L’Institut national des appellations d’origine (Inao) a présenté le 4 mai un projet de réforme qui prévoit la réécriture des 467 décrets d’appellations viticoles. Les vignerons vont devoir redéfinir avec précision leurs engagements, de la vigne au vin. De leur niveau d’exigence devrait découler un classement en AOC ou AOC d’excellence, l’AOCE. Une nouvelle segmentation qui devra être intégrée par le consommateur, déjà perdu devant la complexité des vins français.
Les décrets d’appellation qui définissent les conditions de production, n’ont pas tous été élaborés avec l’exigence voulue. Depuis 1935, date de création des AOC, des décrets peu contraignants ont été rédigés pendant les années d’euphorie. Ce qui explique, en partie du moins, des écarts de niveau entre AOC. L’INAO veut remettre à plat l’ensemble des décrets par une nouvelle écriture des textes mais cette fois à partir d’une série d’engagements à toutes les étapes de la production, prenant en compte les traditionnels aires de production, cépages et rendements mais également les pratiques environnementales, les ajouts dans la cuve, les modes d’agréments, l’étiquetage et dernier point, les poursuites en cas de non respect du décret.
« Quand on a l’honneur de faire soi-même sa règle, on a l’obligation de la respecter», estime René Renou, président du Comité vin et eaux-de-vie de l’Institut national des appellations d’origine, à l’origine de ce projet de réforme. Et comme parfois l’obligation ne suffit pas, l’INAO préconise de réinstaurer les brigades indépendantes de contrôles qui existaient jadis.
AOC et AOCE : des choix de production différents
« Aujourd’hui, on observe deux logiques de production des AOC : une logique moderne qui s’inspire des vins du Nouveau Monde (vin de cépage, boisement par copeaux...) et une autre qui se recentre sur le lien au terroir, le savoir-faire, la tradition. Or, l’INAO met tous les AOC sur le même pallier. Ce n’est pas satisfaisant», explique René Renou.
Redéfinir les critères de production entrainera le classement en deux types d’AOC, parie René Renou, s’appuyant sur son expérience. Une AOC de base qui gardera son nom et une AOC d’excellence, appelée AOCE. Les producteurs situés dans l’aire d’une AOC, produisant selon les règles des AOCE, pourront prétendre à une homologation annuelle en «Site et terroir d’excellence».
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Ce dispositif n’est pas inédit. Il s’inspire de modèles qui ont fait leur preuve, l’un italien avec une «Dénomination d’origine contrôlée et garantie» et l’autre espagnol avec une «Appellation d’origine qualifiée», toutes deux supérieures aux appellations de base. L’Espagne a également mis en place en 2003 une distinction pour les vins de domaines, l’équivalent de «Site et terroir d’excellence».
Début des réécritures en 2005
Si le projet n’est pas encore approuvé, il a été présenté le 29 avril aux professionnels sans créer d’opposition frontale mais des demandes de modifications, a précisé René Renou. Il fait à présent son chemin pour aboutir à un projet définitif fin 2004 et un début des réécritures en 2005. Quatre groupes de travail cherchent à définir dès maintenant la délimitation entre vin de pays et AOC réformées, les conditions à remplir pour prétendre à la mention AOCE, les moyens d’exercer les contrôles et l’éventuelle réforme des eaux-de-vie.
L’INAO espère sortir rapidement de la crise vers le haut en faisant des émules de l’AOCE. Sa réforme lui évite de trancher dans le vif en retirant l’AOC aux vins qui n’en sont pas dignes. Mais elle est d’abord pensée pour remettre de l’ordre dans la classe des 80 000 producteurs d’AOC. Elle a le défaut d’ajouter de nouvelles segmentations et donc de la complexité au classement des vins français. Au risque d’égarer un peu plus les consommateurs, déjà attirés par les étiquettes simplifiées des vins étrangers.