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Focus L’inflation alimentaire hante l’Iran

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L’élection d’Hassan Rohani à la présidence de l’Iran pourrait améliorer l’accès des citoyens à l’alimentation, en permettant d’assouplir les sanctions internationales, alors que la récolte de blé du pays s’annonce très bonne.

L’élection à la fonction de président de la République islamique d’Iran d’Hassan Rohani, le 14 juin dernier, pourrait changer le quotidien des Iraniens en matière d’alimentation. « En décembre 2012, les prix alimentaires étaient 50% plus élevés qu’en décembre 2011 », explique Thierry Coville, spécialiste de l’Iran à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). En été 2012, le prix du poulet a plus que triplé, ce qui a provoqué des manifestations de mécontentement. « Depuis longtemps le gouvernement essaye d’assurer les prix à un certain niveau pour les agriculteurs et subventionne également les produits alimentaires. Le gouvernement a commencé à les supprimer, ce qui a participé à l’augmentation des prix alimentaires », développé Thierry Coville. Mais ce sont surtout les sanctions économiques de la communauté internationale envers l’Iran pour son programme nucléaire, qui ne concernent pourtant pas l’alimentation, qui ont participé à la hausse du prix des denrées en provoquant une inflation. Et c’est là que la nouvelle politique iranienne peut faire évoluer les choses : « La priorité de Rohani est de négocier au niveau international pour obtenir la levée des sanctions et faire baisser l’inflation », analyse le chercheur.
En avril, l’ancien ministre de l’Agriculture, Issa Kalantari, déclarait dans le Financial Times que « selon les chiffres officiels, qui datent d’il y a deux ans, un tiers de la population ne pouvait pas acheter de quoi se nourrir convenablement. Ce chiffre a augmenté depuis ».

L’autosuffisance en blé, une fierté nationale

La question du blé est très importante pour le pays. En 2007, le gouvernement a organisé des cérémonies pour célébrer l’autosuffisance en blé, une première depuis 48 ans. Dans les années 60, les Etats-Unis fournissaient du blé à bas prix au pays, ce qui a anéanti sa production nationale. Depuis la révolution de 1979, plusieurs plans d’augmentation de la culture du blé ont été mis en place, et ont fini par atteindre leur objectif.
« Pour répondre aux coutumes d’hospitalité, les familles achètent plus de pain que leurs besoins, sous forme de galette. Sauf qu’elles racissent rapidement. Elles sont collectées par des ramasseurs, c’est un métier en Iran. Puis elles sont données comme aliment pour le bétail des élevages industriels », raconte Jean-Pierre Digard, directeur de recherche émérite au CNRS. « Le prix du pain est plus bas que ce qu’il devrait être, ce qui encourage une surconsommation de pain. Mais l’Iran ne devrait pas importer de blé vu le potentiel agricole du pays », ajoute Thierry Coville.
Pourtant, Sébastien Poncelet, consultant pour la société de conseil Agritel, a constaté que « l’Iran a fait d’importants achats de blé, notamment allemand, ces dernières semaines en anticipations de troubles post-élection présidentielle comme ce fut déjà le cas lors des dernières élections ». Mais, selon lui, la nouvelle récolte de blé 2013 est très bonne, estimée à 15,50 millions de tonnes, en progression de +10,7 % par rapport à l’an passé. C’est la seconde plus grosse récolte de l’histoire du pays. « Les importations ont été très importantes sur l’année écoulée pour remonter des stocks qui avaient fortement chuté. Mais les achats de l’Iran devraient être divisés par 3 sur la campagne qui débute, les stocks étant a priori reconstitués sur des niveaux records », prévoit-il.

Des opportunités pour les Français

L’assouplissement des sanctions économiques contre l’Iran ouvrirait des opportunités pour les Européens. Le groupe Danone est déjà présent en Iran, via sa filiale Sahar (produits laitiers) et l’eau minérale Damavand. « Les sanctions européennes empêchent de prospecter et notre part de marché s’est effondré depuis 2007. Mais il y a des opportunités énormes pour les entreprises. Dans l’agroalimentaires, ils cherchent des partenaires français », explique Thierry Coville.

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