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Xavier Guiomar, enseignant-chercheur à AgroParisTech Métropoles et agriculture : « De la protection foncière à la réorientation des systèmes »

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Enseignant-chercheur à AgroParisTech et maire de Châlo-Saint-Mars (1 000 habitants, Essonne), Xavier Guiomar est spécialiste des politiques agricoles locales et des territoires agri-urbains. Nées dans les années quatre-vingt-dix, les politiques agricoles des villes évoluent, observe-t-il, pour passer « d’une politique de protection foncière à une politique de réorientation du système de production et de distribution ».

On a l’impression d’une montée en puissance des métropoles dans les politiques agricoles locales. Le confirmez-vous ?

Ce n’est pas un phénomène nouveau. Cela fait déjà vingt-deux ans que le réseau Terres en Villes a été créé (association d’acteurs locaux, ndlr). Dès les années 1990, des communes se sont lancées. Dans un premier temps, les villes se sont concentrées sur le maintien de l’agriculture périurbaine avec des mesures défensives et conservatoires. Puis, les villes se sont aperçues que conserver des terres agricoles ne suffisait pas et qu’il fallait réorienter l’activité agricole. On est passé d’une politique de protection foncière à une politique de réorientation du système de production et de distribution.

Je ne pense pas qu’il y ait une dynamique des métropoles stricto sensu. La dynamique est la même dans de plus petites agglomérations. Cependant les métropoles ont des compétences et des budgets plus importants. Plus un territoire est urbain, plus il a d’argent et moins il a de terres, donc plus il peut mettre de l’argent à l’hectare. Dans le rural, c’est l’inverse : il y a beaucoup d’hectares et peu de moyens.

Comment expliquez-vous la place prise par les villes dans la politique agricole ?

Entre les années 1960 et les années 1990, il y a eu un effondrement du maraîchage périurbain. Les effectifs (de maraîchers, ndlr) ont été divisés par trois ou quatre. Cette production, et plus largement l’agriculture périurbaine, ont été oubliées par la politique agricole commune (PAC). Les villes ont comblé ce trou en agissant sur le foncier et par d’autres moyens : commercialisation, publicité, achats publics….

On voit bien également que tous les cinq ans le plafond des aides de minimis double. On est passé de 3 500 € à 15 000 €. Ça arrange bien Bruxelles que les collectivités locales mettent la main à la poche pour aider certaines filières. Il y a aussi eu un désengagement de l’État. Les effectifs des agents préfectoraux se sont effondrés et les régions n’ont pas toujours pris le relais. De plus, l’expérience de certaines communes a pu montrer l’efficacité des politiques à l’échelle locale, liée à une connaissance fine du terrain.

Le retour en force des questions agricoles dans les politiques des villes se traduit-il par une augmentation des budgets alloués ?

Il faut faire la distinction entre fonctionnement et investissement. Il y a des coûts de fonctionnement, qui s’ajoutent au budget, comme le changement de l’approvisionnement des cantines ou la création d’une régie agricole. À Paris, le choix a été fait de faire peser le surcoût lié à la relocalisation des approvisionnements sur les impôts de tous les habitants et pas seulement sur les parents d’élèves.

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Il y a aussi des investissements avec l’achat de foncier. On est sur des collectivités qui ont de gros budgets et un espace agricole faible. Ces coûts ne se voient quasiment pas, d’autant plus qu’ils sont souvent intégrés dans d’autres enveloppes : développement économique, tourisme, gestion de l’eau…

Peut-on parler d’une prise en main des politiques agricoles par les villes au détriment des institutions professionnelles ?

La grande différence est que les organisations professionnelles comme les chambres d’agriculture, défendent les agriculteurs. En premier lieu, les collectivités agissent, non pas pour les intérêts des agriculteurs, mais pour l’intérêt de l’agriculture et des territoires. À force de défendre les agriculteurs, les chambres n’ont pas toujours défendu l’agriculture, notamment en périurbain. Les intérêts financiers à court terme des agriculteurs ont parfois été privilégiés au détriment des générations futures d’agriculteurs. En Île-de-France, les chambres ont raté le coche des territoires agro-urbains (associations d’agriculteurs, de maires et de représentants associatifs, ndlr). Les élus et les associations se sont aperçus qu’il est plus efficace de travailler directement avec les agriculteurs en leur nom propre.

Les politiques métropolitaines ont-elles un réel effet sur la production agricole environnante ? Contribuent-elles à transformer l’agriculture ou restent-elles marginales ?

Elles gardent une fonction de laboratoire. Les métropoles peuvent prendre des risques. Les jeunes agriculteurs s’y installent hors cadre familial avec une agriculture plus innovante. Les choses se développent d’abord là où il y a le budget et une concentration de consommateurs et d’acteurs associatifs, puis se diffusent. Les attentes urbaines en matière de circuits courts et de produits labellisés boostent la transition de l’agriculture qui est, elle, à l’œuvre partout.

Tous les cinq ans le plafond des aides de minimis double

Plus efficace de travailler directement avec les agriculteurs

Une ville néerlandaise bannit la publicité pour la viande

Haarlem, aux Pays-Bas, veut devenir la première ville au monde à bannir des publicités pour la viande dans l’espace public en raison de son impact climatique, selon une mesure qui doit entrer en vigueur en 2024 d’après les informations de l’AFP. La mesure portée par le parti écologiste GroenLinks avait été adoptée par le conseil municipal de Haarlem fin 2021. Elle était passée inaperçue jusqu’à la semaine dernière, après que les opérateurs publicitaires ont été notifiés de la prochaine interdiction. « Gagner de l’argent en tant que municipalité en louant son espace public à des produits qui accélèrent le réchauffement climatique va à l’encontre de la politique de la ville », a déclaré à l’AFP mercredi Ziggy Klazes, conseillère municipale GroenLinks. Une fois mise en œuvre, la mesure ferait de Haarlem « la première ville des Pays Bas et même d’Europe (et du monde en fait) à interdire la publicité pour la mauvaise viande dans les espaces publics », a souligné Mme Klazes. L’interdiction devrait cibler toute la viande « bon marché issue de l’élevage intensif » et inclure les publicités des chaînes de restauration rapide, estime-t-elle auprès de l’AFP. Le cadre juridique de l’interdiction resterait néanmoins à construire. Quelque 95 % des Néerlandais mangent de la viande, dont 20 % quotidiennement, selon les derniers chiffres officiels publiés en août 2021 par l’Office central néerlandais des statistiques (CBS).