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Agriculture durable Les Civam proposent une MAE Grandes cultures économes en intrants

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Une cinquantaine d’agriculteurs du réseau agriculture durable des Civam ont contribué à l’élaboration d’un cahier des charges. Il propose les bases de ce que pourrait être une future mesure agro-environnementale en faveur des exploitations de grandes cultures économes en intrants. Remis fin janvier au ministère de l’Agriculture, ce travail était présenté à Paris le 13 février.

Dans des exploitations à dominante céréalière, les traitements phytosanitaires seront réduits de moitié par rapport à l’IFT de référence, les rotations devront compter au moins cinq cultures, les légumineuses représenteront au moins 10 % de la surface agricole, les apports d’azote seront limités à 130 unités par hectare, la taille des parcelles à 15 ha et la couverture des sols sera obligatoire. Telles sont les lignes principales d’un cahier des charges proposé au ministère de l’Agriculture dans le but d’inspirer une future mesure agro-environnementale en faveur des grandes cultures économes en intrants. Mené par le Réseau agriculture durable des Civam (Centres d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural) dans le cadre du programme Grandes cultures économes, ce document était présenté, le13 février, au palais du Luxembourg à Paris. L’initiative émane d’une quinzaine d’agriculteurs du Grand Ouest qui souhaitaient élaborer un cahier des charges pour des cultures économes. Sélectionné dans le cadre d’un appel à projets Casdar, « innovation et partenariat », le projet est alors étendu à 56 agriculteurs « dont plusieurs étaient initialement dans des systèmes intensifs », souligne Benoît Drouin, agriculteur et membre du Rad-Civam. Ils ont testé, de 2008 à 2011, un premier cahier des charges, avec l’appui d’une animation « ascendante qui crée de l’émulation ». Ces systèmes ont ensuite été évalués au regard d’une batterie d’indicateurs environnementaux, sociaux et économiques, qui ont distingué une dizaine d’exploitations particulièrement performantes. Le cahier des charges a alors été ajusté. Il se vante donc de « rentrer dans les clous » de la réduction des pesticides demandée par le plan Ecophyto, du respect du bon état écologique pour répondre aux exigences de la Directive cadre sur l’eau, et de réduire les émissions de gaz à effet de serre. « Cela se jouera à Bruxelles », reconnaît Benoît Drouin, qui espère voir apparaître cette MAE dans la programmation 2013-2020.

Des leviers agronomiques confirmés

L’observation à la loupe des pratiques de 40 exploitations de ce réseau a notamment confirmé l’intérêt de certains leviers agronomiques, en particulier l’allongement des rotations, la présence de légumineuses, l’alternance labour et non-labour, et cultures d’hiver et de printemps pour limiter les maladies, parasites, adventices et le recours à la fertilisation. « À condition, bien sûr, de trouver des débouchés pour les cultures de diversification », relève Alexis de Marguerye, du Rad-Civam. L’aspect économique était aussi l’un des critères observés. L’efficience économique des systèmes de prodction, qui reflète leur capacité à dégager de la marge, variait dans les 40 exploitations étudiées de 40 à plus de 90%. Les dix exploitations les plus performantes dépassaient les 65%.

Un facteur psychologique

Pour autant, le passage à ces systèmes économes ne se limite pas aux aspects techniques. Il requiert en particulier de « réapprendre à tolérer des dégâts visuels voire un certain seuil de dommages à la culture », a souligné Raymond Reau, de l’Inra de Grignon. Sébastien Lallier, céréalier en Eure-et-Loir, confirme : « Au départ, avec une rotation blé orge colza, notre objectif était économique : atteindre le meilleur rendement, avec une faible tolérance par rapport aux dégâts. » Face à des adventices en progression, l’objectif a changé. Il s’agit désormais de « limiter le salissement par des méthodes alternatives et de préserver les marges tout en baissant les intrants. Nous sommes passés d’une vision “culture” à une vision “système de culture” ». (ML)

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