Face au développement des résistances aux antibiotiques en élevage, l'usage de virus bactériophages, appelée phagothérapie, est une piste qui connaît un regain d'intérêt en Europe de l'ouest, selon l'Inra. L'institut de recherche travaille également sur l'utilisation des « défensines », des molécules du système immunitaire qui pourraient venir en appui de traitements antibiotiques.
« Il y a un regain d'intérêt en Europe pour la phagothérapie », a expliqué Catherine Schouler, chercheuse en microbiologie et spécialiste du sujet à l'Inra de Tours, lors d'une journée consacrée à la recherche en aviculture, le 19 mars. La phagothérapie consiste à utiliser des virus bactériophages, et non des molécules chimiques antibiotiques, pour lutter contre les infections bactériennes. Son histoire « s'est arrêtée en Europe de l'Ouest après 1945 et la découverte des propriétés de la pénicilline », a expliqué la chercheuse. Un projet de recherche financé par l'Union européenne, intitulé Antibiophage, va débuter en 2015 sur cette thématique, plus particulièrement sur les phages de la bactérie E. Coli chez les poulets. Il devrait durer 3 ans et coûter 1,3 million d'euros. Les chercheurs entendent isoler des virus tueurs de bactéries, et étudier leurs comportements. « C'est un système plus dynamique que les antibiotiques. La bactérie peut devenir résistante à un phage, mais celui-ci le peut à son tour. Il y a co-évolution », argumente Catherine Schouler. Ce type de traitement n'a jamais été commercialisé en France et n'en est qu'au stade de la recherche. « Un produit existe en Chine », assure néanmoins la chercheuse.
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L'Inra travaille également à renforcer l'action d'antibiotiques par l'utilisation en complément d'autres molécules. Celles-ci pourraient permettre de lever des résistances contre lesquelles un produit antibiotique est aujourd'hui démuni. L'Inra étudie particulièrement les propriétés des « défensines », des « peptines de l'immunité », de petites molécules naturellement présentes chez de nombreux animaux, explique Catherine Schouler. En 2009, les chercheurs de l'Inra ont isolé trois de ces défensines chez le poulet, à partir de sa moelle osseuse. Ils cherchent actuellement à identifier tous les pathogènes sensibles à ces molécules, explique l'institut de recherche.
Découvert en 2013, le virus de la grippe A H7N9 a déjà fait 230 morts sur 600 cas recensés, essentiellement en Asie, selon les chiffres de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) de mars. Ce virus paraît plus dangereux pour l'homme que le virus H5N1 qui a fait, depuis 2003, 450 morts sur 800 cas recensés, a expliqué Daniel Marc, chercheur à l'Inra de Tours et spécialiste de la grippe, lors d'une journée consacrée à la recherche en aviculture, le 19 mars. Le secret de sa dangerosité, c'est que l'infection ne cause pas la mort des volailles atteintes. Elle est dite « silencieuse », et trompe la vigilance de l'homme « Lorsque l'infection est silencieuse, les gens se contaminent dans les marchés locaux en plein air », explique le chercheur.