Le syndicat des Jeunes agriculteurs a renouvelé son bureau en congrès, du 3 au 5 juin à Saint-Brieuc. Dans un climat tendu, les nouveaux élus ont affirmé vouloir poursuivre le travail de leurs prédécesseurs pour le renouvellement des générations, en conservant leur autonomie et leur capacité de proposition par rapport à la FNSEA.
THOMAS Diemer, polyculteur-éleveur dans le Bas-Rhin, a été élu président des Jeunes agriculteurs, lors du congrès du syndicat, du 3 au 5 juin à Saint-Brieuc (Côtes d'Armor). Il était jusque-là trésorier d'une équipe qui n'a pas démérité : écoutée à Bruxelles comme au ministère de l'Agriculture, elle a œuvré, avec d'autres, à l'obtention des budgets dédiés aux jeunes dans la réforme de la Pac ainsi qu'à une modification du processus d'installation qui permet de bénéficier des aides fondées sur le projet économique et pas forcément la surface. Les JA ont aussi et surtout obtenu la majoration des aides pour les 52 premiers hectares des exploitations, dispositif qu'ils défendaient pour privilégier les emplois.
Un climat tenduCette dernière victoire s'est faite dans la douleur, et contre les « grands frères » de la FNSEA, qui y étaient farouchement opposés : en privilégiant les exploitations de moins de 52 hectares, la réforme de la Pac donnera moins aux plus grosses exploitations.
Une partie du réseau l'a également peu goûtée. Restée silencieuse pendant le mandat précédent, elle a fait campagne avant le congrès contre François Thabuis, président sortant, poussant une autre candidature adoubée par la FNSEA, affirment plusieurs membres du syndicalisme majoritaire.
« Mais aucun des deux candidats ne permettait de faire la synthèse de l'ensemble du réseau », commente un élu JA. Et comme le syndicat rechigne à présenter plusieurs candidats lors des congrès, préférant « laver le linge sale » en amont, un troisième homme, Thomas Diemer a été choisi par le conseil d'administration pour faire le consensus. Il devrait cependant être sur la même ligne que François Thabuis. L'ancien président aura servi de « fusible », regrettait-t-on dans les couloirs du congrès. Mais il laisse aux manettes une équipe qui devrait poursuivre son travail, avec des JA qui ne veulent plus seulement être l'antichambre de la FNSEA.
Renouer les liens avec la FNSEAXavier Beulin, président de la FNSEA, est venu renouer des relations qui n'étaient pas au beau fixe avec le précédent bureau... devant une partie des JA, principalement de Rhône-Alpes, lui tournant le dos pour manifester leur opposition avec sa politique. Voulant « parler vrai », il a « remercié chaleureusement » François Thabuis, admettant « un certain nombre de discussions difficiles ».
Il a surtout voulu tordre le coup aux bruits selon lesquels la FNSEA œuvrait pour placer ses hommes à la tête des JA. « Jamais un président ne vous demandera d'être subordonné à la FNSEA », a-t-il affirmé, demandant toutefois aux JA d'être « solidaires », car « il y a trop de contradicteurs qui veulent mettre un coin dans notre unité ».
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Xavier Beulin, tout comme l'équipe sortante de JA et même le nouveau bureau, ont eu à essuyer quelques sifflets de la salle, dans une ambiance parfois tendue. Mais le nouveau président Thomas Diemer est parvenu à rassembler : « La force d'une organisation comme JA, c'est d'oser. Il ne doit pas y avoir de barrières idéologiques ni de dogmatisme », a-t-il clamé, une ovation ponctuant son discours. Il assure s'inscrire « dans la continuité des positions défendues par l'équipe précédente, qui étaient le résultat d'un processus démocratique dans notre réseau ».
Thomas Diemer, polyculteur-éleveur dans le Bas-Rhin, a été élu président des Jeunes agriculteurs lors du congrès du syndicat, jeudi 5 juin à Saint-Brieuc. Florent Dornier, producteur de lait en Franche-Comté, devient secrétaire général. Christophe Lenaerts (Midi-Pyrénées) est le nouveau trésorier ; Julien Bigand (Franche-Comté), Jérémy Decerle (Bourgogne), Céline Imart (Midi-Pyrénées) et Stéphane Lecoq (Pays de la Loire) sont vice-présidents.
LE ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll a assuré que les exploitations sous formes sociétaires pourraient se transformer en GAEC en cas de changement dans leur structure, comme un agrandissement ou un apport de capital, lors du congrès des Jeunes agriculteurs, le 5 juin à Saint-Brieuc.
Elles pourront ainsi bénéficier de la « transparence » et recevoir autant de parts Pac que d'actifs, au lieu d'une seule pour l'exploitation. Le ministre veut ouvrir cette possibilité pour les EARL entre conjoints, mais il « discute encore » avec la Commission européenne à ce sujet, qui est « extrêmement réticente, car elle considère que c'est ouvrir une porte à la division des exploitations », explique t-il.
Le rapport d'orientation a prolongé l'action du bureau sortant. Intitulé Une seule agriculture, celle des hommes, il a mis en avant les actifs agricoles, pour favoriser le renouvellement des générations contre l'agrandissement des exploitations. Et si une réforme de la Pac vient à peine d'être bouclée, les JA ont déjà les yeux tournés vers la Pac post-2020. Ils réfléchissent à la sortie des aides à l'hectare et à la mise en place « d'aides contracycliques », qui évoluent en fonction des cours du marché.
Le Foll confirme le maintien des aides à l'installationVenu conclure le congrès, le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll a confirmé que les aides à l'installation existantes, prêts bonifiés et DJA, seraient maintenues. « Le point d'accueil installation doit être un enjeu majeur, c'est une bonne manière de s'organiser pour installer », a-t-il ajouté, assurant vouloir renforcer son financement. Concernant la réforme de la Pac, il a rappelé que les jeunes agriculteurs pourraient bénéficier d'une surprime spécifique pour l'aide laitière pendant les trois premières années suivant leur installation (15€ en zone de montagne et 10€ hors zone de montagne), de même pour l'aide ovine majorée de 6€ par bête pour les jeunes. Ils auront aussi la possibilité de primer les génisses dans le cadre de la prime à la vache allaitante.