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Sécheresse, canicule Les entreprises agroalimentaires s’acclimatent

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Hausse des cours de matières premières, difficultés d’approvisionnement : les entreprises agroalimentaires commencent à mesurer les effets qu’auront, par ricochet, sur leur activité la sécheresse et la canicule de l’été. L’industrie de la volaille, déjà fragilisée par une crise structurelle, semble la plus atteinte et chiffre à 30 millions d’euros son manque à gagner. Les autres secteurs tentent de s’acclimater tant bien que mal, en espérant que le phénomène de surchauffe ne se prolongera pas au-delà de quelques mois. Pourtant, avertit Hubert François, président du groupe de meunerie Nutrixo, « les signaux de crise actuels laissent présager des crises futures, autrement plus fortes ». Et d’appeler toute la filière céréalière à s’interroger sur son modèle de demain.

La météo estivale, qui s’est révélée désastreuse pour les agriculteurs, fait désormais planer quelques nuages sombres sur la transformation agroalimentaire. La pénurie en céréales, l’affaiblissement des animaux faute de bonnes pâtures, leur mortalité imputable à la forte chaleur, l’accélération des rythmes de production des légumes exigent des entreprises d’aval qu’elles s’adaptent à de nouvelles conditions d’approvisionnement. Pour autant, face à ces perturbations, qu’elles espèrent conjoncturelles, elles ne se montrent pas catastrophées, à l’exception des spécialistes de la volaille.

Encore très fragile en dépit des mesures d’assainissement mises en œuvre depuis quelques mois et qui, à en croire la Fédération des industries avicoles (FIA), commençaient à porter leurs fruits, cette filière a fortement souffert de la canicule. Trois millions de volailles prêtes à abattre sont mortes. Quant à celles qui ont résisté dans les élevages, elles n’ont pas exprimé tout leur potentiel, explique le délégué général, André Lepeule. Présentant un poids réduit de 20 à 30 % et une taille plus petite, elles s’avèrent difficiles à traiter, entraînant pour les industriels une baisse de rendement à la découpe, des pertes d’exploitation, sans compter des problèmes à la commercialisation.

30 millions d’euros de manque à gagner

Dès lors la FIA estime à 10 % la baisse d’activité en volume de ses adhérents de la volaille et à 30 millions d’euros environ leur manque à gagner. Dans l’hypothèse, peu probable, d’une augmentation des prix dans les grandes surfaces, la mesure ne suffirait pas à compenser la perte en volumes, souligne-t-on. Les effets de ce sinistre devraient continuer à se faire sentir jusqu’en 2004 compte tenu que les élevages de reproducteurs accusent eux aussi une mortalité importante, et constatent une baisse de fertilité. La production de poussins ne devrait renouer avec sa vitesse de croisière qu’au début de 2004, estime André Lepeule.

Ce phénomène est intervenu alors que les arrêts d’élevage prévus dans le plan de restructuration de la filière étaient déjà largement engagés. D’où cette nouvelle secousse pour les entreprises « qui ne pourront pas se redresser comme elles le programmaient », alors même que leurs restructurations ne sont pas achevées. Elles ne devraient, en tout cas, pas pouvoir faire l’économie de mesures telles que l’arrêt des contrats intérimaires face à la réduction d’activité des mois à venir.

Inquiétudes pour la fin de l’année

Le secteur de la viande redoute de même des difficultés d’approvisionnement pour ses abattoirs industriels. « D’ores et déjà, nous sommes confrontés à des bovins de poids réduit, et donc à une diminution des volumes de viande », explique Nicolas Douzain, directeur de la Fédération nationale de l’industrie et des commerces en gros des viandes (FNICGV), qui voit en ce phénomène une « bombe à retardement». Les industriels ont besoin de volumes suffisants pour faire tourner leurs usines, rappelle-t-il, préoccupé de ce que pourra être l’activité des outils durant l’hiver si les éleveurs, acculés à des problèmes de liquidités, décident de décapitaliser ou s’ils manquent d’aliments du bétail. Or il semble, indique-t-on à l’Ofival, qu’apparaissent certaines velléités d’abattre des animaux. Outre les répercussions qu’aurait cette décision sur la disponibilité des viandes, les cours pourraient augmenter. En tout cas, en cas de besoin, « nous trouverons les solutions », assure le responsable, précisant que les pays d’Europe du Nord ont été moins touchés par la vague de sécheresse.

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Un problème n’arrivant jamais seul, la canicule a eu pour autre effet sur la filière bovine de peser sur la consommation. Selon les chiffres de Secodip, la baisse a atteint 9,5 % à la septième période (au 13 juillet), par rapport à la même période en 2002 et de 18 % pour le veau. Les autres espèces n’ont pas été épargnées, à raison d’un recul de 23 % pour l’agneau et de 8 % pour le porc.

Pertes de marges

Les fabricants de l’aliment du bétail ressentent eux aussi les effets de cette baisse de la consommation des viandes, en plus des problèmes rencontrés dans les élevages de ruminants et d’animaux hors sol. De surcroît, ils sont confrontés aussi, depuis début juillet, à une hausse du prix des matières premières « importante et brutale », indique Alain Decrop, président du Snia (+ 25 % pour la cellulose, autant pour l’énergie, + 11 % pour les protéines entre le 2 juillet et le 20 août au niveau des nutriments ruminants). Les entreprises, qui, depuis début 2003, accusent une baisse sensible de la production d’aliments composés, sont prises en ciseau entre ces cours qu’elles doivent répercuter rapidement sur le prix des aliments, et le marché, et probablement, subiront-elles des pertes de marges.

Hausse des prix

Du fait de la pénurie des céréales (- 16 % prévus de rendements pour le blé en France, et - 10 % en Europe, et respectivement - 20 % et - 12 à - 15 % pour le maïs), les amidonniers voient les prix de leurs matières premières grimper fortement. D’une campagne sur l’autre, la hausse est évaluée sur une base de 20 % pour le blé et de 27 % pour le maïs, indique Jean-Christophe Duprat, directeur général de Syral (groupe Union SDA). Or « la matière première céréalière représente plus de la moitié du prix de revient de la fabrication du glucose, et 30 % environ pour nos autres spécialités », fait valoir le dirigeant. Celui-ci ne pourra donc faire l’économie d’une répercussion de ces augmentations sur ses prix en 2004 et ses clients de l’industrie agroalimentaire s’en inquiètent déjà, précise-t-il.

Interrogé sur les possibilités offertes à l’importation, il souligne la difficulté à remplacer du jour au lendemain les filières tracées mises en place par son entreprise. En revanche, souligne-t-il, la Commission européenne dispose de la possibilité de donner des certificats avec une baisse des droits de douane, dispositif qui bénéficierait au premier chef à l’industrie de l’aliment du bétail et permettrait de dégager des capacités d’approvisionnement européen pour les amidonniers. Cela étant, à l’international aussi, 2003 a réservé son lot de mauvaises nouvelles : les productions de céréales au Canada et en Australie fléchissent elles aussi, l’Ukraine, quant à elle, produit 7 millions de tonnes de blé au lieu des 22 millions de l’an passé, tandis que la Russie annonce une baisse de 20 à 30 %.