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FILIÈRES/ORGANISATION Les interprofessions sous tension

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Dans un contexte difficile pour les filières animales, les interprofessions connaissent des tensions très importantes. Culture Viande menace Inaporc de revoir sa politique concernant les cotisations, tandis que la filière laitière communique en ordre dispersé. Ces difficultés interviennent alors même que doit être constituée une interprofession dans l'aviculture.

« Il n'y a plus d'interprofession laitière », a lancé le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll le 9 décembre lors de la discussion générale au Sénat sur la loi de « compétitivité de l'agriculture, avant d'évoquer les problèmes rencontrés par l'ensemble des interprofessions ou filières (bovins, aviculture, porc) pour établir des relations contractuelles, rapporte Agra Presse.

POUR CULTURE VIANDE, DEUX POIDS DEUX MESURES

Alors que les filières animales connaissent des difficultés (les causes différant selon chacune d'elles), les tensions qui traversent les interprofessions apparaissent au grand jour. Dans un communiqué du 10 décembre, Culture Viande « s'interroge sur le sens et l'intérêt d'un engagement interprofessionnel » au moment où les accords doivent être renouvelés pour les cotisations d'Inaporc pour 2016. Le syndicat, qui déplore que les pouvoirs publics ne prenne pas en compte les recommandations de l'interprofession, réclame « des mesures exceptionnelles permettant une baisse des coûts salariaux de 25% » pour l'abattage-découpe, et « une mesure réglementaire pour que l'origine de la viande soit clairement indiquée et identifiée sur les charcuteries, produits transformés et plats cuisinés ». Interrogé sur la faisabilité de ces mesures, Pierre Halliez, directeur général de Culture Viande répond : « L'appel à obligation de résultat auprès de l'interprofession tient au rôle d'interlocuteur qu'elle joue auprès des pouvoirs publics. Porter les revendications des éleveurs, c'est bien. Porter celles du maillon abattage-découpe entre également dans l'objet de l'interprofession. »

LAIT : FORCE DE PROMOTION MAIS DÉSORDRE POLITIQUE

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Au sein de l'interprofession laitière, traditionnellement moins portée sur des revendications politiques, la situation n'est pas beaucoup plus simple. Thierry Roquefeuil (FNPL) a claqué la porte de la présidence cet été et Olivier Picod (Fnil) a pris le relais suite à l'application des statuts. La FNCL a demandé, le 14 décembre, que les accords convenus cet été sur le prix du lait continuent de s'appliquer sur le premier semestre 2016. À la Fnil, on indique travailler sur les relations commerciales, entreprise par entreprise. La FNPL a proposé, le 16 décembre, une « charte de valeur » pour assurer une répartition équitable entre les différents maillons de la filière, indiquant que la distribution et certains industriels étaient intéressés. Mais avant même la formalisation du dispositif, elle a indiqué qu'elle ferait appel au ministre si nécessaire. De fait, ces dernières années, ce dernier est intervenu plusieurs fois pour mettre tout le monde autour de la table, alors que les autres interprofessions partaient tout de même avec des positions commune. Pour autant, l'interprofession laitière, dotée d'un budget conséquent, n'est pas dénuée d'intérêt pour la filière. Elle assure une importante promotion des produits laitiers français, notamment à l'export.

LA TENTATION DU REPLI SUR SOI

Au regard du fonctionnement de l'interprofession laitière, la communication de Culture Viande interpelle. Alors que les productions animales sont sous tension, la tentation du repli sur soi est grande. Dans ce contexte, les interprofessions réussiront-elles à faire front commun pour porter une vision de leur filière auprès des pouvoirs publics ? Ou se concentreront-elles sur la promotion des produits ? La question mérite d'être posée, d'autant que l'Autorité de la concurrence a imposé aux acteurs de la filière avicole de constituer une interprofession, sous peine de sanctions.