Abonné

Production avicole Les producteurs d’œufs préparent le terrain pour de nouvelles négociations tarifaires

- - 5 min

Les producteurs d’œufs revendiquent une hausse de prix par la grande distribution de 0,0162€/œuf. Dans une conférence de presse, le 21 juillet, l’Association des producteurs d’œufs du Sud-Est (Apose), l’Union des groupements de producteurs de viande de Bretagne (UGPVB) et le Comité national pour la promotion de l’œuf (CNPO) ont fait part des difficultés financières rencontrées par les éleveurs entre la mise aux normes bien-être et la flambée des coûts d’aliment pour volaille. Pour autant ce ne sont pas les producteurs qui négocient directement avec la distribution mais les conditionneurs, absents lors de l’intervention.

«Les producteurs d’œufs français demandent maintenant à la grande distribution une augmentation de 0,0162€/œuf pour qu’elle soit l’artisan de leur survie ». Tel est le titre explicite du document fourni par l’Association des producteurs d’œufs du Sud-Est (Apose), l’Union des groupements de producteurs de viande de Bretagne (UGPVB) et le Comité national pour la promotion de l’œuf (CNPO) pour revendiquer une hausse du prix de l’œuf par la grande distribution. Réunis le 21 juillet lors d’une conférence de presse, ils ont parlé au nom des producteurs mais aussi des centres de conditionnement, qui négocient habituellement avec la grande distribution. Pourtant ces derniers étaient absents de la conférence de presse.

Un coup de pression sur les négociations
Si le but de mettre « un coup de pression » sur les négociations tarifaires est évident, les relations entre producteurs et conditionneurs posent question. En septembre, de nouvelles négociations tarifaires avec la grande distribution devraient avoir lieu comme chaque année. Le moment est donc crucial pour faire valoir une hausse des coûts de production en élevage. La mise aux normes bien-être rendue obligatoire avant le 1er janvier 2012 coûte entre 16 et 25€/poule à l’éleveur en fonction d’une simple rénovation des cages ou d’une reconstruction totale du bâtiment. Avec la flambée des céréales depuis l’été 2010, le coût de l’aliment, représentant près de 70% du coût de production, a également explosé. Selon certaines sources, cette conférence de presse aurait pour but de tirer « la première cartouche » dans cette future, voire actuelle, guerre des prix entre conditionneurs et distributeurs.

240 millions d’euros de marge pour la distribution
Les trois organismes ont présenté une étude de la marge réalisée par la grande distribution sur l’ensemble des œufs vendus au consommateur. Le chiffre est élevé : 240 millions d’euros (30% de marge), « lorsque l’ensemble des producteurs d’œufs perd 80 millions d’euros ». Pour autant, Yves Marie Beaudet, président de la section œuf de l’UGPVB, précise que « nous ne sommes pas là pour juger la grande distribution. Qu’elle choisisse de rogner sur ses marges ou qu’elle choisisse d’augmenter son coût au consommateur n’est pas notre souci. Notre souci, c’est qu’elle soit sensibilisée » à cette hausse des coûts de production. Si jamais les conditionneurs arrivaient à obtenir une hausse de prix, ils se trouveraient confrontés aux producteurs qui réclameraient logiquement une partie de cette hausse.

Pas d’indicateurs officiels pour les oeufs
Face à l’accord du 3 mai, permettant une renégociation tarifaire entre conditionneurs et distributeurs lorsque des indicateurs passent au rouge durant plus de trois mois, Francis Damay, président du CNPO répond qu’« entre la volaille et l’œuf, il n’y a pas de différence d’indice ». Dans cet accord, aucune phrase n’indique clairement la publication d’indicateurs pour les œufs à l’inverse de la volaille de chair. « Les autres productions (œufs, lapins) seront étudiées dans le cadre de l’Observatoire de la formation des prix et des marges », est-il écrit dans l’article 3 de l’accord à propos des « produits concernés ». Francis Damay insiste : « La grande distribution n’a pas à prendre ça [cette absence d’indicateur pour les œufs, ndlr] comme principe » afin de refuser toute renégociation tarifaire.

Une moindre production française à court terme
Pour Yves-Marie Beaudet, « nous sommes dans une première démarche qui est d’aider nos centres de conditionnement » dans les négociations avec la grande distribution. « Aujourd’hui, bon nombre de producteurs n’arrivent pas à convaincre leur banquier de leur prêter de l’argent pour les mises aux normes car il n’y a pas de répercussion de la hausse de leurs coûts de production », continue-t-il. Au point que certains éleveurs s’interrogent sur le bien-fondé de la prolongation de leur production. Les mises en place de poule pondeuse ont chuté de plus de 31% au premier trimestre 2011. La mise aux normes oblige à vider certains bâtiments sur les exploitations. « Ce recul des mises en place de poulettes d’un jour, au 1er trimestre 2011, s’est déjà traduit par un repli de la production d’œufs de 4,7% à la mi-août », remarque l’Institut technique de l’aviculture (ITAVI) d’après l’un de ses modèles de prévision. Une moindre production signifierait la porte ouverte aux importations, notamment d’Espagne, un pays moins performant que la France du côté sanitaire mais déjà presque aux normes côté bien-être.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

grande distribution
Suivi
Suivre