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Transformation/Congrès L’essor des transformateurs européens de pomme de terre passe par les pays émergents

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Les transformateurs européens viennent de tenir leur dernier congrès à Bruxelles. Les enjeux actuels sont stratégiques et ils ont décidé de s’organiser en conséquence au sein d’une EUPPA nouvellement créée. L’Europe offre de bonnes perspectives de croissance à des industriels attentifs aux développements des marchés asiatiques, d’Afrique du Sud ou d’Amérique du Sud… à condition toutefois qu’on ne leur impose pas de barrières douanières.

« L’Europe recèle de véritables opportunités d’exportation de produits surgelés à base de pommes de terre ! », soulignait Guy Faulkner, rédacteur en chef de la newsletter hebdomadaire World Potato Markets en intervenant lors du 1er congrès de l’UEPPA (1).
Pour cet éminent spécialiste anglo-saxon du marché des produits transformés à base de pommes de terre, il y a véritablement là « un big business ! ».
Selon lui, les courants d’affaires générés aux quatre coins de la planète par les opérateurs du secteur sont en forte hausse. Et le rédacteur en chef de World Potato Markets de rappeler quelques grands indicateurs à l’occasion de cette réunion des plus grands opérateurs européens (2).
Même si le déclin des exportations canadiennes frappe depuis quelques années les performances du continent nord-américain, les exportations des Etats-Unis sont néanmoins passées de 200 à 929 000T entre 1990 et 2012 tandis que celles des cinq plus grands pays européens (3) passaient de 1,5 à 3,84 MT entre 1999 et 2012.
Les États-Unis sont désormais très présents sur les marchés asiatiques ainsi qu’en Amérique Centrale alors que l’industrie européenne domine les marchés russes, ceux du Moyen-Orient ou d’Afrique du Sud et des Caraïbes. Cette hausse des courants commerciaux est une des conséquences de l’accroissement de la demande mondiale (même si une pause est prévisible en 2013).
Et pour Guy Faulkner, « l’Europe est idéalement positionnée pour répondre à une telle augmentation ». « Car avec l’Amérique du Nord, l’Europe possède les meilleures terres à pommes de terre », relevait également dans son intervention Martin Van de Ven, le président d’Aviko. Les rendements des cinq plus grands pays européens ont en effet atteint les 46T/ha et les 39,2T/ha en Amérique du Nord en 2011… tandis qu’ils atteignaient seulement les 18T/ha en Asie et 14T/ha en Afrique !
Selon Karl Fritz, le responsable de la « Supply Chain » de McDonald’s Europe, l’industrie européenne de la transformation de pommes de terre peut même encore se développer… pour satisfaire notamment l’accroissement du nombre des restaurants européens de McDonald’s.

La conquête des pays émergents

Cette industrie européenne est néanmoins confrontée à de multiples défis. En forte croissance, elle a en effet plus que jamais besoin d’hectares à un moment où « les prix payés aux producteurs ne sont pas forcément en rapport avec les risques pris », soulignait à ce sujet le président d’Aviko. Elle doit en effet faire face à la concurrence d’autres productions agricoles plus attractives tout en ayant en permanence les yeux rivés sur des indicateurs comme la qualité de leurs produits, leurs coûts de production (notamment énergétique) ou la durabilité de leurs pratiques.
Cependant, les industriels européens fondent beaucoup d’espoirs sur l’ouverture des marchés des pays émergents. « En dehors de l’Europe, la consommation y augmente de 8 à 10% par an », expliquait le président d’Aviko, persuadé que « l’Europe semble bien positionnée à moyen terme pour élargir son marché ».
Les exportations pays-tiers deviennent ainsi une nécessité inéluctable pour l’industrie européenne dont les capacités de production deviennent bien supérieures à l’approvisionnement du seul marché européen.
Ces nouveaux courants d’exportation vers les pays émergents se développent souvent en parallèle avec les implantations des mêmes groupes industriels cherchant à répondre à une consommation de produits finis fabriqués au plus près. Ces entreprises s’implantent et développent donc des surfaces agricoles dont les produits finis rentrent en concurrence avec les produits d’importation. Rien qu’en Asie et en Afrique, les surfaces de pommes de terre sont ainsi passées respectivement de 8,65 à 9,54 millions d’hectares (+10,3%) et de 1,63 à 1,88 millions d’hectares (+15,2%) entre 2008 et 2011.

Un travail intense de lobbying

L’exemple du groupe McCain en est l’illustration la plus parfaite. Le groupe canadien, qui développe depuis de nombreuses années ses exportations vers l’Afrique du Sud à partir de ses usines d’Europe de l’Ouest, y est implanté depuis l’an 2000. Il a signé des accords avec Irvin & Johnson, un opérateur important du secteur de la pêche qui possédait également une activité « légumes surgelés ». C’est à partir du rachat de deux unités industrielles de la division « surgelés » en juillet 2000 que Mc Cain a commencé à développer sa production de frites surgelées dans le pays. Mais l’Afrique du Sud, comme d’autres pays comme le Brésil, cherchent actuellement à protéger son marché en mettant en place des barrières douanières. Nouvellement organisée au sein de l’EUPPA, l’industrie européenne cherche aussi à se protéger contre les campagnes médiatiques qui pourraient nuire à ses intérêts. Dès sa création, elle a dû se défendre conte les attaques menées contre le CIPC en créant son premier groupe technique (poudre permettant la conservation des tubercules). Aujourd’hui, elle demeure extrêmement vigilante sur les campagnes qui pourraient se développer sur l’acrylamide ou les acides gras trans. McDonald’s, principalement visé, s’attache de son côté à mettre en exergue la bonne qualité de ses produits. « Nous veillons à l’aspect visuel, la température et le goût de nos frites », expliquait Karl Fritz, très à cheval sur la politique de développement durable de ses fournisseurs européens. Et ce n’était d’ailleurs pas un hasard si deux de ses fournisseurs européens les plus importants (LambWeston Meijer et McCain) développèrent lors de ce 1er congrès bruxellois leurs stratégies dans le domaine.

(1) European Potato Processors’ Association (Association Européenne des transformateurs de pomme de terre)
(2) Parmi eux, les allemands Agrarfrost et Intersnack, les hollandais Farm frites et LambWeston-Meijer, les belges Agristo, Lutosa, Pomuni et Mydibel ainsi que McCain, Kellog’s et celle du géant McDonald’s.
(3) Allemagne, Pays-Bas, France, Belgique et Royaume-Uni