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Techniques culturales Michel Griffon veut de la recherche et de l’audace

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La production agricole va devoir davantage utiliser les processus naturels, selon Michel Griffon, directeur-général adjoint de l’Agence nationale de la recherche (ANR) et théoricien de l’« intensification écologique ». Il l’a réaffirmé le 2 avril lors d’un colloque à l’école d’ingénieur AgroParisTech.

Produire plus, mieux et moins cher. Tel est le défi que l’agriculture va devoir relever pour nourrir une planète en surchauffe climatique et bientôt peuplée de 9 milliards d’habitants. Pour y parvenir, certains agronomes ont inventé un nouveau concept : l’intensification écologique. « Il s’agit de mieux utiliser le fonctionnement écologique des écosystèmes pour la production agricole », explique Michel Griffon, un des théoriciens du système. Finie l’agriculture basée sur les engrais, la motorisation, les pesticides ou l’irrigation. « Tous ces solutions qui ont eu une raison d’être à une époque sont aujourd’hui des contraintes » estime Michel Griffon. « Le labour va devenir de plus en plus coûteux en raison de la hausse programmée du baril de pétrole, et l’augmentation du prix des engrais va nous obliger à repenser la fertilité », explique l’agronome. En clair, la totalité des techniques de production agricoles est à repenser.

Par quoi les remplacer ? Les idées ne manquent pas et certaines sont immédiatement applicables.

Agroforesterie

C’est le cas en matière de fertilisation. L’utilisation de plantes au système racinaire développé peut ainsi permettre de récupérer des nutriments du sol qui ont migré en profondeur. Le recours aux engrais en sera limité d’autant. L’installation de rangées d’arbres au sein de cultures de céréales – une technique appelée agroforesterie – s’inscrit dans la même logique. La lutte contre les mauvaises herbes ne passe pas non plus obligatoirement par l’usage des herbicides. Semer de la luzerne sur une parcelle cultivée en blé peut efficacement « étouffer » les herbes indésirables.

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La liste ne s’arrête pas là. Pour lutter contre les ravageurs des cultures, de multiples voies existent. « Mélanger les variétés pour mieux maîtriser le développement des maladies fongiques, ça marche. On ne perd rien, voire on augmente les rendements » affirme Thierry Doré, enseignant-chercheur à l’école d’ingénieur AgroParis Tech.

En outre, les propriétés de certaines plantes s’avèrent prometteuses : certaines d’entre elles inhibent la croissance des autres dans leur voisinage et ce, en émettant des substances ou via des bactéries. Un formidable chantier de recherche, selon Michel Griffon. Dans le même ordre d’idées, 2000 espèces de plantes auraient une activité insecticide, ouvrant de vastes perspectives aux chercheurs. Par ailleurs, pourquoi ne pas utiliser les phéromones ? Une bonne utilisation de ces substances chimiques peut permettre d’attirer les ravageurs dans une zone ciblée où ils seront tués à l’aide d’insecticides (« killing zone »). Une technique qui limite l’utilisation de pesticides sur de vastes territoires.

Certaines de ces idées sont futuristes, Michel Griffon ne s’en défend pas. Mais à ses yeux, l’audace est devenue une nécessité.