Arrivée progressivement, la vague de froid survenue dans la moitié nord de la France en janvier semble avoir eu peu de conséquences négatives sur les cultures d’hiver. Les potentiels restent préservés. Les craintes se concentrent aujourd’hui sur les risques liés aux alternances de gel et de dégel.
Le mercure qui descend allègrement sous les 10 °C, cela fait quatre ans que la moitié nord de l’Hexagone n’avait pas connu ça. Si Météo France a qualifié la vague de froid survenue en janvier de « faible intensité », la société reconnaît qu’elle « se positionne toutefois comme la plus sévère des vagues de faible intensité et se situe assez près des épisodes “modérés” ». Autrement dit, le froid s’est fait plus mordant qu’en février 2005, dernier épisode en date, mais moins qu’en janvier 2003, dernière vague classée « modérée ». Pour l’instant, les cultures d’hiver semblent avoir bien tenu le choc. En Lorraine, « le froid a commencé au mois de décembre, et les céréales ont pu parfaitement s’endurcir », observe Yves Messmer, ingénieur régional chez Arvalis.
Un froid progressif
Dans l’Aisne, Alain Tournier, conseiller à la chambre d’agriculture, estime que « ça se passe plutôt bien ». Idem pour Matthieu Beulin, chez 110 Bourgogne, qui « attend la reprise de végétation tranquillement ». Dans le Cher, Jean-Dominique Gilet, de la FDGeda est tout aussi optimiste : « Le froid est arrivé progressivement, pas comme en 2003, où il est survenu subitement après une poussée importante de végétation, explique-t-il. Nous n’avons pratiquement pas de dégâts ». Même les orges de printemps semées à l’automne ne semblent pas avoir souffert, que ce soit dans le Centre ou en Lorraine.
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Des craintes concernant les alternances de gel et de dégel
Les éventuelles craintes liées au froid concernent les risques d’alternance entre gel et dégel. « Ce qui va se passer dans les jours à venir pourrait être déterminant », estime Gérard Poillion, à la Chambre d’agriculture de l’Aube. Une réhumidification en surface suivie d’un nouvel épisode de gel pourrait entraîner un déchaussement mécanique des pieds. « Or, si en colza, des pivots sont coupés, les plantes n’arriveront pas à se rattraper », remarque le conseiller. Chez EMC2, Jean-Louis Bouchon, responsable des productions végétales, a déjà observé le phénomène en céréales. « Il faudra apporter de l’azote relativement tôt », indique-t-il, afin de redonner du tonus aux plantes. Et il faudra rouler dans les parcelles pour aplanir les sols. Certains se posent également des questions quant à la résistance au froid des nouvelles variétés, qui ont été peu confrontées ces dernières années à des hivers difficiles. « Ce qui est sûr, c’est que certaines variétés s’en sortent mieux et conservent un port dressé, remarque Jean-Dominique Gilet. Mais les parcelles ne sont pas remises en cause pour autant ».
Des sols mieux structurés
Le froid a en tout cas eu du bon. « Dans les colzas, le gel a permis de détruire les dernières sanves, des adventices très sensibles au froid », indique Alain Tournier. « Il y a peu de chances que ce soit une année à rouille brune, puisque c’est la somme de températures enregistrée de novembre à mars qui est déterminante dans l’apparition de cette maladie », remarque de son côté Yann Flodrops, ingénieur chez Arvalis sur la région Centre. Certaines apparitions de ravageurs pourraient également être retardées. Et puis le gel devrait favoriser la bonne structuration du sol. Les semis de printemps vont bien sûr prendre un peu de retard. Mais cela ne devrait pas avoir de véritables conséquences sur les potentiels. Pour l’instant, chacun attend la reprise de la végétation.