Abonné

Transformation L’internationalisation, une priorité pour les coopératives agricoles

- - 6 min

Le contexte économique et sociétal fournit une formidable occasion aux coopératives françaises de rebattre les cartes. Pour s’assurer une croissance durable et rentable, les coopératives doivent se rapprocher des consommateurs en jouant sur quatre leviers principaux : innovation et conquête de nouveaux territoires à l’international, capitalisation sur leurs valeurs, excellence opérationnelle et rapprochement stratégique.

Se développer à l’international, notamment dans les pays émergents, constitue la priorité des priorités des coopératives françaises. Avec celui des alliances et des partenariats, l’internationalisation constitue en effet un enjeu majeur à un moment où les coopératives ont besoin d’aller chercher de la croissance pour se développer. Un constat presque unanime exposé à l’occasion de la 4e journée européenne des coopératives, organisée le 24 septembre par le quotidien Les Echos, en partenariat avec Agra Presse et Agra Alimentation.
Certaines d’entre elles ont déjà sauté le pas depuis longtemps (Maïsadour, Limagrain, Tereos par exemple), d’autres s’y préparent activement, notamment dans le secteur laitier. Et puis, il y a celles qui sont toujours sur la ligne de départ… comme la filière viande…
« Les coopératives agricoles françaises doivent gagner en compétitivité pour accélérer leur développement sur le long terme », analysait Yves Pelle, associé du cabinet Price Waterhouse Coopers (Pwc) dans une nouvelle étude présentée à cette journée européenne. Une étude qui plaide pour que « les coopératives françaises investissent d’urgence les pays émergents ».
Car elles font souvent face à des handicaps (fort ancrage local ou focalisation historique sur leurs marchés français), sont souvent mal préparées, parfois n’ont pas de stratégie claire ou simplement pas la taille suffisante. Quelquefois, se posent même des problèmes de gouvernance au sein de leurs instances. De plus, des filières souffrent des à-coups de la volatilité des matières premières, des évolutions de la réglementation, s’adaptent difficilement aux changements de comportement des consommateurs, affrontent des concurrences de plus en plus vives.
 
L’investissement, un défi à relever
Pour qu’elles puissent se développer, il faudra bien que les coopératives françaises aillent chercher la croissance là où elle est ! « À condition bien sûr, qu’elles en trouvent le cadre et les moyens », nuançait François Moury, DG du pôle agroalimentaire du Crédit agricole. Selon lui, parfois, « le cadre juridique actuel ne leur permet pas d’atteindre cette taille suffisante pour aller à l’international» Trouveront-elles les financements ? Doivent-elles réfléchir à leur entrée en Bourse ? Possèdent-elles les bons outils pour accélérer et prendre les risques ? Ont-elles le management adapté à de tels défis ? Les coopératives investissent-elles suffisamment par rapport à leurs homologues étrangères ?
 
Les coop investissent-elles assez ?
Sur ce plan, Thomas Roeb, professeur en management à l’université de Bonn, interrogé sur les coûts salariaux plus faibles en Allemagne, plaidait pour que l’on dépasse la question sociale. « Aujourd’hui, Tönnies connaît un succès fulgurant dans le porc, alors que Vion, son plus gros challenger, est en train d’imploser !», expliquait l’universitaire. Dans le passé pourtant, Vion avait eu un avantage indéniable sur Tönnies ! Un retournement de situation que Thomas Roeb attribue avant tout au rythme soutenu des investissements de Tönnies sur son concurrent.
« Nous avons un plan d’investissements de 100M€ sur 3 ans avec des challenges industriels importants », rapportait pour sa part Bertrand Totel, directeur adjoint de la branche légumes d’Agrial. Car la coopérative normande envisage désormais sa croissance à l’est de l’Europe. Elle lorgne notamment sur la Turquie. Florette s’ouvre également sur le snacking pour répondre aux nouveaux modes de consommation à l’Ouest (croissance de 25% en France).
 
L’internationalisation ne se décrète pas
Historiquement focalisées sur l’amont des filières, les coopératives doivent désormais répondre aux besoins des consommateurs (nomadisme, recherche de naturalité, de bien-être et de plaisir, tout comme la sensibilité accrue à l’éco-responsabilité) et partir à la conquête de ces nouveaux marchés.
Selon Thierry Blandinières, ancien directeur général de Maïsadour et ancien président de Delpeyrat qui accède à la direction générale d’InVivo, Dominique Ciccone, directeur général de Triskalia, Damien Lacombe président de Sodiaal et Bertrand Totel, la question du statut coopératif ne représente nullement un handicap pour les entreprises qui veulent partir à la conquête des marchés extérieurs.
En tout cas, pour Damien Lacombe, « aller à l’international, c’est aussi une façon de sécuriser son marché ». Selon lui, il s’agit surtout de jouer la carte de la valeur et de l’innovation plutôt que de rester dans le couple dépressif volume-prix.
« C’est aussi une façon de sécuriser un débouché », rajoutait Thierry Blandinières en présentant les différents partenariats qui ont permis à Maïsadour de sécuriser ses débouchés pour ne plus se consacrer qu’aux spécialités haut de gamme (foie gras, jambon de Bayonne et maintenant saumon fumé).
« Après avoir subi la pédagogie de l’échec dans le légume, on s’est associé avec des leaders du légume comme Bonduelle, Ardo et Agrial, ce qui nous a permis de sécuriser les volumes produits par nos producteurs et d’investir dans la gastronomie », expliquait-il en rajoutant : « Pour être fort à l’international, il faut d’abord être fort sur le marché français ».
« L’internationalisation ne se décrète pas », prévenait de son côté le dirigeant de Triskalia qui a mis également en commun « ses activités de sourcing avec Bonduelle pour fournir les marchés de la MDD en France et en Espagne ».
En nouant un partenariat avec Bigard, Triskalia « s’est adossé à une filière porcs et bovins qui lui assure une certaine sérénité », témoignait Dominique Ciccone.
« L’international, c’est compliqué et difficile », reconnaissait Bertrand Totel. Selon lui, il s’agit de bien analyser tous les atouts de l’entreprise avant de se lancer dans l’aventure et « mieux vaut avoir une grande proximité avec son contrôle de gestion ! »

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Innovation
Suivi
Suivre
consommateurs
Suivi
Suivre