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Normes sanitaires : Bruxelles renforce les contrôles aux frontières

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À quelques jours de la validation définitive de l’accord commercial entre l’UE et le Mercosur, la Commission européenne a présenté un plan de renforcement des contrôles sanitaires et phytosanitaires aux frontières. Ces deux événements n’ont aucun rapport, assure Bruxelles qui s’apprête à présenter, le 16 décembre, un paquet de simplification de la législation sur la sûreté alimentaire prévoyant d’imposer une réciprocité aux produits importés pour les substances pesticides interdites dans l’UE.

Le commissaire européen à la Santé, Olivér Várhelyi, a annoncé, le 9 décembre à l’issue d’un dialogue avec les parties prenantes, le renforcement des contrôles aux frontières de l’UE et dans les pays tiers en particulier en ce qui concerne les résidus de pesticides. Bruxelles s’engage notamment à augmenter de 33 % les audits des postes de contrôle frontaliers européens, de 50 % le nombre d’audits réalisés dans les pays tiers au cours des deux prochaines années et de renforcer la surveillance des produits et des pays non conformes, avec une augmentation de la fréquence des contrôles si nécessaire. Au moins dix personnes vont être recrutées dans les principaux ports de l’UE. Si cette charge reposera principalement sur les épaules des États membres, la Commission européenne promet de prendre sa part à l’effort sans donner de chiffres. Afin d’assurer une mise en œuvre efficace de ces mesures, une « task force » dédiée prendra ses fonctions début 2026. « Ce groupe se concentrera notamment sur les résidus de pesticides, la sécurité sanitaire des denrées alimentaires et des aliments pour animaux, ainsi que le bien-être animal, et envisagera une action de surveillance coordonnée au niveau de l’UE sur certains produits importés », précise l’exécutif. La Commission promet aussi la formation d’environ 500 agents des autorités nationales aux contrôles officiels, dans le cadre d’un programme européen dédié.

À point nommé

Ces annonces interviennent à quelques jours de la finalisation de la procédure d’adoption de l’accord commercial UE/Mercosur (prévue le 19 décembre) et alors que la France pousse Bruxelles à renforcer la réciprocité des normes de productions de l’UE. À l’occasion du lancement de ses « Conférences de la souveraineté alimentaire » le 8 décembre, la ministre française de l’Agriculture, Annie Genevard, a maintenu la pression sur la Commission européenne, menaçant d’appliquer des mesures miroirs à l’échelle nationale (clauses de sauvegarde d’urgence) en matière de limites maximales de résidus (LMR) si les discussions à l’échelle européenne n’aboutissaient dans ce sens. Mais, promet le commissaire européen à la Santé, les mesures mises sur la table étaient « prévues de longue date » et n’ont pas été prises « spécifiquement pour apaiser le débat sur le Mercosur même s’il sera évidemment concerné ». « La France n’est pas la seule à avoir réclamé ces améliorations. Au moins 18 États ont demandé des mesures sur les importations », a ajouté Olivér Várhelyi. « Il s’agit d’assurer une concurrence loyale pour les agriculteurs et de garantir la confiance dans nos règles de sécurité alimentaire », s’est félicité son confrère en charge de l’Agriculture, Christophe Hansen. Et d’ajouter que « parallèlement au renforcement des contrôles, nous poursuivrons nos efforts pour consolider la réciprocité des normes de production des produits agroalimentaires, comme annoncé dans notre Vision pour l’agriculture et l’alimentation ».

Lire aussi : Pesticides : les projets de Bruxelles pour simplifier la législation

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Dans le règlement omnibus de simplification de la législation sur la sûreté alimentaire – dont la présentation est prévue pour le 16 décembre – Bruxelles devrait déjà proposer une mise à jour des procédures encadrant les contrôles officiels aux frontières. La Commission y promet également d’imposer une réciprocité aux produits importés en fixant les limites maximales de résidus (LMR) pour les substances interdites les plus dangereuses au niveau de la limite de quantification. Et une analyse d’impact (économique, commercial…) sur le renforcement la réciprocité des normes de production de l’UE vis-à-vis des produits importés a été lancée le 25 novembre. Il s’agit d’un « engagement de principe », assure Olivér Várhelyi. Reste à voir comment il sera concrètement mis en œuvre.


Pesticides : « Un affaiblissement majeur de la réglementation européenne »

À l’approche de la présentation (le 16 décembre) du paquet de simplification de la législation sur la sûreté alimentaire qui prévoit d’accorder aux pesticides des autorisations illimitées, les ONG se mobilisent pour empêcher ce qu’elles considèrent, « sous couvert de simplification administrative, comme un affaiblissement majeur de la réglementation européenne ». PAN Europe estime, dans un briefing publié le 9 décembre, que 90 % des substances actives bénéficieraient d’une autorisation illimitée dans le temps « empêchant toute prise en compte des nouvelles connaissances scientifiques sur leur dangerosité ». L’association souligne que c’est « grâce aux réexamens périodiques que 31 substances dangereuses ont été identifiées et interdites depuis 2011 », citant le chlorpyrifos, le mancozèbe ou les néonicotinoïdes. PAN Europe s’inquiète également de l’allongement des délais de grâce à 3 ans, de la limitation de la capacité des États membres à prendre en compte les nouvelles données scientifiques, ou encore de la facilitation des autorisations via la procédure de reconnaissance mutuelle. Enfin, elle dénonce l’absence d’analyse d’impact accompagnant la future proposition. Un courrier signé par de nombreuses ONG va prochainement être adressé aux principaux responsables politiques européens (à la Commission européenne et dans les États membres) ainsi qu’aux ambassadeurs de l’UE (Coreper).