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Horticulture Les fleurs françaises en plein doute

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Le secteur horticole est confronté à une baisse des ventes des plantes ornementales due au contexte économique et à une météo peu favorables en 2013 et 2014. Alors que le nombre d'entreprises ne cesse de diminuer, la filière et les pouvoirs publics réfléchissent à des mesures de relance.

Alors que la saison 2014 de vente des productions florales va entrer dans sa dernière ligne droite, la filière horticole s'interroge. « Nous nous posons beaucoup de questions sur l'avenir de nos métiers », explique Dominique Boutillon, présidente de la Fédération nationale des producteurs de l'horticulture et des pépinières (FNPHP).

Le premier trimestre a été plutôt favorable, avec un mois de mars doux. Les achats de végétaux d'extérieur ont ainsi augmenté de près de 30% par rapport à 2013, selon une note de conjoncture horticulture de FranceAgriMer de juin 2014. Mais cette période ne pèse que 16% des sommes totales réalisées sur l'année, et la météo s'est gâtée au second trimestre, où se réalise plus de 50% du chiffre d'affaire des entreprises.

En 2013, les Français avaient acheté 6% de végétaux d'extérieur de moins qu'en 2012, chiffre l'enquête Données et bilans horticulture de juin 2014 de FranceAgriMer. « 2013 n'a pas été une bonne année pour les végétaux d'ornement. De moins en moins de foyers les achètent au fil du temps », explique Frédéric Los, de TNS Sofres, auteur d'une étude sur le sujet pour FranceAgri-Mer.

« Il y a des arbitrages en fonction du pouvoir d'achat, les clients ne mettent plus autant d'argent, nos produits ne sont pas considérés comme essentiels », analyse Dominique Boutillon, qui incrimine aussi la hausse de la TVA, passée de 5,5% à 7% en janvier 2012 puis à 10% en janvier 2014.

Des importations et des fermetures d'entreprises

Entre 2006 et 2012, 28% des entreprises horticoles avaient mis la clé sous la porte. En 2014, quelques gros acteurs ont baissé le rideau, comme Bordet en Indre-et-Loire (l'entreprise familiale, vendue à Jardiland en 2006, n'intéressait pas le nouveau propriétaire du réseau de jardineries). Pourtant, si le déficit de la balance commerciale s'atténue depuis quelques années, il reste abyssal : en 2012, la France a importé sept fois plus de produits horticoles qu'elle n'en a exporté (975,7 millions d'euros contre 135,2).

Mais le contexte chez nos voisins, dont les Pays-Bas, principal fournisseur, est aussi en berne : « À l'étranger non plus, les horticulteurs ne sont pas en bonne santé, le modèle hollandais ne marche plus », affirme Dominique Boutillon.

En 2012, année des dernières données disponibles, les entreprises du secteur ont vu leur chiffre d'affaires progresser légèrement de 3%, mais 2013 devrait être « moins favorable », en raison de la mauvaise météo, explique Marc Varchavsky, du cabinet de conseil CER France. 30% des entreprises sont en situation « fragile », dans un secteur « très contraint par la conjoncture annuelle », surtout parmi les petites entreprises. Les sociétés les plus importantes, au chiffre d'affaires supérieur à 400 000 euros, se portent mieux, révèle l'observatoire économique et financier des exploitations horticoles de FranceAgriMer, publié en juin 2014.

La distribution accusée

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Le contexte économique et la météo ne sont pas les seuls coupables. « La distribution a une part de responsabilité dans la diminution du marché », lance Dominique Boutillon, visant aussi bien les grandes surfaces alimentaires que les jardineries spécialisées. Selon elle, la distribution tire les prix, mais surtout la qualité vers le bas, et vend hors saison : « C'est une façon de vendre qui ne peut que décevoir le consommateur, qui n'arrive pas à garder de beaux végétaux chez lui », regrette l'horticultrice. Les circuits de grande distribution restent le lieu privilégié de vente de végétaux, gagnant même des parts de marché (25% en 2013 contre 23% en 2012).

La vente directe sur le lieu de production reste une solution, encore faut-il que l'exploitation puisse s'organiser pour ça et soit située sur une zone de chalandise intéressante. Mais les achats sur les lieux d'exploitation ont aussi régressé, tant en volume qu'en valeur, entre 2012 à 2013.

Produire en France, et produire mieux

Pour relancer la production française, l'interprofession Val'hor a élaboré un label, Plante Bleue, qui certifie une production en France avec des aspects environnementaux et sociaux. 120 producteurs sont aujourd'hui certifiés, soit plus de 3 000 hectares.

Le ministère de l'Agriculture et FranceAgriMer travaillent de leur coté à un label « Fleur de France », comme ce qui existe dans la viande.

Dans la réflexion sur la stratégie des filières demandée par le ministre de l'Agriculture Stéphane le Foll, FranceAgriMer propose de « favoriser la mise en marché » grâce à la « diversification des circuits de commercialisation au sein des entreprises » ou encore de « renforcer le regroupement » de l'offre et la constitution de réseaux de producteurs. La filière horticole espère également profiter du plan de compétitivité du second pilier de la Pac pour moderniser l'outil de production, avec la construction de nouvelles serres et d'aires de cultures.

Les marchés publics, un débouché difficile à atteindre

SI le fleurissement des collectivités locales s'étiole en période de restrictions budgétaires, les marchés publics représentent toujours un débouché important pour les producteurs de plantes fleuries. Mais il est parfois difficilement atteignable et ne profite pas toujours aux producteurs locaux. « Où est la responsabilité sociale des collectivités qui ne prennent pas le fournisseur mieux disant, mais le moins disant sur les marchés publics, peu importe qu'il soit Français ou pas ? », questionne Dominique Boutillon, présidente de la Fédération nationale des producteurs de l'horticulture et des pépinières (FNPHP). Selon elle, deux tiers des végétaux plantés par les collectivités viennent de l'étranger. Les règles des marchés publics et la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) ne favorisent pas l'approvisionnement local.

Le plan stratégique sur l'horticulture à l'horizon 2025 suggère « l'amélioration de la demande sur les marchés publics », avec la création de guides des bonnes pratiques pour l'acheteur public, d'une charte de promotion, ou la définition d'une palette végétale avec les acteurs d u paysage.