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Loïc Prud’homme, député LFI LFI veut revenir « à un rôle régulateur de l’État »

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Pour La France Insoumise (LFI), le député de Gironde Loïc Prud’homme a détaillé pour Agra Presse le programme agricole du candidat à l’élection présidentielle Jean-Luc Mélenchon. Il défend le retour « à un rôle régulateur de l’État », notamment par la fixation de « prix planchers », quitte à « désobéir à des directives européennes ». La candidature LFI veut promouvoir « une agriculture écologique et paysanne » au travers de la Pac, notamment par une division par deux de l’enveloppe dédiée aux « aides à l’hectare », et un triplement des budgets des MAEC. Jean-Luc Mélenchon promet par ailleurs d’interdire le glyphosate et les néonicotinoïdes dès son élection. Du côté de la demande, LFI veut mettre en place une « garantie d’accès à une alimentation choisie », en distribuant à des « publics prioritaires » une dotation de 100 à 150 euros utilisable dans « des circuits de distribution labellisés ».

Vous présentez, lundi 24 janvier, votre plan alimentation dont la mesure phare est la mise en place d’une « sécurité sociale de l’alimentation ». Quelle forme prendra-t-elle ?

On promeut une garantie d’accès à une alimentation choisie. C’est une première marche vers une sécurité sociale de l’alimentation. Aujourd’hui, contrairement au contexte dans lequel a été créée la sécurité sociale, nous n’avons pas tout l’écosystème qui permet l’accès à une alimentation locale, de qualité, sans pesticides et moins transformée. Nous nous appuierons sur des expérimentations locales et notamment les PAT (projets alimentaires territoriaux) pour le créer, avec autour de la table les agriculteurs, les consommateurs, les services de l’Etat et de la santé. En particulier les ARS (agences régionales de santé), aujourd’hui oubliées.

Donner 100 à 150 euros à dépenser dans des circuits de distribution labellisés permettrait de développer ces filières locales. Dans un premier temps, il faudra déterminer les publics prioritaires pour en bénéficier, mais nous aurions intérêt à élargir le dispositif à tout le monde. Plus largement, dès le lendemain de l’élection, nous bloquerons les prix des produits de première nécessité et nous engagerons une réforme générale de notre modèle agricole sous l’égide d’un grand ministère de la production alimentaire.

Vous voulez instaurer des prix planchers définis sur la base de coefficients multiplicateurs pour sécuriser les revenus des producteurs. C’est une question qui est souvent discutée mais qui apparaît complexe à mettre en œuvre au regard de la réglementation actuelle.

Ceux qui n’en veulent pas – tout en prétendant protéger les revenus des paysans – trouvent mille arguments pour dire que ce n’est pas possible. Mais nous voulons revenir à un rôle régulateur de l’État et nous mettrons en œuvre notre programme même s’il faut désobéir à des directives européennes. Nous baserons les prix planchers, au-dessous desquels il sera interdit de vendre, sur les coûts de production et sur les discussions que nous aurons avec les organisations professionnelles.

Dans un marché très internationalisé comme celui du blé, les acheteurs pourraient se détourner du blé français…

Si de grands céréaliers veulent se frotter à des marchés internationaux avec des cours fluctuants ce sera à leurs risques et périls. Mais, sur le marché national, ils auront la garantie d’un prix plancher. Nous mettrons en place un protectionnisme. L’agriculture que l’on dessine n’est plus celle des marchés et de la libre circulation. Nous mettrons des barrières à l’entrée pour les produits dont les conditions de production n’auraient rien à voir avec nos exigences sociales et environnementales.

En augmentant les prix, les éleveurs pourraient être incités à augmenter les volumes et à exporter davantage, éventuellement à bas prix. Ne craignez-vous pas que cela crée un problème de régulation des volumes ?

Je ne pense pas qu’il y ait un lien direct entre les prix planchers et les volumes de production. Si on paye les agriculteurs à un prix correct, cela leur permet aussi de trouver des débouchés locaux pour valoriser leurs produits. Aujourd’hui, notamment dans le lait, ce sont de grandes exploitations qui sortent beaucoup de volumes et nous allons réguler la taille des exploitations.

Quelle réforme de la Pac souhaitez-vous mettre en œuvre et à quelle échéance ?

Nous réviserons immédiatement le plan stratégique national (PSN). Nous privilégierons les paiements à l’actif plutôt que l’aide à l’hectare dont nous diviserons l’enveloppe par deux pour la rebasculer sur l’aide à l’actif qui sera doublée. Les éco-régimes pour la bio seront également multipliés par deux. Nous mettrons l’accent sur l’aide à la conversion : le budget de l’aide aux jeunes agriculteurs (DJA) sera multiplié par trois. De plus, l’âge de l’agriculteur ne sera plus un critère, la dotation sera ouverte aux jeunes et aux néoagriculteurs. Sur les mesures agro-environnementales et climatiques, on passera de 260 millions à 750 millions d’euros.

Vous voulez sortir du glyphosate et des néonicotinoïdes dès le printemps. Donc a priori, sans en passer par le niveau européen. Quelles compensations ou protections pour les agriculteurs ?

Nous appliquerons la jurisprudence diméthoate sur les cerises. Si nous interdisons, nous ferons en sorte que les produits qui ont été traités ne puissent pas rentrer sur le marché. On ne peut pas prendre ce type de mesures si on laisse notre agriculture ouverte à tous vents, qu’il s’agisse de dumping environnemental ou social. Sur la betterave, notre marché est très excédentaire. Il y a aussi une question de réorientation de la filière. Et les pertes de rendements, quand elles existent dans des années exceptionnelles, ne sont pas de l’ordre de grandeur qui nous avait été présenté pour réintroduire les néonicotinoïdes. D’autre part, les produits sont pressurés par la filière et un marché dérégulé. Il faudra regarder comment l’État peut intervenir dans les relations entre les coopératives et les producteurs. Il faut une redistribution de la valeur ajoutée.

Le cas du glyphosate me semble plus facile. Il n’y a plus de filière dans laquelle on ne sait pas s’en passer. Il y aura de l’accompagnement. C’est pour cela que nous mettons en place des aides au maintien et à l’agriculture bio.

Pour le bio, vous voulez mettre en place une « caisse de dette » pour les agriculteurs qui se convertissent. Comment cela fonctionne-t-il ?

L’idée est de défaire les agriculteurs de leurs dettes pour les aider à faire une bifurcation [vers la bio, ndlr]. Nous sommes en train de regarder par quel mécanisme nous pouvons le faire. L’endettement moyen des agriculteurs est 200 000 euros et nous évaluons le montant total de la dette à 80 milliards d’euros. Lorsqu’un agriculteur dépose le bilan, les banques pourraient en assumer une partie et l’État, avec une caisse de défaisance, pourrait assumer le reste.

Quel est votre regard sur la gestion des aides Pac par les régions ?

Donner beaucoup de prérogatives aux régions, ce n’est pas notre tasse de thé. Nous sommes attachés au triptyque commun – département – État. Mais dans un premier temps, nous allons d’abord faire la VIe République, et nous garderons les prérogatives actuelles des régions. Il faut faire les choses par étapes.

Vous n’abordez pas la question des bassines. Quel est votre programme à ce sujet ?

Nous avons une opposition farouche aux bassines. Elles ne sont pas à la hauteur des défis, ne permettent pas ce qu’elles prétendent : stocker l’eau en hiver pour l’utiliser en été. Cela prélève davantage, tout au long du cycle de l’eau, et ça n’est pas efficace pour modifier les comportements, et réorienter les pratiques.

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Nous sommes plutôt favorables à la création d’un fonds de 250 millions d’euros par an pour la création de paiements environnementaux affectés à des mesures larges destinées à ralentir la vitesse de l’eau pour permettre son stockage dans les nappes, rediriger les exploitations vers un modèle agroécologique.

Nous mettons en place un moratoire sur les bassines. Nous sommes plus ouverts sur la question des retenues multi-usages discutées dans le cadre d’un PTGE, pour servir le maintien d’étiage, des questions écologiques et ponctuellement à des usages agricoles, avec des engagements à modifier les pratiques.

Difficile de passer outre les PTGE aujourd’hui…

Sauf que toutes les bassines des Deux-Sèvres et de Charente sont passées à côté. Elles ont fait un pseudo-PTGE qui ne remplissait pas toutes les conditions, ce que j’ai pointé durant ma dernière mission d’information sur les conflits d’usage. Certains préfets sont juges et partie et ne jouent pas le jeu de la concertation plus large que le monde agricole. Il faut faire respecter le cadre actuel, et sûrement le resserrer.

Pour diminuer l’empreinte carbone de l’agriculture, vous êtes favorables aux plats végétariens, donc à une diminution de l’élevage. Et en même temps vous annoncez la création de 300 000 emplois, comment est-ce possible ?

En sortant des engrais de synthèse, de la chimie, nous aurons une agriculture plus intensive en main-d’œuvre, mais aussi plus rémunératrice, par la conversion en bio notamment. Cela créera de l’emploi et du revenu. Mais la diminution du cheptel n’induit pas que ces emplois vont disparaître. Le nombre d’emplois diminue déjà alors qu’on a augmenté la production de protéine carnée. On ne peut pas faire de lien mathématique entre le type de production et l’emploi.

L’élevage est à l’hectare l’activité la plus pourvoyeuse d’emploi…

Parce que le reste de l’agriculture est dans le grand n’importe quoi. En pleine Beauce, un équivalent temps plein peut faire jusqu’à 300 hectares. Si on réoriente les aides vers l’actif, cela va freiner la dynamique et réorienter l’agriculture vers des activités plus intensives en main-d’œuvre, sur de plus petites surfaces.

Vous voulez par ailleurs augmenter le Smic. Comment concilier cela avec le maintien des productions comme l’arboriculture ou la viticulture, très concurrencées par la main-d’œuvre bon marché espagnole ?

C’est la question du protectionnisme social. Comment faire en sorte que les arboriculteurs paient leurs ouvriers avec un Smic à 1 400 euros ? Dans un marché libéralisé, ça ne fonctionne pas. Nous disons que si les denrées ne sont pas produites à des conditions sociales équivalentes, soit vous payez la différence à l’entrée sur le territoire, soit vous ne rentrez pas.

Vous prévoyez une réforme agraire. Que contient-elle ?

Nous allons transformer les Safer en établissements publics fonciers ruraux. Nous révisons la gouvernance, avec davantage d’associations environnementales et de consommateurs. Nous augmentons leur capacité de stockage du foncier, en augmentant les taxes locales. Nous révisons également la gouvernance des CDpenaf.

Vous êtes opposés aux OGM. Quelle est la position sur les NBT ?

Nous y sommes également opposés. On voit bien venir le gouvernement qui veut nous dire que ce ne sont pas des OGM, qu’ils sont fabriqués comme si la nature les avait faits. Non, les NBT sont des organismes modifiés, avec des processus de mutagenèse différents, mais qui existent. Et surtout on ne peut pas anticiper les dégâts que cela peut faire sur l’environnement, et laisser ça à tous vents. Nous sommes favorables aux mêmes restrictions que pour les OGM, et à l’étiquetage de ces produits, car la population n’en veut pas.

Sur la santé humaine, aucun lien n’a jamais été établi. Pourquoi ne pas vous opposer uniquement aux OGM/NBT résistants aux pesticides ?

Quand vous voyez les épidémies de maladies chroniques et les résidus de pesticides, n’est-ce pas lié à l’utilisation des OGM round-up résistants ? Il y a un lien. Les OGM n’ont pas d’autre bénéfice que de baisser le nombre d’actifs, au mépris de l’environnement. Le glyphosate pollue nos nappes d’eau.

Par ailleurs, on nous vend le riz doré qui devait sauver des populations, ça n’est pas arrivé. C’est pour nous faire avaler l’essentiel du marché de ces produits, qui est celui des variétés rendues tolérantes aux herbicides. Il ne faut pas se raconter d’histoire.

« 100 à 150 euros à dépenser dans des circuits de distribution labellisés »

« Nous réviserons immédiatement le plan stratégique national (PSN) »

« L’âge de l’agriculteur ne sera plus un critère »

« Nous mettrons en place un protectionnisme »

« Nous avons une opposition farouche aux bassines »