mondial augmente, cela signifie mécaniquement que nous perdons des parts de marché en volume », constate Jérôme Despey. Les importations, en provenance d’Espagne notamment, « entraînent les prix à un niveau anormalement bas et il faut y prendre garde, parce que cela perturbe l’ensemble des segments de marché ». Le président du conseil spécialisé viticole de FranceAgriMer a rappelé la volonté du plan stratégique de la filière, élaboré en juillet 2014, « d’intensifier les outils de la conquête » des marchés viticoles, parce que les filières agroalimentaires « sont des facteurs de croissance, d’emplois et de localisation d’activités économiques dans les territoires ».
Pour asseoir ses positions sur le marché mondial, il est essentiel d’avoir des approvisionnements réguliers. Un moyen d’éviter les ruptures est la contractualisation. La filière « a une volonté forte de développer la contractualisation » pour assurer un débouché donc une production, de façon pérenne. FranceAgriMer va entreprendre un travail sur la contractualisation pluri-annuelle qui doit permettre de garantir des parts de marché aux appellations et aux vins sans indication géographique. « C’est une vraie responsabilité que la filière doit assumer, pour empêcher que nos exportations s’effritent et que nos importations s’accroissent », a souligné Jérôme Despey.
Des retenues d’eau, du pompage dans les fleuves et le recyclage de l’eau urbaine
La montée des aléas climatiques et notamment le réchauffement. « Nous sommes sur des cycles d’alternance de sécheresse et d’inondations plus contrastés qu’avant. La sécheresse détruit maintenant des arbres. Cela nous amène à modifier ce qui paraissait immuable, comme par exemple l’absence d’irrigation des vignes », alerte Jacques Gravegeal, président de l’IGP du Pays d’Oc. Face à cela, les réponses possibles sont multiples, a-t-il indiqué : construire, là où c’est faisable, des retenues d’eau pour éviter les inondations et pour bénéficier de réserves ; pomper de l’eau dans les fleuves, notamment le Rhône ; et réutiliser l’eau usée des villes. « Je suis allé en Australie, les grandes villes comme Sydney fournissent massivement l’eau usée à l’agriculture », après épuration. Bernard Farges est confiant aussi sur le fait que la viticulture « s’adaptera, avec des modes culturaux différents et des portes-greffes plus tardifs », à la montée en intensité de la sécheresse.
Outils de couverture du risque : assurances, VCI, DPI, DPA…
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L’insuffisance d’hectares couverts par les assurances pour aléas climatiques. Parlant en son nom propre, Jérôme Despey considère que la filière doit trouver des solutions incitatives à l’ensemble des viticulteurs : 24 % des 800 000 hectares viticoles couverts (par toutes formes d’assurance), c’est trop peu. « Nous devons faire en sorte d’améliorer le dispositif du contrat-socle (mis en place il y a un an), en revoyant les niveaux de franchise ». Ainsi, quand davantage de vignerons auront souscrit, les coûts diminueront. « Pour peu que l’on travaille sur le sujet avec le ministre de l’Agriculture, on le rendra adaptable en fixant les plafonds adaptés à toutes les appellations », complète Bernard Farges. D’autres moyens de couverture de risque que l’assurance existent : le Volume complémentaire individuel (VCI), qui consiste pour les vignerons à mettre en réserve, lors des années de vendange abondante, un stock de vin non commercialisable, qui peut ensuite être utilisé les années de basse récolte. « C’est un excellent outil, qui ne coûte rien à personne », a commenté le président de la Cnaoc. La déduction fiscale pour investissement (DPI) et la déduction fiscale pour aléas (DPA) sont aussi applicables à la viticulture. Ces deux mécanismes permettent de déduire chaque année du résultat une somme qui doit être utilisée dans un laps de temps de 7 à 10 ans.
Cépages résistants : la recherche trouve
La réduction des pesticides. Les phytos, « c’est un gros enjeu, c’est sûr ». Mais l’évolution vers la réduction des phytos « ira très vite, car la pression des associations environnementales et de riverains est forte ». La viticulture « y répondra par des améliorations de pratiques agronomiques et de cépages », assure Bernard Farges. Fermement convaincu que « la recherche trouve des moyens, avec des cépages résistants aux maladies, pour éviter le traitement chimique », Jacques Gravegeal ne cache pas son impatience à propos des lenteurs de l’homologation des cépages résistants : « Après cela, on fustige la viticulture pour son manque de performance ». Le lien avec la concurrence internationale est toujours présent. Or, « voilà un sujet sur lequel producteurs, consommateurs et associations sont d’accord : réduire les traitements. Il est rare de trouver pareille osmose. Et de plus les chercheurs trouvent ! », comme par exemple au centre Inra de Pech Rouge, près de Narbonne, s’exclame-t-il.
Aucune marque ne se risquerait à se déconnecter du territoire
Segmentation par indications géographiques ou par marques à l’anglo-saxonne ? « Les deux », répondent aussi bien Jacques Gravegeal que Bernard Farges et Jérôme Despey. « Aucune marque de champagne ne se risquerait à se déconnecter du territoire ‘’Champagne’’. Une marque avec un territoire anonyme n’aurait pas de visibilité. Les consommateurs veulent du concret », a expliqué le président du Pays d’Oc. D’ailleurs, les Américains, qui ont commencé à construire des marques, commencent à travailler la notoriété territoriale, comme la Nappa Valley. « En 2008, prédominait une tendance à croire que seules les mentions de cépages et les marques suffiraient à vendre le vin". Or « il existe plusieurs types de consommateurs, ceux qui demandent du cépage ou des marques et ceux qui demandent de l’appellation. Souvent c’est le même consommateur » qui zappe entre les différents segments de marché, selon Bernard Farges. « Nous avons la chance d’avoir des appellations. Il faut développer tous les moyens de marketing, comme les marques, car c’est ainsi que le marché mondial fonctionne », a précisé Jérôme Despey.
« Nos exportations ont légèrement diminué et nos importations ont fortement augmenté ces dernières années. Nous perdons des parts de marché en volume »