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Les nouveaux acteurs du chanvre se rapprochent des historiques

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Jusqu'ici circonspects, les opérateurs historiques du chanvre (Interchanvre), qui ont construit la filière autour de la fibre, de la chènevotte et de la graine, ont tenu une première journée de presse commune avec les nouveaux entrants du SPC, qui visent le vaste marché des produits à base de fleur de chanvre.

Pour la première fois dans la filière chanvre, les historiques et les nouveaux entrants ont parlé d'une voix commune. Une journée conjointe a été organisée pour la presse en Seine-et-Marne par les nouveaux opérateurs qui visent le marché des produits cosmétiques et agroalimentaires extraits des fleurs de chanvre. Ces entreprises, au premier rang desquelles la start-up francilienne Rainbow étaient venues exprimer leur volonté de partenariat avec la filière historique française, basée sur la fibre, la chènevotte et la graine.

Elles ont surtout rappelé, en présence du président de l’interprofession Inter Chanvre Franck Barbier et du député Ludovic Mendès (LREM, Moselle), qu'elles attendent le feu vert du ministère de la Santé pour la récolte de la fleur de chanvre, aujourd'hui prohibée en France. L'autorisation est attendue pour l'été, mais le député de la Moselle a indiqué que cette bataille réglementaire n'était pas gagnée d'avance. Lors d'une audition, début juillet, le cabinet du ministre de l'Agriculture avait rappelé que c'est l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) qui est compétente sur l’ensemble des décisions concernant l’expérimentation sur l’utilisation de la fleur du chanvre.

L'urgence face à l'essor américain

D'autres pays ont déjà avancé sur le sujet, qui pourraient ainsi consolider leurs filières chanvre. Aux Etats-Unis, l’interdiction de la transformation de la fleur ne subsiste que dans quatre États, a souligné Ludovic Rachou, co-fondateur de Rainbow. La stratégie américaine serait d’approvisionner le marché des produits relaxants à base de chanvre, qui explose outre-Atlantique, et de mettre fin à la dépendance commerciale étatsunienne vis-à-vis de la Chine, selon le Syndicat professionnel du chanvre (SPC), dont Ludovic Rachou est un des dirigeants.

« La production de chanvre augmente fortement aux États-Unis », devant l’essor du marché, d’après le SPC, porte-voix des nouveaux acteurs du marché. La volonté, chez les farmers, de valoriser les autres composantes que la fleur, laisse penser que les États-Unis ne tarderont pas à devenir compétitifs, estime Ludovic Rachou. À côté de la transformation de la fleur, ils s’apprêteraient à construire des usines de défibrage. La concurrence pourrait déferler en Europe, craint le SPC. D’où son empressement à communiquer de façon conjointe avec Inter Chanvre.

Nouveaux entrants cherchent partenariats

Pour faire face à cette future concurrence, le SPC prône la construction de partenariats entre industriels et startupeurs. La France est certes un leader mondial, mais « la culture du chanvre n’est pas encore assez rentable pour les agriculteurs. Une plus grande rentabilité passerait par des partenariats », entre les entreprises des nouveaux produits de bien-être et celles de la filière classique, a exposé le dirigeant du SPC. « Nos activités sont “ fabless  ”, c’est-à-dire sans usines », a fait remarquer Gaétan Laederich, co-fondateur de Rainbow. Rainbow compte parmi ses financeurs Michel et Augustin, qui a prospéré sur ce modèle « sans usines ».

Rainbow lance depuis une dizaine de jours Yara, une marque de produits relaxants à base de fleur de chanvre, a annoncé Gaétan Laederich. Mais les dérivés du chanvre qui servent à la fabrication de ces produits à fort taux de croissance sont produits aux États-Unis, a-t-il regretté. Le CBD, molécule non psychotrope, entre dans la composition de produits anti-stress, de boissons, d’ingrédients alimentaires et de liquide pour cigarettes électroniques.

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Complémentarités à construire

L’émergence possible d’une industrie en France autour de la fleur pourrait se faire autour du textile, sur la base d’une récolte de la fleur et de la paille à un stade précoce. Lors de la visite d’un champ de chanvre, Romaric Lemoine, agriculteur à Crécy-la-Chapelle, a évoqué cette possibilité alléchante pour son revenu : on récolterait la plante, au moment de la floraison, à la fois pour la fleur et le textile, car la fibre, plus fine à cette étape de la végétation, correspond aussi à l’optimum recherché par l’industrie textile.

La filière du chanvre textile, autrefois florissante en France, est devenue inexistante. L’idéal serait donc de pouvoir récolter le chanvre au moment de sa floraison, début juillet, pour son CBD et pour sa fibre en la destinant à l’industrie textile. Justement, une entreprise textile, les Tissages de Charlieux, située près de Roanne, est intéressée par la réhabilitation du chanvre en tant que textile et cache difficilement son enthousiasme à passer des partenariats. Elle projette un investissement dans une nouvelle machine de confection et prépare un partenariat avec une grande enseigne pour la distribution de sacs en chanvre qu’elle aura tissés.

La voie du bâtiment et de l'isolation

La filière chanvre classique, elle, dispose d’outils industriels construits au cours de décennies d’investissements et de recherche-développement, entre autres dans l’élaboration de matériaux composites, a rappelé quant à lui Franck Barbier, élu en juin président de l’interprofession Inter Chanvre et président de la chanvrière Planète chanvre, située près de Crécy-la-Chapelle.

Cette chanvrière, fondée en 2011, a peu à peu élaboré, avec le monde du bâtiment francilien, une filière de matériaux de construction en chènevotte, ce sous-produit de la paille de chanvre une fois la fibre extraite. Elle va maintenant construire une unité de fabrication de murs préfabriqués en béton de chanvre.

« La production de chanvre augmente fortement aux États-Unis »

Les Tissages de Charlieux intéressés par le chanvre textile