Même si, selon la Commission européenne, les propositions sur la table pour la future Pac n’ont pas besoin d’être modifiées, les stratégies « de la ferme à la table » et « biodiversité » que vient de présenter l’exécutif européen auront – au moins – une influence sur la façon dont seront mis en œuvre les futurs plans stratégiques nationaux. Les ministres de l’Agriculture de l’UE auront le 8 juin un premier échange de vues sur ce dossier qui devrait fortement les occuper dans les prochains mois.
Les ministres de l’Agriculture de l’UE auront le 8 juin une nouvelle réunion, toujours en visioconférence, pour faire, cette fois, le point sur les aspects agricoles du Green Deal européen, en particulier sur les stratégies « de la ferme à la table » et « biodiversité » présentées fin mai par la Commission européenne (1). La présidence croate du Conseil a rendu public le 2 juin un « projet de suggestion » sur le règlement concernant les plans stratégiques de la future Pac. Mais, même si la Commission européenne estime que sa proposition sur la Pac est parfaitement compatible à quelques détails près avec les stratégies « de la ferme à la table » et « biodiversité » (2), il y a fort à parier que celles-ci influenceront notablement les négociations. Celles-ci ne pourront entrer dans le vif du sujet qu’une fois qu’un accord aura été trouvé sur le futur cadre financier pluriannuel 2021-2027 de l’UE, au plus tôt cet automne.
Lors d’un échange le 4 juin avec les eurodéputés de la commission de l’Environnement sur la question du verdissement des plans stratégiques de la Pac, le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, s’est dit « conscient que la mise en œuvre de ces deux stratégies ne sera pas facile notamment pour certains États membres et certains secteurs, car il y a de grandes disparités dans l’UE ». Et d’ajouter qu’il faut « garder à l’esprit les objectifs de sécurité alimentaire et de compétitivité de notre agriculture ».
Une liste ouverte d’écorégimes
Mais, promet-il, « nous allons discuter avec les États membres qui utilisent trop d’antibiotiques ou trop de pesticides à l’hectare. Il y aura des négociations difficiles, mais nous veillerons à ce qu’ils fassent les efforts nécessaires. Et si l’on constate des manquements lors de nos évaluations à mi-parcours, il sera possible d’adapter les plans nationaux. » Concernant les écorégimes du premier pilier, Janusz Wojciechowski se dit « en faveur d’une liste ouverte de mesures qui seraient comme des recommandations montrant aux agriculteurs qui opteraient pour ces programmes qu’ils toucheraient plus d’argent de la Pac. Mais les États membres pourront également proposer leurs propres mesures. »
De nombreux eurodéputés se sont étonnés que la Commission n’ait pas décidé, comme cela a été envisagé, de supprimer toute mesure de promotion de la viande, mais, pour le commissaire européen, « la promotion de l’élevage durable – respectueux du bien-être animal, élevé sur paille, sans antibiotiques… – est louable. » Il compte donc sur un dispositif d’étiquetage pour inciter les consommateurs à se tourner vers ce type de production.
Les ministres de l’Agriculture des Vingt-sept auront l’occasion d’approfondir ces questions le 8 juin, et surtout dans les prochains mois.
(1) Voir n° 3743 du 25/05/2020
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(2) https://ec.europa.eu/info/law/better-regulation/have-your-say/initiatives/12413-Sustainable-use-of-pesticides-revision-of-the-EU-rules
(3) Voir n° 3744 du 01/06/2020
Une feuille de route pour la révision de la directive sur l’utilisation durable des pesticides
La Commission européenne a ouvert le 29 mai et jusqu’au 7 août une consultation publique (2) sur sa feuille de route pour la révision de la législation de l’UE sur l’utilisation durable des pesticides, qu’elle souhaite présenter au premier trimestre de 2022. Selon un bilan de santé de la législation en place, des progrès ont été réalisés ces dernières années. Néanmoins, la Commission estime que la majorité des plans d’action mis en place par les États membres manquent encore d’ambition et « ne définissent pas d’objectifs de haut niveau, basés sur les résultats ». Dans le cadre de ses stratégies « de la ferme à la table » et « biodiversité 2030 », la Commission européenne propose de fixer un objectif de réduction de 50 % de l’utilisation et des risques liés aux pesticides chimiques. La Commission européenne examinera donc dans quelle mesure la directive sur l’utilisation durable des pesticides remplit ses objectifs, à savoir protéger la santé humaine et l’environnement contre les risques et les effets possibles de l’utilisation des pesticides et encourager le recours à la lutte intégrée contre les ravageurs, ainsi qu’à des approches alternatives à l’utilisation des produits chimiques.
Les Européens prêts à changer leurs habitudes alimentaires pour l’environnement
La majorité des consommateurs européens sont enclins à s’orienter vers une alimentation plus durable, mais ils se heurtent à des obstacles, dont le prix, selon les résultats d’une enquête publiés le 3 juin par le Bureau européen des unions de consommateurs (Beuc). Plus de la moitié des personnes interrogées assurent que la protection de l’environnement a une influence sur leurs habitudes alimentaires (« en partie » pour 42,6 %, ou « beaucoup » pour 16,6 %), selon cette étude réalisée dans 11 pays de l’UE auprès d’un échantillon d’environ 1 000 personnes à chaque fois. Mais, pour la plupart, le principal obstacle au changement est le prix, ainsi que « le manque de connaissances, l’information peu claire et des choix restreints ». Plus de 63 % des sondés ne sont pas d’accord avec l’affirmation selon laquelle ce qu’ils mangent a un impact négatif sur l’environnement. Et moins de la moitié (48 %) pense que les habitudes alimentaires ont au moins un impact aussi important que l’utilisation de la voiture. Or, selon la Commission européenne, rappelle le rapport du Beuc, « la consommation alimentaire est en fait la principale source d’effets négatifs sur l’environnement générés par les ménages européens, suivie du logement (surtout le chauffage) et la mobilité (surtout l’usage du véhicule privé) ». Un peu plus de 40 % des consommateurs déclarent avoir arrêté (6,2 %) ou diminué (35,4 %) leur consommation de viande rouge pour des raisons environnementales. Pour remplacer les protéines animales, ils sont peu attirés par les insectes ou la viande de laboratoire. Ils préfèrent les « burgers » végétaux ou les légumineuses.