Abonné

Loups et pastoralisme, l’impossible dialogue

- - 6 min

Avec le retour des grands carnivores et en particulier du loup partout en Europe ces dernières années, les conflits se multiplient dans les régions d’élevage. Un rapport commandé par la commission de l’agriculture du Parlement européen estime que la coexistence est possible, y compris dans les régions où le loup avait disparu depuis longtemps. Des conclusions critiquées par la plupart des eurodéputés membres de cette commission.

Le professeur John Linnell, de l’Institut norvégien de recherche sur la nature, a présenté le 30 août devant la commission de l’agriculture du Parlement européen (qui lui a commandé ce travail), une étude sur les grands prédateurs dans l’UE. Mais ses conclusions, qui montrent qu’une coexistence est possible moyennant quelques changements de pratiques d’élevage là où les conflits sont les plus importants, ont été reçues tièdement par les eurodéputés. « Les solutions que vous proposez aux agriculteurs ne correspondent pas aux réalités du terrain », a réagi le Français Éric Andrieu (social-démocrate) qui organisait le même jour une conférence-exposition sur le pastoralisme en Occitanie. Et même l’élu vert allemand, Martin Hausling a abondé dans son sens estimant que « le développement des populations de loup et d’ours doit avoir des limites ».

Des mesures onéreuses

Quasiment partout en Europe, le loup fait son retour. Même en Belgique récemment où les ONG veulent faire adopter par la Wallonie un plan de gestion du loup visant à faire respecter le statut d’espèce strictement protégée, à informer les parties prenantes, à mettre en place des mesures de protection pour les éleveurs et à assurer les suivis et le paiement des demandes d’indemnisation des éleveurs en cas d’attaque avérée. Dans son étude, John Linnell évalue qu’en excluant les pays du nord de l’Europe, 92 % des animaux déclarés tués par de grands prédateurs l'ont été par des loups (si les données des pays du nord sont inclues, ce chiffre tombe à 56 % étant donné le très fort impact des gloutons dans cette région sur les troupeaux de rennes en particulier).

Mais il montre aussi que le nombre d’animaux d’élevage tués par loup varie très fortement d’un pays à l’autre. La Norvège et la France présentent un nombre d’ovins tués par loup présent sur le territoire et par an très élevé par rapport aux autres régions avec 30 à 40 ovins tués. « À côté de cela, certains pays avec un nombre très important de loups sur leur territoire n’ont qu’un niveau très faible d’animaux morts (1 à 2 par loup et par an). Même chose pour les ours, la France et la Norvège sont largement en tête.

« Ces différences s’expliquent par les systèmes d’élevage adoptés. Les méthodes “alpines” ont été développées en l’absence du loup », souligne le chercheur. Selon lui, l’installation de clôtures, la présence de bergers et de chiens entraînent une baisse significative des pertes. Mais introduire ces méthodes dans les Alpes ne semble pas possible. Et trouver des bergers supplémentaires, alors que la production ovine est déjà très peu rentable, est quasi impossible, ont indiqué de nombreux parlementaires.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Commission européenne
Suivi
Suivre
pâturage
Suivi
Suivre

Directive Habitats

Un représentant de la Commission européenne, qui participait aux débats, a insisté sur « des mesures qui permettent une coexistence ». « Mais si vous rejetez la notion même de coexistence, nous ne pourrons pas avancer », a-t-il prévenu. « Effectivement il y a des problèmes en zone de montagne. Il faut réfléchir à faire évoluer les pratiques agricoles. Même si dans certains cas, il est vrai, cela peut s’avérer onéreux. Il faudra alors apporter des aides », a voulu rassurer le représentant de l’exécutif. Selon lui, le loup doit être là où il dispose d’un habitat idoine (en forêt, en montagne…) et pourquoi pas en zone rurale. De toute façon, « les États membres peuvent utiliser les flexibilités de la directive Habitats pour contenir les populations de grands carnivores », a-t-il rappelé.

Mais sur le terrain, rien n’est aussi simple. Selon la Fédération française de défense du pastoralisme, au 31 juillet 2018, 5 006 animaux ont été tués, contre 4 820 au 31 juillet 2017 (et environ 11 000 sur l’ensemble de l’année). Cette organisation demande l’abattage de loups supplémentaires, dénonçant un gouvernement français « qui méprise l’élevage de plein air et toute la vie rurale qui en découle ». À l’occasion de la conférence sur le pastoralisme organisée par Éric Andrieu, Michel Meuret, chercheur de l’Institut national de recherche agronomique de Montpellier, a souligné le « cruel paradoxe pour les éleveurs et bergers : entre être encouragés à entretenir par le pâturage des paysages riches en biodiversité et prévenir les incendies, et devoir aussi s’en méfier en raison des attaques de loups. » Le Parlement européen prépare une résolution pour demander un plan européen sur le loup

Tirs de prélèvement autorisés en France

Le 4 septembre, les syndicats agricoles français FNSEA et Jeunes agriculteurs ont salué la décision du préfet coordonnateur du plan loup d’autoriser les tirs de prélèvement dans le département des Alpes de Haute-Provence. Le nouveau plan loup 2018-2023 autorise les tirs de défense simples pour les éleveurs toute l’année et a fixé le plafond national de destructions (via des tirs de prélèvements ou de défense) à une quarantaine de loups. Un plafond que le secteur de l’élevage français voudrait voir relevé.