La filière française de la volaille investit pour reconquérir la restauration hors domicile, en particulier les sandwichs.
Le 18 février, un grand programme d’investissement de 2,7 milliards d’euros sur cinq ans a été annoncé par l’interprofession française de la volaille (Anvol). Avec le développement de la bio et du label rouge, l’un des objectifs centraux de ces investissements est d’enrayer la hausse des importations de volaille ordinaire dans l’hexagone, notamment au travers de la sandwicherie. Éleveurs et industriels visent une baisse de 10 points de la part des volailles importées, pour passer de 33 % actuellement, à 23 % d’ici 10 ans.
L’une des principales portes d’entrée des volailles étrangères est le marché de la restauration hors domicile (restaurants, sandwicheries, cafétérias…), en fort développement ces dernières années. Selon des chiffres des abattoirs français, collectés par l’Itavi (institut technique) en 2013, la restauration hors domicile s’approvisionnait à hauteur de 87 % en volaille importée, contre 69 % pour l’industrie, et 13 % pour les grandes surfaces. « Notre point faible, c’est le blanc de poulet dans les sandwichs », constate Gilles Huttepain, vice-président d’Anvol. Globalement, la part importée de la consommation française de poulet est passée de 10 à 41 % en 30 ans.
Retard dans les investissements
Pour inverser la tendance, les industriels tablent sur des investissements à tous les maillons : « La France avait pris du retard dans ses investissements, notamment dans l’accouvage, dans les bâtiments d’élevage », a expliqué Gilles Huttepain. Au passage, la directrice d’Anvol a regretté la promesse non tenue d’un renforcement des soutiens publics à l’investissement, annoncée par Emmanuel Macron durant sa campagne. Son « plan d’investissement agricole » s’inscrit finalement dans la lignée des gouvernements précédents.
En France, les grandes surfaces importent peu de volaille fraîche, notamment parce que les volaillers français sont historiquement très tournés vers ce débouché. Et ce serait l’une des sources de leurs déboires en restauration hors domicile, explique l’Itavi. En effet, les grandes surfaces françaises sont demandeuses de poulets légers (2 kg environ), pour que les cuisses et les filets ne soient pas trop gros en barquettes. Une orientation qui pénalise les éleveurs sur les autres marchés, car leur élevage est plus difficile que celui des animaux lourds, proposés par les Belges et les Allemands.
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Des efforts sont en cours depuis quelques années en France, avec le développement de l’élevage d’animaux plus lourds et la spécialisation de sites industriels à cet effet. Les rapprochements de LDC et Avril en 2015, puis de Gastronome et Doux en 2016, devaient y contribuer. Mais jusqu’ici, ils n’ont permis que de « stabiliser » la part des importations, constate Gilles Huttepain.
« Notre point faible, c’est le blanc de poulet dans les sandwichs »
Poulet grand export : regain d’optimisme fin 2018
Si l’export de volaille vers le Moyen-orient est passé d’un quart de la production de poulet française à 13 % en 2017, depuis la fin des restitutions à l’exportation en 2013, le président de la fédération des industriels de la volaille (Fia) Paul Lopez notait toutefois le 18 février un léger mieux sur la fin d’année 2018. « Nous commençons à avoir un regain d’optimisme fin 2018 avec un rebond des exports vers les pays tiers ». Et de préciser : « Depuis l’automne, l’activité se redresse, et cela s’est confirmé sur le début de l’année, mais malheureusement sur un périmètre restreint ». Les derniers chiffres de l’export en provenance du ministère de l’Agriculture (Agreste) datent de novembre et ne laissent pour l’instant pas apparaître ce regain.