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Communication Les politiques tracent leur sillon au Salon de l’agriculture

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A 14 mois des élections présidentielles, le Salon de l’agriculture a été le rendez-vous incontournable du monde politique. La plus grande ferme de France a vu se succéder tous les candidats potentiels ou plus improbables à l’investiture suprême sans oublier les ministres du gouvernement venus sentir le terrain agricole dans cette formidable caisse de résonance médiatique. Dominique de Villepin, a même annoncé son départ de l’UMP la veille de son passage au salon, histoire d’aiguiser la curiosité des journalistes qui ont répondu présent. Le salon fait partie intégrante du plan média des politiques.

Les visites des politiques au Salon de l’agriculture se suivent et se ressemblent. Les interlocuteurs qui accueillent ces visiteurs de marque sur leur stand tentent de leur faire passer des messages. S’ils trouvent le plus souvent une oreille attentive à leurs revendications, difficile de dire si ces conversations porteront leur fruit. « On est là pour ça même s’il est impossible de savoir si notre discours porte ou pas », s’amusait le président de la MSA, Gérard Pelhate qui patiemment reprenait son argumentaire à chaque visite d’un politique sur son stand.
Les politiques de tout bord en immersion agricole ont un point commun. S’ils ont des liens avec le monde paysan, il le font immédiatement savoir. Sorte de « sésame » permettant d’obtenir son ticket d’entrée dans le sérail des personnalités proches du monde agricole.

Racines
Martine Aubry, la patronne du PS a ainsi rappelé ses racines paysannes. « Comme beaucoup de Français, mes grands-parents des deux côtés étaient d’une famille de paysans, c’est quelque chose que j’ai au fond de moi », a-t-elle fait valoir. Hervé Morin, l’ancien ministre de la défense de Nicolas Sarkozy, a expliqué que, dans sa précédente de vie de fonctionnaire à l’Assemblée nationale, il s’occupait des questions agricoles ! Quant à Dominique de Villepin, se plaçant comme héritier... agricole de l’ancien président de la République, véritable star du salon (Cf encadré), il a fait du Chirac, semblant vouloir gagner le concours de la plus longue visite. Particulièrement à l’aise, il n’a pas boudé son plaisir. « En tant que gaulliste, je crois à une certaine idée de la France », a déclaré Dominique de Villepin, prononçant aussi le mot de « valeurs », à son arrivée au hall de l’élevage. Une réponse aux journalistes sur son positionnement par rapport à l’UMP, mais également opportune dans ce lieu symbolisant la tradition des terroirs français. Montrer son attachement aux valeurs paysannes ne peut qu’être bénéfique en termes d’électorat dans un pays attaché à son agriculture.
Le président de la République en exercice, Nicolas Sarkozy n’a d’ailleurs pas réitéré ce qui était apparu, l’an passé, comme un manque de considération et d’intérêt pour la chose agricole. En 2010, il s’était fait désiré et avait visité le salon le dernier week-end. Grave erreur. Cette année, il a répondu présent le jour de l’ouverture. Difficile de pratiquer la rupture dans ce monde de tradition, ancré à droite (cf N. Sarkozy n’estime « pas anormal que les prix à la consommation augmentent »)..

Empathie
Autant dire que pour les politiques de gauche, l’exercice de la visite du salon de l’Agriculture est plus risqué. On se souvient de Ségolène Royale alors candidate à la présidentielle de 2007, qui avait « agressé » Jean-Michel Lemétayer, l’ancien président de la FNSEA devant les caméras, l’accusant de ne rien faire pour les agriculteurs. Ce dernier avait peu apprécié d’autant qu’habituellement les rencontres sous l’œil des caméras sont cordiales. Il s’agit de ménager la chèvre et le chou. Les politiques en visite font preuve d’empathie pour le monde paysan. Et les responsables professionnels, à quelques mois d’échéances politiques majeures souhaitent tisser des liens qui leur seront peut-être utiles par la suite. Voilà pour la forme. Autant dire que sur le fond, les problématiques agricoles du moment ne sont qu’effleurées.
La patronne des socialistes Martine Aubry, en compagnie de Germinal Peiro, secrétaire national en charge de l’agriculture a fait une visite très complète du salon, souriante, attentive, se prêtant au jeu des photos des visiteurs. Elle a passé du temps au hall de l’élevage puis s’est arrêté notamment à la FNSEA, aux chambres d’agriculture, sans oublier la MSA, l’agriculture biologique ni la Confédération paysanne. Interpellée par Philippe Collin, porte-parole de la Confédération paysanne, sur l’« hécatombe paysanne », elle a déclaré qu’il va falloir « reconstruire ». « Il y a des solutions », a-t-elle ajouté. « On a des propositions » sur l’agriculture, a-t-elle expliqué, citant « la relocalisation des productions » et les circuits courts. Il faut « accompagner les agriculteurs » qui demandent simplement « que leur travail soit rémunéré à leur juste valeur ». Rappelant le chiffre de « 400 suicides en un an », elle a déploré « qu’on abandonne aujourd’hui les agriculteurs alors que tout le monde en a besoin ». Dominique de Villepin, lui n’a pas fait d’arrêt à la Confédération paysanne malgré la tentative de Philippe Collin, de lui faire modifier son parcours. Martine Aubry aura passé près de trois heures au Salon de l’agriculture plaidant pour une « agriculture de proximité » et de « qualité » avec une « juste » rémunération des paysans.

Proximité
Quant à Hervé Morin, à peine entré dans le hall 1 du salon, il a participé à une table ronde sur les circuits alimentaires de proximité au milieu des vaches sur le stand de l’OS (organisme de sélection parthenaise). Prenant sa casquette de maire et de député de l’Eure, il a parlé de son expérience terrain et de sa tentative de monter des circuits courts pour approvisionner une cantine scolaire. Plaidant pour un « rapport équilibré dans les filières agroalimentaires » qui implique des producteurs organisés face à la grande distribution, il a quitté la table ronde pour « retrouver ses copains » sur les stands du salon. Tous les politiques en visite au Salon de l’agriculture ne peuvent se prévaloir de ce genre d’amitié. Au grand désespoir de certains candidats. Car le vote agricole et rural qui a cruellement fait défaut à l’UMP lors des dernières élections régionales a encore du poids.

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