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Economies d’énergie Les efforts des serristes pour réduire leur dépendance

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Les serristes, qui représentent le secteur agricole le plus dépendant vis-à-vis des énergies fossiles, se sont lancés cette année dans des investissements sans précédent d’économies d’énergie ou de reconversion à la biomasse. Ils ont répondu en quelques semaines à un dispositif mis en place cette année, et qui devrait se poursuivre les années qui suivent, car la demande est forte.

À peine le dispositif des pouvoirs publics mis en place, les serristes ont saisi l’occasion pour réduire leur dépendance vis-à-vis des énergies fossiles. Les serristes professionnels représentent 1 500 à 2 000 personnes, selon Viniflhor, l’office du vin, des fruits et légumes et de l’horticulture. Sur cette famille, 240 serristes ont déposé un dossier d’aide à l’investissement économe en énergie.

Un démarrage sur les chapeaux de roue

C’est un taux élevé, commente-t-on à Viniflhor. « Quand plus de 10% d’une population répond à un dispositif d’aide, on peut estimer que la mesure a été efficace », commente Anne Haller, sous-directrice à la gestion des aides chez Viniflhor. Cela d’autant plus que les producteurs financent les deux tiers de l’investissement, l’aide étant de 35%. L’installation d’une chaudière et ses équipements annexes, pour une serre maraîchère de 2,5 hectares en Bretagne, coûte 400 000 euros avec du charbon à 600 000 euros avec du bois et trois millions d’euros avec du gaz en co-génération La co-génération est un système énergétique qui génère de l’électricité tout en valorisant la chaleur, laquelle représente la moitié ou les deux-tiers de l’énergie consommée..

En outre, les serristes ont répondu rapidement. À peine deux mois et demi après le rapport Mauguin publié en juillet, 175 dossiers de maraîchers ont été déposés à Viniflhor et 65 en horticulture. La date butoir pour le dépôt des dossiers était le 30 septembre. Les recommandations de Philippe Mauguin Philippe Mauguin était jusqu’au printemps dernier directeur général de l’Inao et a été conseiller agricole de Lionel Jospin de 1997 à 2002. ont été reprises par le ministère de l’Agriculture. Il s’agissait notamment de distinguer l’investissement énergétique de l’investissement en équipement général, pour les serres. L’équipement général est soutenu à 22 % tandis que l’investissement en équipement économe en énergie est financé à 35 % (respectivement 25 % et 40 % pour les jeunes agriculteurs adhérents à une organisation de producteurs reconnue).

Le volet énergétique pour les serres est de six millions d’euros pour l’année 2006. Ce coup d’accélérateur sera-t-il suivi d’un coup de frein ? Probablement pas. Le mouvement devrait continuer sur sa lancée, estime-t-on à Viniflhor. Ce qui signifie que le nombre des investissements devraient se maintenir à ce haut niveau.

Sur les 240 dossiers, 13 concernent des installations de chaudières au bois ou à la paille.

L’ambition néerlandaise : se passer complètement des énergies fossiles

« C’est bien, mais la rénovation des serres est loin d’être terminée », s’est exclamé Bruno Scherrer, directeur de la Fédération nationale des producteurs de légumes, en visite aux Pays-Bas avec une délégation du Copa (Comité des organisations de producteurs agricoles de l’UE). Ce qui se prépare aux Pays-Bas n’est rien moins que l’élimination des énergies fossiles comme source d’énergie des serres. Face à de telles ambitions, la filière française ne peut pas déchoir. D’ici 2020, toutes les serres nouvellement construites aux Pays-Bas pourront se passer des énergies fossiles, a rapporté Bruno Scherrer.

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La délégation a été témoin d’un projet de serres de sept hectares, avec comme source d’énergie la géothermie. Cet investissement de cinq à six millions d’euros sera garanti par l’État néerlandais. Le montant élevé de l’investissement sera amorti en sept ans par les économies d’énergie réalisées.

La géothermie est une source, mais d’autres sont en projet. La R&D travaille sur des technologies comme le stockage de la chaleur estivale dans des nappes aquafères et sa restitution par des pompes à chaleur l’hiver. Le « plat pays », qui a un gros problème avec le lisier, étudie aussi le développement de la méthanisation à vaste échelle, avec comme avantage la production d’une énergie renouvelable pouvant chauffer les serres.

Biomasse-énergie : des serristes franchissent le pas

Poser des écrans thermiques (rideaux anti-refroidissement en aluminium), des ballons de stockage de l’eau chaude, des pompes à chaleur et des ordinateurs de gestion climatique, investissements soutenus par le plan du ministère, est déjà un grand pas, qu’ont décidé de franchir les 240 exploitants dépositaires des dossiers d’aide. Mais se lancer dans une chaudière à la biomasse est un pas de plus, car il s’agit non plus seulement d’améliorer l’efficacité énergétique, mais de changer d’échelle.

Jean-François Vinet, producteur de tomates en Loire-Atlantique sur quatre hectares de serres (la moyenne en France est de moins de trois hectares), a installé en mars dernier une chaufferie à bois d’une capacité de 3,5 mégawatts, avec une consommation de 4 000 à 5 000 tonnes de bois par an, « face à l’augmentation des énergies fossiles comme le gaz». Son cousin associé, sur 13 hectares, a investi lui aussi dans une chaufferie à bois, de même capacité, s’ajoutant à une chaudière à co-génération au gaz existante. Elle sera mise en service en décembre 2006.

L’investissement est d’un million d’euros pour chacune des deux chaudières. Le bois provient de palettes usagées et de chutes, vu le grand nombre d’industries et la proximité du plus grand terminal portuaire pour le bois en France. Avant d’opter pour le bois, les deux associés ont réfléchi à la paille, mais la ressource n’est pas suffisante, et au blé, mais brûler du grain ne les satisfaisait pas sur le plan de la logique économique globale.