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Les métropoles exigent davantage de compétences agricoles

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Réunies à Nantes, plusieurs métropoles françaises ont appelé le gouvernement à leur confier plus de compétences sur l’alimentation et l'agriculture, dans la suite du rapport du sénateur Marchand. En la matière, elles demandent aussi plus de cohérence entre les différents échelons politiques.

L’allégorie du colibri semble désormais enterrée du côté des collectivités. « Les expériences locales ne suffiront pas à changer le monde », a tranché Patrick Caron, chercheur au Cirad et président d’Agropolis, à l’occasion des Assises territoriales de la transition écologique organisées à Nantes les 12 et 13 septembre. Pour avoir de l'effet sur la transition agroécologique, les politiques locales doivent être coordonnées avec les autres échelons et enrichies, ont expliqué les participants. Pour le géographe, «d'autres lieux d'action sont désormais nécessaires» principalement en matière de politique foncière, d'aides publiques à l'agriculture, ou encore de commerce international.

Car face aux ambitions des Projets alimentaires territoriaux (PAT), « nous sommes trop limités en termes de compétences », a acquiescé Delphine Bonamy, conseillère écologiste de la métropole de Nantes en charge de l’agriculture. « Nous pouvons travailler sur le foncier, les circuits courts, la restauration collective ou même l’installation d’entreprise, qui relèvent de nos missions. Mais nous n’avons pas de prise sur la rémunération des producteurs, les aides de la Pac ou encore les accords de libre-échange », détaille Jean-Daniel Ralamboudrainy, chef de projet alimentation à la métropole Aix-Marseille.

Signée à l’issue des rencontres par les métropoles de Montpellier (PS), Marseille (PS), Nantes (PS), Strasbourg (écologistes) ou encore Brest (PS), la déclaration de Nantes précise les demandes de ces collectivités. Pour elles, le gouvernement doit reconnaître « dans le droit et les moyens accordés par l’État » le rôle de coordination des métropoles en matière d’alimentation. S’engageant à établir des bilans précis des Projets alimentaires territoriaux (PAT), et à les inscrire dans le cadre des déclarations internationales en matière d’alimentation, les signataires exigent du gouvernement et de l’Europe un soutien accru au revenu des producteurs, une réforme foncière, ainsi que l’inscription d’une exception alimentaire dans le code des marchés publics.

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Accorder PAT et politiques métropolitaines

L’engouement des métropoles pour l’agriculture s’explique, entre autres, par les crédits du Plan de relance, qui ont dynamisé les PAT dans de nombreuses métropoles. Permettant, par exemple, à Marseille-Aix-Provence de recruter une animatrice à temps plein sur son PAT. Mais l’enthousiasme vient également du sujet agriculture et alimentation lui-même, « un sujet sur lequel les collectivités et les politiques en général ont de plus en plus d’appétence car il est riche », sourit le sénateur Frédéric Marchand.

La plupart des constats des métropoles rejoignent d’ailleurs les siens. Dans le rapport présenté officiellement fin août au ministre Marc Fesneau, le parlementaire LREM du Nord propose notamment la sanctuarisation des 80 M€ accordés au PAT dans le cadre du Plan de relance, ou encore l’attribution aux collectivités « d’une compétence partagée d’organisation de l’alimentation durable ». Fortes de cette nouvelle compétence, les métropoles pourraient alors animer des nouveaux « contrats alimentaires de territoire », qui se prolongeraient jusque dans les documents d’aménagement.

À la métropole de Montpellier, la vice-présidente Isabelle Touzard (PS) en charge de l’agriculture rappelle de son côté que les PAT « ont une durée de vie limitée ». Pour elle, ils doivent donc être adossés, comme sa ville l’a fait, à « de vraies politiques agricoles métropolitaines ». Une stratégie adoptée dès 2014 par Montpellier, et qui lui permet notamment aujourd’hui de travailler avec la chambre d’agriculture pour lutter contre l’artificialisation. De même, Lyon a fait le choix de centrer son PAT plutôt sur la solidarité, mais devrait en plus « bientôt dévoiler un plan bio », indique Véronique Hartmann, conseillère métropolitaine écologiste en charge de l’agriculture.

Une «déclaration de Nantes» signée par plusieurs métropoles de gauche